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Le vêtement liturgique

Première partie

Curieuses caractéristiques que celles du vêtement liturgique ! Pourquoi cet homme est-il en robe ? Il est vrai que d’autres en font autant : les magistrats et les avocats au tribunal, et les professeurs de l’enseignement supérieur lors de certaines cérémonies. Mais cet homme n’est ni magistrat, ni professeur : son vêtement n’est pas une toge, mais une aube avec étole et chasuble.

Un vêtement symbole

Déjà, du seul point de vue humain, le vêtement a un sens ; il n’est jamais seulement utilitaire (un animal ne s’habille pas). Le vêtement est symbolique : il sert à signifier quelque chose, de celui qui le porte à ceux qui le voient. Même un simple blue-jean raconte beaucoup de choses, selon la façon dont il est décoloré ou troué ou déchiré... ou repassé avec un pli impeccable.

Cette signification est encore renforcée, et même codée, dans le cas des vêtements de fonction : uniformes, toges, et vêtements liturgiques. Il est d’ailleurs très révélateur que le mot « investir » soit de la même étymologie que le mot « vêtement » (du latin vestis : vêtement). Le vêtement de fonction signifie que celui qui le porte, est investi d’une fonction particulière et qu’il n’agit donc pas comme une personne privée, mais au nom d’une autorité (Etat, Eglise) qui le délègue pour un service (une fonction) du peuple.

L’aube

Du latin alba : blanche. L’aube était dans l’Antiquité, et jusqu’à un passé récent, un sous-vêtement. Elle est devenue vêtement à part entière depuis que la soutane ne fut plus portée. On la fabriqua alors avec une étoffe plus épaisse.

Selon la pratique chrétienne, l’aube n’est pas le vêtement des ministres ordonnés, mais de tout baptisé, comme on le voit bien à la célébration du baptême, surtout d’adulte : « Vous êtes une création nouvelle dans le Christ : vous avez revêtu le Christ. Recevez ce vêtement blanc... » (Voir Ga 3,27.)

Par sa couleur blanche, l’aube est donc le symbole de la résurrection. Il serait utopique de demander à tous les fidèles de la revêtir lorsqu’ils entrent à l’église pour participer à la messe, mais l’imaginer permet de saisir ce qu’est l’aube et la fonction qu’elle a : « les fidèles, incorporés à l’Eglise par le baptême, ont reçu un caractère qui les délègue pour le culte religieux chrétien » (Constitution dogmatique sur l’Eglise, n° 11). L’aube n’est pas le vêtement du sacerdoce ministériel, mais du sacerdoce baptismal.

La chasuble

Le vêtement propre au célébrant, pour la messe et pour les autres actions sacrées en liaison avec la messe, est la chasuble, à moins que ne soit prévu un autre vêtement à revêtir par dessus l’aube et l’étole (Présentation générale du Missel romain n° 229).

L’Eglise demande donc que les prêtres portent la chasuble, alors que l’habitude est prise maintenant que beaucoup d’entre eux ne revêtent que l’aube et l’étole. Que dire ?

La raison qui nous fait plaider en faveur de la chasuble est double. D’abord, l’Eglise le demande, et l’on sait bien que, dans l’Eglise, le disciplinaire est au service du théologal. Si l’aube est le vêtement du sacerdoce baptismal, il faut un autre vêtement pour signifier le sacerdoce ministériel. Si l’aube est le vêtement de ceux qui, par le baptême, sont devenus membres du corps du Christ, il faut un autre vêtement pour ceux qui, par leur ordination, sont devenus sacrements du Christ « tête du corps, c’est-à-dire de l’Eglise » (Col 1,18).

Lorsqu’il préside une célébration liturgique, le prêtre signifie qu’il représente celui qui en est le vrai et invisible président, le Christ, et, si l’on peut dire, cela doit se voir, cela doit être clairement et donc visiblement manifesté.

Intervient alors, ici, l’autre raison. L’homme (l’homme chrétien : le fidèle) n’est pas un pur esprit. L’homme célèbre avec tout son être, c’est-à-dire, non seulement avec son cerveau et son intelligence, mais aussi avec son cœur, sa chair, et, surtout, avec ses cinq sens. En ne revêtant que l’aube et l’étole, à longueur d’année, et même si l’étole change, le prêtre est le seul à ne pas voir qu’il prive les fidèles des couleurs dont ils ont besoin pour mieux célébrer les différents mystères de la liturgie et du temps.

En une période où une saine écologie gagne ses droits de cité, cette indifférence à la nature (et donc au cosmos) paraît bien discordante.

En outre, la chasuble change le comportement de celui qui la porte. Avec la chasuble, en effet, le geste n’est ni guindé, ni cérémonieux, mais plus ample et plus calme, et c’est exactement cela que - sans le dire aux prêtres, hélas - les fidèles réclament de ce qu’il leur est donné à voir en liturgie.

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Centre National de Pastorale Liturgique

Devenu en 2007 Service National de la Pastorale Liturgique, un service de la Conférence des évêques de France (CEF).

(re)publié: 05/04/2021
1ère public.: 30/11/1997