28e dimanche ordinaire - Année A
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1. Inviter à sa table est bien le geste festif le plus convivial qui soit de par le monde dans l’histoire des hommes. On a vérifié que, dans la Bible, il est plus souvent question de tables que de prières. Le prophète Isaïe que nous venons d’entendre y voit même le bonheur ultime : « Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins décantés. » On apprécie certes le menu préparé mais il passe vite au second plan car le plaisir d’échanger, de partager des joies, des peines, des projets, un peu de son histoire, l’emporte vite. On ne change pas le monde dont il est souvent question mais on apprécie de s’être rendus plus proches. Avoir été invité nous porte naturellement à inviter à notre tour, pour renouveler ces moments de convivialité.
2. Ce récit, un de plus, s’inscrit dans le conflit qui opposait les anciens et les grands prêtres à Jésus. On peut comprendre ces derniers. Comment cet homme, d’origine modeste, inconnu d’eux, peut-il se mettre à leur place pour commenter les commandements de Moïse ? Jésus, pourtant, avait tenté de les rassurer : « Ne pensez pas que je sois venu supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner tout leur sens. » () Le deuxième motif du conflit est à rechercher dans ce qu’il ajouta : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. » () Et le prochain, dans son esprit, n’est pas seulement celui qui se dit appartenir au peuple élu. Le prochain dont il parle a beaucoup de noms dans sa bouche : publicains, collecteurs d’impôts, Samaritains, prostituées mais aussi les veuves, les malades, les handicapés. En un mot tous ceux qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas « purs » à leurs yeux. Le dernier motif est plus politique : Jésus était en train de prendre leur place, de détruire Temple, en lequel ils trouvaient leur ressources, mais aussi le soutien du pouvoir romain. Il fallait à tout prix s’en garder le monopole alors que Jésus annonçait sa destruction et avec lui leur pouvoir.
3. Jésus a très vite compris qu’il ne serait jamais accueilli comme il le souhaitait. Au début, des foules attirées par la nouveauté du personnage et les attentes qu’ils espéraient, puis en partance, déçues, douze dans les derniers temps et puis plus personne. Mais ne leur jetons pas la pierre. Qu’aurions-nous fait à leur place ? Jésus était tellement comme tout le monde et si nous l’avions rencontré, il est bien probable que nous l’aurions pris, nous aussi, pour un illuminé. Nous sommes toujours bien désorientés lorsqu’il nous faut « aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui vous haïssent. » () Ce constat doit nous éveiller. Nous sommes dénommés « chrétiens » d’abord parce que nous sommes inscrits sur un registre de baptême sans l’avoir cherché. Cela s’arrêtera là pour beaucoup.
4. Pour autant cette parabole ne se réduit pas à une plainte, à une nouvelle expression de sa déception. Elle est invitation toujours renouvelée à aller à sa rencontre. Nous sommes tant accaparés par notre quotidien, nos tâches, nos soucis, que nous oublions ou ne pouvons plus nous dire que la vie est plus que la nourriture, que le bonheur est plus que le confort que nous cherchons. Ce n’est pas sans raison que Jésus, tout à la fin de sa vie terrestre, choisira d’inviter ses disciples à sa table pour partager avec eux du pain qui est plus que du pain, du vin qui est plus que du vin. Il faut entrer plus avant dans une méditation sur ce que cette invitation propose. C’est dans le livre de l’Apocalypse que l’on trouve sa plus belle formulation : « Écoute, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je prendrai un repas avec lui et lui avec moi. » ()

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.
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