5e dim. de Carême (22/3) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
S’il est une question sur laquelle toute la réflexion humaine bute depuis toujours, c’est bien la résurrection des morts.
Ceux qui lisent cette histoire de Lazare au 1er degré, de manière littérale, diront : « Voilà bien la preuve que Jésus est Dieu puisqu’il est capable de ressusciter un mort. »
Marthe dit d’ailleurs : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » N’est-ce pas ainsi que beaucoup réagissent également lorsqu’ils sont devant des catastrophes, des situations désastreuses… certains disent : « Si Dieu existait il ne tolèrerait pas de telles choses », « S’il est capable de ressusciter Lazare pourquoi n’interviendrait-il pas devant tous les malheurs qui gangrènent le monde ? »
Nous nous rendons vite compte que ce raisonnement est un peu court.
L’histoire de la résurrection de Lazare n’est pas à prendre au pied de la lettre ; elle est un récit éminemment symbolique. Essayons d’en découvrir quelques signes.
Lazare est mort ; non seulement il est mort mais enfermé dans une tombe par une grosse pierre. De plus il est enroulé dans des bandelettes, il est pieds et poings liés ; il a même un suaire sur le visage qui l’empêche de voir.
Lazare est ici l’image de tout être humain enfermé dans la mort, une mort partout présente. L’évangéliste nous invite à nous reconnaître en lui.
– En effet, comme Lazare, les uns sont prisonniers de leur tombe : de leur sécurité, leurs aises qui les empêchent de sortir et d’aller vers les autres.
– D’autres sont écrasés par une grosse pierre : un pouvoir dominant, par exemple dans le monde du travail ou même parfois par une religion qui les empêche d’être eux-mêmes.
– D’autres sont prisonniers de leurs bandelettes, on pourrait dire de leurs grands principes, d’une loi tatillonne ou d’une morale sans cœur que l’on impose aux autres.
– Comme Lazare encore certains sont pieds et poings liés par leur égoïsme et leur incrédulité ou encore aveuglés par un suaire de mort qui les empêche de voir, d’entendre, de compatir à toutes les misères et les souffrances.
La vie de Jésus, comme l’annonce tout le 1er Testament, n’a pour but que de sortir le peuple de l’esclavage, construire une humanité libre.
Mais cette libération n’est pas automatique, comme le pensait Marthe lorsqu’elle disait : « Si tu avais été là mon frère ne serait pas mort. » C’est un peu trop facile !
Pour trouver la liberté comme le peuple hébreu en sortant d’Egypte, il nous faut « sortir » !
Remarquez d’ailleurs que c’est toute l’action du récit.
Le 1er qui sort c’est Jésus : il sort de Transjordanie, pays calme et paisible, pour affronter l’opposition de Jérusalem. Ensuite nous voyons que ce sont les Juifs qui sortent de chez eux. Puis, tandis que Marie et ses amis juifs s’enferment dans leur deuil, c’est Marthe qui sort de la maison mortuaire pour aller à la rencontre de Jésus. Enfin Lazare sort du tombeau mais pour cela il a besoin de l’aide des autres : « Déliez-le et laissez-le aller » dit Jésus.
Par ces derniers mots Jésus nous montre que la libération n’est jamais terminée et qu’elle reste le combat de chacun au cœur même de notre propre histoire : aujourd’hui nous avons à délier à notre tour toutes celles et ceux qui sont enfermés dans leur tombeau.
Piste 2
« Déliez-le et laissez-le aller » dit Jésus. Cette parole me fait penser à une autre parole de Jésus : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux. » Et plus largement, on peut dire que toute l’histoire biblique est essentiellement une histoire de libération, de délivrance. Elle est l’histoire d’un Dieu qui veut libérer son peuple de tout esclavage et de toute soumission qui empêchent l’homme de s’épanouir. Dans la même ligne, tout au long de sa vie, Jésus lui aussi a voulu libérer son peuple non plus des Egyptiens, mais de l’oppression d’une religion qui détenait le pouvoir spirituel et temporel.
Tout au long de l’Evangile nous trouvons en effet des exemples de cette volonté, de ce combat de Jésus pour libérer, délier les femmes et les hommes emprisonnés à cause du poids de culpabilité que leur religion faisait peser sur eux.
– Le 1er dimanche de carême nous présentait les tentations de Jésus : comme chacun de nous, il est tenté et, dans son combat, il se libère totalement de cet attrait du pouvoir et de l’argent qui risquent de le paralyser.
– Nous avons eu ensuite l’exemple de la Samaritaine, cette femme païenne aux 5 maris que Jésus libère en lui donnant l’eau vive, en lui montrant combien elle aussi est aimée de Dieu.
– Dimanche dernier nous avons vu l’aveugle-né, à qui on avait fait croire que, s’il était aveugle, c’était à cause de son péché. En le guérissant, Jésus lui permet de reprendre une vie normale.
– Et aujourd’hui, comme en point d’orgue, nous voyons Jésus délivrer de la mort son ami Lazare. Mais cette délivrance n’est pas automatique, comme chaque fois elle passe par l’intermédiaire des hommes. Dieu a besoin des hommes : « Déliez-le et laissez-le aller ! » Ils doivent pour cela « ôter la pierre » et « défaire les bandelettes ».
Aujourd’hui, Dieu nous invite aussi à ‘ôter la pierre’ qui empêche les autres de vivre et de se forger une vie décente et digne.
Jésus nous invite aussi à les défaire des bandelettes qui paralysent leur enthousiasme ou leurs initiatives.
« Déliez-le et laissez-le aller. » Non seulement nous devons ‘les délier’ mais’ les laisser aller’ c’est-à-dire, dans un lâcher-prise qui est celui de l’amour, leur garantir la liberté de suivre leurs choix de vie et de se forger leur propre personnalité.
Jésus a pleuré sur son ami Lazare comme il continue de pleurer sur toutes celles et ceux que nous enterrons sans leur laisser la chance de vivre leur vie, de connaître du bonheur.
Jésus pleure sur toutes celles et ceux que nous avons liés ou que nous utilisons pour combler notre appétit de consommateur ou notre besoin de nous faire servir.
Dans quelques jours nous célébrerons Pâques, la résurrection de Jésus. Nous confessons qu’il est la résurrection et la vie, que celui qui croit en lui, même s’il meurt, vivra. Jésus est très clair, avant de donner sa vie, avant de mourir il est déjà résurrection.
« Je suis la vie, je suis la résurrection », Jésus s’identifie aux deux : en lui, il n’y a pas de discontinuité, même la mort ne peut y faire obstacle. Mais cette vie, cette résurrection, il ne les garde pas jalousement pour lui. Comme il donne sa vie, il nous donne part à sa résurrection.
Déjà aujourd’hui, nous pouvons donc dire avec lui : « Nous sommes déjà ressuscités ! »

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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