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4e dim. ordinaire (29/1) : Pistes pour l'homélie - PSN Port Saint Nicolas -
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4e dim. ordinaire (29/1) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

« Les béatitudes sont impossibles » disait Olivier Clément, théologien de grand renom. Il n’est en effet pas besoin de prendre beaucoup de recul, ni de beaucoup d’esprit critique pour refuser de prendre ce chemin là : « bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui pleurent … ou les persécutés » Mais le plus insupportable de ce texte c’est qu’il semble inviter les plus démunis à supporter servilement leurs souffrances.
Et pourtant, c’est bien à ce public, atteint de maladies et de tourments les plus divers, c’est à cette foule miséreuse qui le suivait partout dans l’espoir d’une guérison que Jésus annonce ce message de bonheur !
Nous pouvons facilement imaginer qu’aujourd’hui comme en ce temps là, Jésus est toujours pris aux entrailles en voyant ces malades, ces chômeurs, ces expatriés… toute cette humanité au bord du désespoir… oui c’est encore à eux, ici, que Jésus propose son bonheur.
« Le Royaume de Dieu est à eux ». C’est clair il s’agit bien d’un bonheur pour aujourd’hui et pas seulement pour plus tard, pour l’au-delà.
Sa promesse n’a rien à voir avec une promesse électorale où « tout ira mieux demain », elle n’est pas une sorte d’opium ou d’analgésique pour endormir le malheureux et le faire patienter dans l’idée qu’il sera heureux demain.
Si la joie, la joie parfaite est à venir, la joie commence en germe ici et maintenant.
L’a-venir a commencé !
Nous savons que l’Evangile a été écrit en grec ; or dit-on, une traduction est une trahison, toutes les traductions sont toujours approximatives, elles ne rendent jamais parfaitement l’idée de l’écrivain. Chouraqui, un juif qui a baigné dans la culture hébraïque, traduit comme ceci les béatitudes :
« En marche les affamés de maintenant, vous serez rassasiés.
En marche les pleureurs de maintenant vous serez consolés
En marche vous les pauvres, vous gagnez la joie du Royaume… »
Je dois dire que cette traduction me plaît beaucoup, parce qu’elle a l’avantage d’être dynamique, elle relève, remet debout, fait marcher.
Avouons que le mot « bienheureux » dans notre vocabulaire moderne fait un peu penser à « béa » et laisse l’image d’une personne qui est là, la bouche ouverte et un peu innocente.
Or pour mettre quelqu’un en marche, il faut qu’il soit habité d’un besoin, d’un désir profond, autrement dit, il doit être habité d’un manque. On ne peut pas remplir une coupe déjà pleine. Celui qui est repu, dont tous les besoins et désirs sont assouvis, le blasé, n’aura aucune motivation pour se mettre en route. Il n’a besoin de rien, besoin de personne, rien à demander, il se suffit à lui-même.
Bienheureux vous les pauvres, les affamés de justice, vous qui pleurez parce que vous avez mille raisons de vous lever, vous mettre en route pour changer, améliorer votre condition de vie et celle de tant d’autres qui, comme vous, sont plongés dans la tourmente.
Une raison de plus pour vous mettre en route c’est que vous pouvez être certains que vous êtes les chéris, les préférés de Dieu et que vous pouvez mettre en lui toute votre confiance.
Il vous garantit le bonheur, non pas le bonheur en solde ou de fin de série que vous trouvez aux étalages des supermarchés, mais le bonheur de 1er choix, la joie parfaite et durable.
La joie de l’amour et de se savoir aimé,
La joie de la rencontre authentique et en vérité,
La joie qui exulte et sourit
La joie du partage et de la paix.

Piste 2

Moïse gravit la montagne, le peuple l’attendait au pied. Dans un grondement de tonnerre il reçoit de Yahvé la loi qui va permettre aux hébreux de devenir un seul peuple, une seule nation. Ces tablettes de pierres sur lesquelles la loi était écrite, Moïse les brisa. Geste par lequel nous pouvons comprendre que Dieu ne veut pas écrire la loi sur la pierre mais dans les cœurs.
Aujourd’hui, Jésus, le nouveau Moïse, gravit la montagne mais plus seul ! Il entraîne derrière lui non pas des notables ou les gens en place, mais toutes ces femmes et ces hommes accablés par la dureté de la vie. Il n’est plus question ici de loi ou d’interdictions mais Jésus offre des consignes pour atteindre le bonheur. Un bonheur pas seulement pour l’au-delà mais pour aujourd’hui, un bonheur non pas réservé à tous ceux qui bénéficient déjà de tous les avantages mais un bonheur accessible même aux plus petits.
« Bienheureux les pauvres de cœur » : c’est-à-dire ceux qui reconnaissent qu’ils ne sont pas tout, qui laissent de la place aux autres. Heureux ceux qui ne se suffisent pas à eux-mêmes mais reconnaissent qu’ils ont besoin des autres.
« Bienheureux les doux » : c’est-à-dire ceux qui ont une telle force intérieure, ils ont une telle confiance qu’ils n’éprouvent pas le besoin d’écraser les autres ou de recourir à la violence, l’arme des faibles et de ceux qui ont peur.
« Bienheureux ceux qui pleurent » : Imaginez un monde sans larmes, où les autres seraient indifférents à nos tristesses et à nos deuils, un monde où les peines ne seraient pas partagées ! Oui, heureux ceux qui savent s’attendrir, partager le chagrin des autres et verser des larmes sur leurs souffrances.
« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » : Peut-on imaginer une société où ne règnerait que la loi du plus fort, une société sans revendication ni contestation, tous esclaves des puissants, sans respect ni reconnaissance de ce qu’il y a de sacré en chacun ?
« Heureux les miséricordieux » : la miséricorde est proche de la compassion et compatir c’est porter ensemble le poids de la faute et de l’erreur. Heureux celui qui ne s’érige pas en juge, n’accuse pas mais comprend la faiblesse, la fragilité et les erreurs des autres. Il sait que s’il avait été dans les mêmes conditions il aurait peut-être agi pareillement.
« Bienheureux les cœurs purs » : Est pur, ce qui est limpide, c’est-à-dire ici celui qui ne porte pas de masque, ne joue pas un personnage, n’a pas deux visages. Bienheureux ceux qui ne sont pas seulement une façade mais authentiquement eux-mêmes. Ils ne jouent pas la comédie mais leur cœur est transparent.
« Heureux les artisans de paix » : parce qu’ils reconnaissent dans le visage de l’autre le visage d’un frère, d’une sœur, tous fils et filles bien-aimés du Père.
« Bienheureux les persécutés pour la justice » : ils sont encore nombreux ceux et celles qui sont persécutés pour la justice, parce qu’ils choisi le parti des sans voix, des marginaux.
Heureux ceux qui se donnent du mal pour construire le Royaume. Nous savons que rien ne se fait sans peine. On apprécie beaucoup mieux et on éprouve plus de joie pour ce qu’on a construit en cohérence avec ses valeurs.
Ces béatitudes sont la nouvelle loi que Jésus propose, loi que nous devons prolonger, réinventer chacun personnellement. L’ancienne loi n’était que provisoire, elle est cassée comme les tablettes de Moïse, avec Jésus nous devenons les législateurs de la nouvelle loi, c’est à nous en effet de réinventer chaque jour, concrètement au fil des événements le commandement d’amour pour le bonheur de tous.

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 29/12/2022