6e dim. ordinaire (15/2) : Commentaire
Christ est devant nous, pendant cette messe, qui nous dit : Ne vous contentez pas du minimum. Que votre justice dépasse celle des scribes et des pharisiens. Vivez votre foi jusqu’au bout de ses exigences (év). C’est un choix que je vous propose, lourd de conséquences (1re lect). Si vous optez pour la fidélité, vous entrez dans une nouvelle façon de voir, celle des profondeurs mêmes de Dieu (2e lect).
Première lecture : Si 15,15-20
La foi juive était ébranlée par le modernisme de la culture grecque (vers 180 av. J.-C.). Beaucoup hésitaient : avec l’évolution du monde, la loi de Moïse n’était-elle pas dépassée ?
Le Sage répond : tu peux, encore et toujours, observer les commandements. La sagesse de Dieu contenue dans ces commandements est grande. Elle surpasse les théories les plus modernes des hommes.
Dieu est tout-puissant. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent (le vénèrent). Mais Dieu ne te force pas : si tu le veux... il dépend de ton choix de rester fidèle... étends les mains vers ce que tu préfères.
N’essaie cependant pas de faux compromis : les commandements du Seigneur et ce modernisme corrosif sont aussi inconciliables que l’eau et le feu.
Réfléchis aux conséquences de ton choix : c’est la vie avec Dieu ou la mort spirituelle. Dieu voit tout, et tu ne saurais échapper à sa toute-puissance.
Ben Sirac prépare ainsi l’évangile du jour. Celui-ci nous met en demeure de choisir entre le légalisme étroit et l’amour sans limites.
Psaume : Ps 118
Le plus long du psautier, où, sans cesse, reviennent les mots : précepte, exigence, commandement, ordre, loi... qui n’ont rien de légaliste, mais culminent dans la Parole, l’expression du plan d’amour de Dieu sur les hommes.
Ouvre mes yeux. Que je contemple les merveilles de ta loi, de ton plan d’amour. Enseigne-moi ton chemin. Et, t’ayant mieux compris, que j’observe ta Parole. Pas à moitié, entièrement, de tout cœur.
Alors je serai heureux.
Deuxième lecture : 1 Co 2,6-10
Paul parlait de la foi, comparée à la brillante sagesse des hommes, comme d’une folie (voir les deux dimanches précédents). Mais, renchérit-il, n’ayons pas de complexe ; en réalité, cette folie est une sagesse bien supérieure à toutes les spéculations humaines. L’Apôtre vise particulièrement des courants dits gnostiques, parents des religions à mystères qui prétendaient parvenir, par leurs propres efforts, à l’illumination. Paul va jusqu’à employer leur terminologie, comme s’il voulait les battre avec leurs propres armes.
Il nous est facile de transposer ces spéculations dans les idéologies d’aujourd’hui, de ce monde, de ceux qui dominent. Ces idéologies referment l’homme sur lui-même et le conduisent ainsi à se détruire.
S’ils savaient ! C’est sagesse surhumaine que nous proclamons : ce que personne n’a vu de ses yeux, ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l’homme n’avait pas imaginé ! Ils n’en ont pas la moindre idée ; car, s’ils l’avaient connue, cette sagesse supérieure, ils n’auraient jamais crucifié Jésus en qui leurs yeux aveugles n’ont pas vu le Seigneur de gloire. Quelle chance nous avons d’être bien autrement initiés ! C’est à nous que Dieu a révélé cette sagesse. Il l’avait longtemps tenue cachée. Dans le Christ, elle est apparue. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint. Lui seul, lui qui voit les profondeurs de Dieu, pouvait nous la révéler, pour nous y donner part, pour que cette gloire de Dieu brille en nous.
N’ayons donc aucun complexe vis-à-vis des savants, des puissants et des intelligents de ce monde. Sans mépriser le merveilleux acquis de la pensée humaine, n’oublions pas que cela ne reste qu’humain. L’homme de foi pénètre là où l’humain seul ne saurait parvenir : par l’Esprit jusque dans les profondeurs de Dieu.
• La sagesse du mystère de Dieu. Mystère non au sens obscur, mais d’une telle profondeur que nous ne saurions l’épuiser, à la manière du soleil insondable par nos yeux trop faibles. Ne bâtissons pas notre foi sur l’obscur, l’inconnu, le “mystérieux”, mais sur une connaissance d’un autre ordre, révélée par l’Esprit.
Evangile : Mt 5,17-37
Après le magnifique porche d’entrée des béatitudes (4e dim), après le rappel de la dignité et de la responsabilité du chrétien (5e dim), voici que le “sermon sur la montagne” descend dans la pratique, et donne le point de vue de Jésus sur la Loi. N’oublions pas que c’est à cause d’elle que les scribes et les pharisiens le feront tuer ().
Mathieu rappelle d’abord quelques sentences du Christ, d’orientation plus générale.
Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes ; mais les accomplir. “Loi et Prophètes” était une expression courante pour désigner toute la sainte Ecriture, et donc aussi ses exigences, sa morale, dirions-nous. Est-ce que, dans la jeune communauté chrétienne, certains avaient pris trop de libertés avec elle et frisaient l’anarchie ? Matthieu leur rappelle que Jésus a respecté la Loi, qu’il ne l’a pas abolie. Il faut donc l’observer, aussi dans les plus petits commandements.
Mais qu’entend-il par accomplir ? Evidemment faire plus que ce qui est inscrit dans la Loi. La mener à son achèvement, donc la parfaire. Jésus parle de la surpasser : si votre justice ne surpasse pas la Loi telle que scribes et pharisiens l’observent, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Il ne s’agit donc pas de petites améliorations, mais d’une façon tout autre d’observer la Loi. Façon que Jésus appelle justice. Mot qui englobe tout ce qui correspond à la volonté de Dieu, toute la perfection chrétienne. Jésus est donc venu pour une fidélité par le haut, dans le dépassement. Cela n’a pas été chose facile pour les premières communautés chrétiennes de Palestine. Au début, elles restaient intégrées au cadre juif comme une confrérie particulière. Puis vint la persécution ouverte, le rejet. Jusqu’où pouvaient-elles rejeter, à leur tour, un judaïsme que Jésus avait encore pratiqué ? Les communautés composées d’anciens païens connurent des problèmes analogues (voir et ). Notre temps à évolution rapide est affronté à d’autres, comme rarement dans l’histoire de l’Eglise. Le mot du Christ sur la fidélité par le haut nous sera plus précieux que jamais.
Jésus oppose sa justice à la justice des pharisiens et des scribes, d’où le titre : ‘les grandes antithèses’, donné à ce passage. Pharisiens et scribes se croyaient en règle en se contentant de la lettre des lois pour en oublier l’esprit. Un peu comme le chrétien moyen : "Je fais ce que je dois faire, ne me demandez pas plus. Je suis en règle." Jésus veut que notre morale surpasse cette justice au rabais.
Et, pour bien se faire comprendre, il donne des exemples concrets. Six, tirés des dix commandements. Nous lisons aujourd’hui les quatre premiers, dimanche prochain les deux autres.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre. C’est le cinquième commandement. Eh bien moi, je vous dis - quelle prétention ! Jésus ose critiquer la Loi ! Pire, il donne une loi nouvelle. Il affirme : l’idéal de votre loi est trop bas. Il faut éviter jusqu’à se mettre en colère contre ton frère, éviter de l’insulter, de le maudire. Par une exagération intentionnelle, Jésus gonfle la gravité de la peine : il en répondra au tribunal, au grand conseil, il sera passible de la géhenne de feu. Ce ne sont pas là de simples banalités. Jésus ne veut pas que nous nous contentions d’éviter la grosse faute. Le plus petit commandement a sa valeur.
Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, va d’abord te réconcilier avec ton frère et ensuite viens présenter ton offrande. Qui ne communie sans éprouver un petit pincement au cœur s’il se souvient... Plût à Dieu que cela nous dérange ! Ne recevons pas le corps eucharistique du Christ en refusant son corps mystique, mon frère, ma sœur.
A cet appel à la réconciliation est ajoutée, par association d’idées, la parabole des plaideurs : accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin, pour éviter le pire.
Deuxième exemple, cette fois-ci tiré du sixième commandement : Il a été dit : tu ne commettras pas d’adultère. Moi, je vous dis, ne vous contentez pas d’éviter la grosse infidélité. Que votre idéal s’interdise jusqu’à l’infidélité du cœur, jusqu’au désir. Bien sûr, non la simple tentation, mais le désir entretenu : si l’occasion se présentait, pour sûr... Aussi, pour écarter tout danger de chute, Jésus veut-il que nous évitions jusqu’à l’occasion qui pourrait nous y entraîner. A nouveau, des mots pour faire choc. Ce n’est pas pour jouer : si ton œil, ta main entraînent ta chute, arrache-le, coupe-la.
Troisième exemple : Revenant sur la fidélité conjugale (que l’on peut transposer sans peine sur la fidélité du prêtre, des religieux) Jésus s’élève contre le divorce institutionnalisé. Ce n’est pas parce que la loi le permet que ta conscience t’y autorise : tout homme qui renvoie sa femme la pousse à l’adultère (puisque, elle aussi, pourra se remarier légalement), et si quelqu’un épouse une femme renvoyée (divorcée, dirions-nous), il est adultère. Ces exigences semblent inhumaines. Où est l’inhumain ? D’où viennent tant de drames, tant de blessures ?
Matthieu ouvre cependant une porte. Il prévoit le renvoi du conjoint en un cas. Le lectionnaire traduit : en cas d’union illégitime. Cela va de soi ! D’autres traduisent : en cas d’adultère. Interprétation qui a eu cours dans les premiers siècles, et dont s’autorisent les orthodoxes et les protestants pour permettre le remariage de la partie innocente. Une chose s’impose : On ne peut pas éternellement pénaliser quelqu’un si, entre-temps, “il s’est racheté” de quelque façon. Pour les divorcés dont le deuxième mariage "marche bien", il faut trouver une sorte de réintégration dans la communauté.
Quatrième exemple, tiré du huitième commandement : on vous a dit : tu ne feras pas de faux serment. Eh bien moi, je vous dis : soyez si limpides qu’il n’est plus besoin de faire aucun serment et de prendre à témoin le ciel et la terre. Ni de jurer sur la tête (solennellement : qu’on me coupe la tête, si...). Pas de duplicité. Que ton oui soit un vrai oui. Ton non un non sans sous-entendus. Ce que vous dites en plus, pour dissimuler votre pensée, ne peut qu’aggraver les choses - cela vient du démon, du Mauvais.
• A prendre ce message au sérieux, je tremble. Jésus, tu veux la démesure. Que je me surpasse ! Que je déniche jusqu’à mes pensées les plus secrètes, mes plus petites envies de nuire... Je n’y arriverai jamais !
Avec ta grâce, Seigneur, je m’interdis de fixer bas "ma justice". Même si je trébuche, je veux me relever et vivre l’amour sans conditions.
• Ma “morale” est moins le commandement, la légalité que me demander : en ce cas, que ferait le Christ ?
Prêtre du diocèse de Luxembourg.
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