4e dim. ordinaire (1/2) : Commentaire

Pour résumer ce long article en utilisant l'Intelligence artificielle de Mistral AI, Paris, France, d'abord une vérification que vous êtes un être humain...

Approchons-nous de Jésus. Il nous parle, en cette messe, du bonheur, du sien, qu’il veut nous donner. Heureux , huit fois heureux (évangile) ! Pas un bonheur au rabais. Il faut y mettre le prix. Chercher la justice (première lecture). Gardons-nous de toute suffisance, sentons le creux de notre faiblesse pour mettre notre orgueil dans le Seigneur (deuxième lecture).

Première lecture : So 2,3 ;3,12-13

Sophonie exerça son ministère de prophète sous le règne de Josias (vers 630 av. J.-C.) dont il a pu préparer les réformes par ses invectives contre les abus : idolâtrie (), religion superficielle ( ; ), injustices et brutalité (), mœurs païennes (), suffisance orgueilleuse (1,2,3)... on gagnera à lire ces passages.

Le lectionnaire réunit deux extraits qui ont en commun la pauvreté du cœur, pauvreté que Jésus glorifiera dans les béatitudes (évangile).

Sophonie spiritualise les espoirs du peuple juif, les nôtres. Ne cherchez pas la puissance et la gloire, cherchez le Seigneur. Mais vous ne le trouverez que si vous êtes humbles, que si vous faites sa volonté. Alors le jour du Seigneur, que l’on savait devoir être terrible - un jour de colère - vous épargnera.

Le même thème revient dans le deuxième extrait. Le prophète voit Israël détruit (la ruine de Jérusalem viendra en 587). Mais Dieu laissera subsister un Reste. Ce peuple petit et pauvre renoncera aux rêves politiques pour ne chercher refuge que dans le nom du Seigneur ; un peuple spirituel, les “anavim”, les pauvres de Yahvé, dont Marie sera la plus émouvante personnification.

Je ne puis subsister devant Dieu que si je suis ainsi petit, humble, pauvre.

Seigneur, préserve ton Église de la suffisance et du danger des richesses.

Notre communauté accueille-t-elle le pauvre ?

Psaume : Ps 145

Louez le Seigneur, rendez-lui grâce ! Car il vient, pendant cette eucharistie, nous donner le pain, son corps - si nous sommes affamés, si nous avons faim de la justice (première lecture et évangile). Par son pardon il délie nos cœurs enchaînés, par sa parole il ouvre à sa lumière nos yeux aveugles, il redresse nos esprits accablés, nous redonne confiance.

Ainsi nous donne-t-il aussi de l’imiter, de faire nous-mêmes justice aux opprimés, de protéger et de soutenir l’étranger, l’orphelin... les petits, les laissés-pour-compte.

Deuxième lecture : 1 Co 1,26-31

Quelques-uns, à Corinthe, se croyaient meilleurs que les autres, s’enorgueillissaient de leur sagesse, réagissaient très humainement, selon les normes courantes où vous valez ce que valent votre portefeuille, la longueur de votre bras et votre supériorité intellectuelle. Paul renverse cette échelle des valeurs et nous donne une autre sagesse, une autre façon de voir et de nous conduire.

Au temps de Paul. la pensée grecque et la force romaine avaient réussi. Incontestablement. Nous sommes, de même, conscients de notre grandeur. L’Apôtre nous fait descendre de notre piédestal, nous rappelle nos limites - pour nous placer plus haut encore.

L’homme n’est pas le centre. Dieu est le centre. Et c’est dans ce centre vertigineux que Paul nous jette. Nous sommes appelés par Dieu. Grâce à Dieu nous sommes dans le Christ Jésus qui est notre sagesse supérieure, notre justice (ce mot n’a rien à voir avec justice sociale ou judiciaire ; Christ nous fait “sonner juste”, en harmonie avec Dieu lui-même), notre sanctification, notre rédemption (libération).

Aussi Dieu prend-il plaisir à choisir ce qui est faible, modeste, méprisé dans le monde : voyez la Vierge, Bernadette, le curé d’Ars... Regardez si, parmi vous, Corinthiens, il y a beaucoup de sages, de puissants ou de gens de haute naissance (la communauté de Corinthe devait se composer, en majorité, de petites gens, débardeurs des ports). Dieu choisit, agit ainsi pour couvrir de confusion ceux qui se croient sages et forts, et pour que personne, même celui qu’il comble, ne puisse s’enorgueillir.

Est-ce, de la part de Dieu, jalousie envers l’homme, ce Prométhée qui deviendrait son rival ? C’est humour d’un Dieu qui sourit et remet les choses à leur place : "Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles" (Magnificat). Est-ce mépris du savoir ? C’est orgueil, mais d’un autre ordre ; c’est fierté d’être autrement grand : dans le Seigneur !

Évangile : Mt 5, 1-12a

Après les premiers appels, voici le premier grand “sermon”. Le discours-programme de Jésus qui s’étendra sur six dimanches. Nous y entrons par le grandiose porche des Béatitudes.

Une des pages centrales de l’Évangile. La charte du christianisme. Les attitudes fondamentales. Moins la carte routière détaillée que l’aiguille magnétique qui indique la direction.

Et pour en montrer l’importance, Matthieu commence son récit par : Jésus gravit, non une montagne parmi d’autres, mais LA montagne, précision moins géographique (ce fut sans doute une de ces collines aux pentes douces descendant vers le lac) qu’une localisation spirituelle : comme Yahvé avait donné son Alliance et sa charte des dix commandements sur la montagne du Sinaï, ici Jésus promulgue sa charte à lui, plus importante encore que la première. Jésus s’assit, tel le maître pour enseigner la Torah, la Loi, en un geste majestueux de douce autorité. Il ouvrit la bouche pour parler, autre mot solennel pour montrer l’importance de ce qui va se passer.

Heureux ! Ah ! Qu’ils ont de la chance ! Ah ! Quel bonheur ! C’est un cri. La joie est proclamée. Le texte grec trahit un rythme, un élan. Aucun interdit, aucun commandement. Rien de mesquin. Jésus propose, il ouvre des portes : si tu veux.

Heureux les pauvres de cœur. Oui, quelle chance tu as si, dans l’immense supermarché de nos sociétés gavées, tu sais avancer sans t’alourdir de biens futiles, si ton cœur reste libre, si tu sais te contenter de moins. Heureux es-tu, si tu sais te dépouiller de toi-même, du gros égoïsme qui envahit chacun de nous. Heureux es-tu si, plus profondément encore, tu sens les limites foncières de l’homme, sa pauvreté essentielle, et qu’alors monte en toi l’autre désir, celui de Dieu. Fais le vide en toi et tu seras capable d’accueillir Dieu lui-même. Son Royaume est à toi.

Heureux les doux. Ne sois ni un doucereux fade, ni un faible de caractère. Mais sois habité par une telle passion de la vérité, une telle force d’âme que tu ne recours plus à la violence. Tu es alors tellement vrai que la vérité s’imposera par ton rayonnement intérieur. Tu seras doux parce que tu auras su marier la passion pour le droit avec le respect de ton opposant.

Heureux ceux qui pleurent. Ne sois ni un pleurnichard, ni un pessimiste. Mais non plus cet optimiste superficiel qui se contente de petits bonheurs au rabais. Souffre, pleure de voir la bêtise humaine gâcher le plan de Dieu. Sois triste de voir le mal triompher si souvent. Loin de te paralyser, cette tristesse te poussera à l’action. Plus profondément, aie un regard aigu pour percer la vanité des choses et mesurer les “réussites” terrestres, si courtes, si brèves. Alors tu sentiras en toi une blessure, comme un mal du pays après un autre bonheur, après Dieu lui-même.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice. La justice sociale, mondiale, bien sûr. Plus profondément, la justice de Dieu. Que tu sois juste, comme on dit de quelqu’un qu’il chante juste. Sois en “accord” avec Dieu, en “harmonie” avec ton moi. Hélas ! Il y a bien des couacs dans ta vie. Ce qui compte, c’est de tendre à cet accord, d’avoir faim et soif de cette justice, de Dieu lui-même.

Heureux les miséricordieux. Sais-tu qu’en araméen ce mot vient de ‘matrice’, qu’il indique donc une attitude puissamment féminine ? Eh bien, sois maternel ! Aime l’autre comme une femme aime l’enfant qu’elle a porté, même s’il est ingrat. Ta bonté n’a rien à voir avec de la faiblesse. Simplement ne juge pas. Aie pitié. Comme le bon Samaritain, descends de la monture de tes suffisances, penche-toi, tends la main, panse la plaie.

Heureux les cœurs purs. Pense moins à la pureté sexuelle qu’à ce qui la conditionne. A la limpidité de ton cœur. Qu’il soit comme un vitrail accueillant la lumière et l’amplifiant. Le contraire : l’opacité à Dieu et aux autres. Plus que ton habit et que ton corps, pur soit ton cœur, le lieu où habitent tes pensées les plus secrètes. Sois net, clair. Sois ouvert aux autres. Sois transparent à Dieu.

Heureux les artisans de paix. Nous sommes tous pour la paix. La fais-tu ? Sois en l’artisan. Fais le premier pas. Le dialogue, voilà la chose la moins partagée au monde. Ne cherche pas à faire passer tes idées personnelles à tout prix. Fais des concessions, fût-ce aux dépens de ton amour-propre. Enlève ce qui est germe de haine : l’injustice installée, le mépris de l’autre. Fais comprendre à notre Occident qu’il prépare de terribles conflits avec son égoïsme de riche. Travaille à la paix en favorisant le dialogue entre les peuples. Autant qu’il est en ton pouvoir. Et tu peux beaucoup, ne fût-ce qu’en respectant l’étranger près de toi ou en correspondant avec un Africain.

Heureux ceux qui sont persécutés. Alors là, c’est le bouquet. Pourtant, si tu cherches à vivre ces sept béatitudes (le chiffre sept était sacré, symbolique), inévitablement tu auras des ennuis. Ton idéal est dangereux. Il met en cause les égoïsmes bien installés. Sauras-tu encaisser pour tes principes ? Accepter qu’on t’insulte, te persécute ? Si, dès la première difficulté, tu rentres tes certitudes (?) comme l’escargot ses antennes, alors ces certitudes ne valent rien, tu n’es pas vrai. Et tu ne seras jamais vraiment heureux. Si, par contre, tu vis sans compromission, tu sentiras une forte paix envahir ton cœur. Réjouis-toi, sois dans l’allégresse.

A ces béatitudes est promis le bienfait messianique, répété deux fois au début et à la fin en une manière d’inclusion : le Royaume des cieux - Dieu lui-même - est à eux. Ce bienfait unique est détaillé en une variété de dons, adaptés à chaque béatitude, et qui sont autant de citations empruntées aux prophètes : obtenir la terre promise, être rassasié, jouir de la consolation d’Israël, voir Dieu, être son fils, obtenir miséricorde - qu’est-ce d’autre sinon, dans la richesse de sa diversité, l’unique bienfait : Dieu lui-même ?

Enfin, remarquez que les béatitudes ne séparent jamais Dieu et mon frère. Celui qui est pauvre, petit devant Dieu l’est aussi devant son prochain. Tantôt le rapport à Dieu est accentué (ceux qui pleurent, les cœurs purs...), tantôt le rapport au frère (les doux, les miséricordieux) en un va-et-vient les unissant inséparablement.

Pourquoi sommes-nous si tristes alors que le message de Jésus parle tant de joie ?

Parce que nous ne vivons pas les béatitudes ; ou si mal. Or la médiocrité n’a encore jamais rendu heureux personne. Aucun code n’a jamais fabriqué des amoureux. Il faut dépasser le code, fût-il celui des dix commandements, pour vivre les béatitudes. Elles sont l’élan d’amour, elles nous donnent ce regard aigu sur la vanité des choses et nous font ressentir une immense faim de Dieu. Par là même, elles nous sortent de notre égoïsme pour nous faire aimer l’autre. Nous ne serons heureux qu’ainsi. Voulons-nous y mettre le prix ? Qu’attendons-nous ?

Comment se fait-il que les béatitudes soient si peu connues ?

Elles ne figuraient même pas dans le catéchisme de mon enfance. Les dix commandements oui, et en gros caractères ; et il fallait les apprendre par cœur. Combien de chrétiens sauraient réciter les béatitudes sans trébucher dès la deuxième ou la troisième ? Pourquoi l’oubli de ce texte si fondamental ? Parce qu’il nous embête. Il est exigeant, si exigeant qu’on l’a réservé à l’élite. Les dix commandements seraient obligatoires, les béatitudes seulement conseillées. Erreur monumentale ! Les béatitudes contiennent l’Évangile dans sa fraîcheur, sa source, son élan. Que fait un couple s’il veut se retrouver après des années d’habitudes ? Il oublie les codes, il revient à son premier amour.

Une mauvaise présentation des béatitudes, dont, nous chrétiens, sommes les premiers responsables, y a fait lire un énorme contresens dans lequel s’est engouffré le gros de la littérature des cent cinquante dernières années. Nietzsche y a lu un programme pour débiles et pleurnichards ; Marx l’opium du peuple : "Heureux vous, les pauvres, ne vous défendez pas, vous aurez en récompense le ciel - plus tard."
Quand on pense que c’est la page d’Évangile qui contient le plus d’explosif ! Et que de l’observer provoque un tel remous que les égoïsmes se rebiffent et déclenchent la persécution que “promet” le dernier verset !

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

Publié: 01/01/2026