4e dimanche de Carême
La Samaritaine a très vite reconnu en Jésus une eau vive qui n’est pas l’eau du puits de Jacob. Il faudra à l’aveugle de naissance plus de temps et passer par des épreuves pour reconnaître en Jésus la lumière qui n’est plus celle dont les yeux ont besoin.
Une autre catéchèse pour la première Eglise, pour notre temps aussi.
1. Aveugle de naissance, il mendiait aux portes du Temple, interdit à tout handicapé. Un jour de sabbat, parce que c’est un jour d’affluence. Un habitué des lieux auquel on ne devait plus porter grande attention tant on l’avait vu. Lui, il n’a pas vu Jésus, Jésus, lui, le vit. Cracher par terre, faire de la boue, appliquer sur les yeux, demander de s’en laver pour recouvrer la vue : des rites qui surprennent, venant de Jésus. Une parole, un geste suffisaient toujours pour que guérison se fasse. Pourtant ces geste disent déjà l’intention du récit en forme de catéchèse : faire tomber les écailles qui recouvrent des yeux incapables de connaître « la vraie lumière des hommes ».
2. Les disciples partageaient une opinion commune. Les maladies et handicaps étaient des sanctions divines pour des fautes commises par les victimes ou par leurs ancêtres. On lit dans le livre de l’Exode cette surprenante sentence : « Le Seigneur supporte la faute, la révolte et le péché, mais sans rien laisser passer, qui poursuit la faute des pères, des fils et des petits-fils sur trois et quatre générations. » La réponse de Jésus, qui pourtant connaît bien les Écritures, est sans appel : « Ni lui, ni ses parents. » Cela interroge sur la désobéissance des premiers parents, ce péché dit originel, transmis de génération en génération, à jamais, à tous leurs descendants ?
3. L’évangéliste, soucieux d’amener à l’acte de foi final, met en scène nombre de témoins. Les voisins d’abord. Cet aveugle n’est plus aveugle et cela ne s’est jamais vu. Assurément cet homme n’est pas celui qui était assis sur les marches du Temple. « Ce n’est pas lui », mais si, « C’est bien moi. » Pour ceux du Temple, alertés, on se trompe : ce voyant est un sosie. On dirait aujourd’hui que l’intelligence artificielle est passée par là. Les parents vont certainement le confirmer. Il n’en est rien : c’est bien leur fils. Mais quant à celui qui l’a guéri, ils disent ne pas le connaître « par crainte des pharisiens qui s’étaient mis d’accord pour exclure de leur assemblée ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ ». La peur ne ferme pas les yeux mais fait taire les langues.
4. Pas celles de ceux qui disent avoir seuls le droit de parler au nom de Dieu. Guérir le jour du sabbat lui fait déjà offense et ceux qui y contreviennent ou les soutiennent doivent être exclus de la communauté. La suite du récit prend alors les allures d’un procès. Le premier à être mis en cause est convoqué, son identité déclinée, les faits rappelés mais tous doivent bien constater que cet aveugle a bien retrouvé la vue. Les jurés sont divisés : « Comment celui qui n’observe pas le sabbat peut-il accomplir des gestes pareils ? » Lui l’aveugle n’a aucun doute : seul un prophète, à l’égal de ceux d’antan, en est capable. Il en a trop dit et on le jette hors du tribunal, chargé d’un péché dont il ne pourra jamais se défaire.
5. Ce récit conduit à ce pourquoi il a été écrit. Celui qui avait retrouvé la lumière dans les yeux trouve maintenant celle dont l’évangéliste Jean dit qu’elle a un nom : Jésus. Il avait commencé ainsi son évangile : « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. » Si « les siens ne l’ont pas reconnu », cet aveugle anonyme l’a reconnu. Ce nouveau voyant verra maintenant bien plus que ses yeux : « Seigneur, je crois ! » Une autre lumière l’avait envahi.
6. On devine toutes les positions prises au temps de l’évangéliste Jean devant l’“événement Jésus”. Elles sont toujours de notre temps. On peut les résumer en quelques mots : le questionnement (qui est-il ?), le doute (est-ce bien vrai ?), le refus (non !), l’adhésion (oui !). Elles ne sont pas absentes de notre cheminement personnel. « Pourquoi je crois » est le titre de maints ouvrages.
Saint Augustin est passé par toutes ces étapes. Il écrivit finalement : « Qu’y a-t-il d’étrange à ce que tu ne comprennes pas ? Si tu comprends, ce n’est pas Dieu ! » et fit sienne la parole du prophète Isaïe : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas » .
Méditation
Aveugle, il était né, aveugle il devait rester.
Pour les siens, il y avait été condamné.
Il ne pouvait qu’être à jamais mendiant.
A la porte qu’on n’ouvre qu’aux croyants.
Par-là, Seigneur, tu es passé et tu as vu
Qu’il tendait la main pour une autre obole
Que celle que nous donnons sans parole,
Telle une aumône à n’importe quel inconnu.
En lui touchant les yeux qui ne voyaient plus
Tu lui as donné de la chaleur qui est tienne
Avec la lumière qui n’a pas d’autre soleil
Que ton cœur ouvert à tous les exclus.
Seigneur,
Donne-moi un peu de tes yeux
Pour voir au-delà des apparences,
Rends mes yeux plus lumineux
Et plus chaleureux par ta présence.

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.
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