13e dim. ordinaire (28/6) : Pistes pour l’homélie
Des soldats allemands faisant partie des jeunesses hitlériennes ont subi la discipline, l’endoctrinement, la destruction de leur personnalité.
Il en est de même aujourd’hui pour ces jeunes qui ont rejoint la Syrie pour combattre aux ordres de l’Etat islamique ou pour cet homme qui s’applique un cilice autour de la cuisse, par amour - paraît-il - de Jésus.
Combien de sectes, religieuses ou non, ne s’inspirent-elles pas de textes sacrés pour exiger la priorité du gourou ou du grand mufti sur l’appartenance familiale ?
Pourquoi Jésus veut-il nous mettre en rivalité avec nos parents, nos frères, nos enfants, lui le messager de paix ?
Regardons de plus près. Jésus ne s’adresse pas à la foule mais bien aux douze apôtres. Ce texte est la conclusion des conseils donnés aux apôtres que Jésus envoie en mission.
Ils ont déjà opté pour Jésus. Ils l’ont suivi depuis le début. Trois d’entre eux ont partagé sur le mont Thabor l’expérience exaltante de la Transfiguration. Jour après jour, l’exemple et la parole de Jésus n’ont fait qu’ajouter à leur conviction et à leur enthousiasme.
Mais après l’ivresse de la première conversion, vient l’heure de l’épreuve et l’occasion de s’affirmer pour Jésus, aux yeux du monde et, ... pire, devant sa propre famille.
La contradiction, les heurts sont au rendez-vous.
Jésus lui-même a connu la dureté de l’incompréhension familiale. Un jour, sa famille est venue le chercher pour le ramener au pays. "Qui sont ma mère, qui sont mes frères, sinon ceux qui font la volonté de Dieu mon Père ", leur avait-il lancé. Sa famille n’avait pas compris que son heure était venue d’annoncer et d’accomplir la volonté d’amour du Père et non plus de construire des charpentes.
Contrairement aux apparences, c’est un appel à la prise de position personnelle et à la liberté, quel qu’en soit le prix, que Jésus lance. Une prise de position qui peut se heurter, non seulement à la famille mais aussi aux amis.
Et Jésus fait cet appel en parlant de l’accueil à trois types de personnes, l’accueil qu’il considère comme révélateur de la personnalité.
Tout d’abord les prophètes : « Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète » dit-il. Il y a dans l’Eglise des personnes qui ne se contentent pas de ce qu’on a toujours dit et fait mais qui sont en recherche et qui ne s’en cachent pas. Elles secouent leurs communautés. Quel accueil leur réservons-nous ? L’appel à se soumettre à la tradition, à l’obéissance inconditionnelle ou bien l’encouragement à faire preuve de responsabilité dans l’approfondissement du bien et du vrai ?
Deuxièmement : l’accueil des personnes justes. « Qui accueille un homme juste en sa qualité d’homme juste recevra une récompense d’homme juste » dit l’Evangile. Nous connaissons tous de ces personnes de tout bord et de toute opinion philosophique ou religieuse qui luttent pour plus de justice dans la société, dans leur lieu de travail, dans leur entourage. Très souvent, il leur faut bien du courage car elles doivent ramer à contre-courant et se mouiller alors qu’il serait tellement plus simple de faire comme tout le monde.
Ainsi, l’Evangile de ce jour nous invite à être touché par la mission de ces personnes qui ont bravé, au nom de leur foi chrétienne, la violence de certaines dictatures : Dom Helder Camara, Sœur Emmanuelle, Nelson Mandela et bien d’autres.
Troisièmement : l’accueil des petits. « Et celui qui donnera à boire à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, il ne perdra pas sa récompense » dit l’évangile.
Quelle considération leur donnons-nous à ces petites mains qui font tourner nos collectivités et associations en cuisinant, en préparant les locaux, en terminant les tâches que leur collègues ont suspendues à la fin de la journée réglementaire ?
Que de militants ont pu puiser dans leur amour conjugal l’audace de se mettre au service d’un détenu, d’une personne nécessiteuse. Il est souvent plus facile de se ranger du côté de ceux qui les critiquent.
Une communauté chrétienne est une communauté où il y a de la place pour les prophètes, les justes et les petits.
Non, il n’y a pas de concurrence entre Dieu et l’Homme, sinon ce ne serait pas le Dieu des chrétiens.
La gloire de Dieu, c’est l’Homme heureux, c’est l’Homme qui aime comme Son Fils, jusqu’au bout, jusqu’à la croix. C’est la seule croix que Dieu prétend nous demander, celle qu’Il demanda à Son Fils : la croix que peut nous imposer la volonté d’aimer envers et contre tout, comme le Christ.
Si un écran subtil pouvait faire apparaître à nos yeux tous les actes de courage, de dévouement, d’héroïsme secret que des personnes accomplissent en ce moment, nous verrions resplendir la face douloureuse et glorieuse de Jésus, sur des visages, sur les traits émouvants de notre humanité contemporaine.
prêtre
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