1er dim. de Carême (22/2) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Le récit mythique d’Adam et Eve (dans la 1re lecture) nous présente une histoire qui s’adresse à l’humanité de tous les temps. Autrement dit elle nous concerne encore aujourd’hui.
Adam et Eve avaient tout reçu, ils pouvaient cueillir de tous les arbres à l’exception d’un seul dont les fruits semblaient pourtant aussi savoureux que les autres. Sous la pression du serpent ils en mangèrent et à l’instant ils reconnurent qu’ils étaient nus. Ceci met en évidence la tentation la plus puissante dans la vie de tous les humains : vouloir s’approprier tout pour soi tout seul, peu importe s’il n’y a plus de place pour les autres. N’en n’avons nous pas de terribles exemples chez tous les dictateurs ?
C’est pour empêcher Adam et Eve de tout dévorer que Dieu leur donne un ordre, une loi qui a pour but de mettre une limite à ce désir d’être tout et d’avoir tout et qui conduit à la mort.
Ainsi Adam et Eve ont tout ce qu’ils veulent, mais ce n’est pas assez, ils vont consommer même la part réservée aux autres et c’est à ce moment qu’ils découvrent leurs limites et la première limite c’est leur nudité. Ils se découvrent l’un homme et l’autre femme, c’est-à-dire différents. Ils voient qu’ils ne sont pas tout, l’un « a » et « est » ce que l’autre ne pourra jamais « avoir » ni « être ».
La seconde limite qu’ils découvrent c’est qu’ils sont sur un chemin de mort.
Dans son Evangile, Matthieu va nous montrer que là où Adam et Eve ont échoué Jésus va réussir. En un récit concentré il résume en quelques lignes toute la vie de Jésus, il montre que lui, le nouvel Adam, résiste à la tentation de tout avoir, de tout posséder, tout dominer et sa victoire lui permettra de vaincre la mort. Contrairement à Adam et Eve, ses choix vont ouvrir un chemin de vie pour lui et pour les autres.
Ce n’est pas par hasard que ces lectures nous sont proposées en ce 1er dimanche de carême. Le carême est un temps de désert, une occasion de faire l’expérience du désert. Rares sont ceux qui ont pu faire l’expérience du désert, peut-être y avons-nous déjà été avec une agence de voyage et un certain confort assuré. Mais faire vraiment l’expérience du désert est une expérience tout autre car il est le lieu où il faut se battre pour survivre. Là, qui que l’on soit, on est obligé de prendre la mesure de ses limites. Il n’y est pas question de satisfaire ses caprices ou ses envies mais il s’agit de regrouper toutes ses forces pour assurer sa survie. On oublie l’accessoire pour s’atteler aux vraies valeurs.
Faire carême, dit-on, c’est se convertir. Se convertir, comme on vous l’a déjà dit, c’est « se retourner », voir ce qui semble communément insignifiant pour le mettre devant soi. C’est remettre les choses à leur place, leur rendre leur vraie valeur, reconsidérer les choix de notre vie.
Tous ceux qui ont connu l’épreuve d’un deuil profond, d’une maladie grave, la perte d’un emploi… savent, comme dans le désert, refaire leurs choix de vie et se tourner vers ce qui est vital.
Sans attendre de faire ces expériences douloureuses, puissions-nous durant ces 40 jours réapprendre à discerner l’essentiel, à ne pas vouloir tout, à ouvrir des chemins de vie. C’est d’ailleurs ainsi que nous ferons déjà dans notre quotidien l’expérience de la résurrection.
Pour le croyant, chaque jour est Pâques parce qu’il prend conscience que tout ne lui est pas dû mais que tout lui est donné.
Piste 2
Si nous jetons un coup d’œil sur la page précédant cette histoire de tentations, nous y trouvons le récit du baptême de Jésus : Les cieux s’ouvrent, une voix se fait entendre : « celui-ci est mon Fils bien aimé ». A ce moment, Jésus prend conscience de sa filiation divine toute particulière. Ensuite il part dans le désert pour se préparer à cette tâche exceptionnelle mais là, dans la solitude, et le silence il se pose bien des questions sur cette filiation. « Si tu es Fils de Dieu » se dit-il. Il y a maintenant un ‘si ‘, « si tu es Fils de Dieu ». Un ‘si’ qui émet un doute, une incertitude, un peu comme s’il se posait la question « tu penses être fils de Dieu mais en es-tu si sûr ? » Et puis, que vas-tu en faire ? User de ton pouvoir comme changer ces pierres en pains ?
Cette tentation sournoise que le diable met dans le cœur de Jésus porte donc sur son identité. Elle remet en question sa filiation divine et son rapport à son humanité.
Car qui peut se prouver à soi-même qu’il est fils d’un tel ou d’un tel, qui peut se prouver qu’il est bien aimé ? Chacun est remis à la parole de celui qui l’a engendré et qui l’aime. C’est parce qu’il sait cela que Jésus s’en réfère à cette phrase des Ecritures : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra mais de toute parole qui sortant de la bouche de Dieu. »
Un peu plus tard, ayant pris ses distances par rapport aux simples nécessités de la vie telles que le pain, la tentation de Jésus monte un cran plus haut : la tentation du pouvoir, le mirage de la toute puissance à l’état pur, sans limite. Comme Adam et Eve qui désiraient tout manger, sans limite. Mais, lui dit le diable, il y a une condition : « Tu te prosterneras devant moi. » Quelle ironie ! Jésus exercerait le pouvoir absolu sur l’univers tout en devenant esclave du diable, symboliquement parlant il deviendrait esclave de son propre désir de puissance.
Cette tentation, Jésus la connaîtra tout au long de sa vie car les gens se figuraient qu’il allait prendre le pouvoir et instaurer le Règne de Dieu sur le champ. Même ses disciples lui posent la question : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas établir le règne pour Israël ? »
A nouveau Jésus a recours aux Ecritures -le livre du Deutéronome- pour se rappeler le 1er commandement : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu lui rendras un culte. » Il met ainsi fin à cette illusion d’une puissance illimitée qui ne peut être que mortifère.
Mais la tentation ne le lâche pas facilement. Elle n’est plus maintenant d’ordre économique ni politique mais elle ressort du domaine religieux.
« Si tu es vraiment Fils de Dieu » : c’est à nouveau le doute qui revient sur cette déclaration de Dieu lors de son baptême : « Tu es mon Fils bien aimé. » C’est à nouveau le fantasme d’une toute puissance imaginaire : « Se jeter en bas du temple sans mourir car les anges de Dieu me porteraient dans leurs mains ! »
Le diable pousse donc la confiance de Jésus jusqu’à l’absurde. Défier Dieu, le mettre à l’épreuve ! Peut-on tester une parole d’amour telle que « tu es mon fils bien aimé » ?
Autre chose est de mettre sa confiance en Dieu et autre chose est de mettre Dieu à l’épreuve, le mettre en demeure de le prouver.
Jésus a ainsi épuisé toutes les formes de tentations. Si nous sommes attentifs nous remarquerons qu’elles convergent toutes vers un même centre, et ce centre ce n’est pas Dieu mais « soi-même ».
Le diable, ce qui signifie « le diviseur », celui qui divise, tente de dissocier la filiation divine de Jésus et sa filiation humaine.
Par cette histoire des tentations, l’évangéliste dénonce ainsi une manière erronée de concevoir la relation entre Dieu et l’homme. Ce que veut le diable en définitive, c’est inviter Jésus à renoncer à la finitude humaine, le lieu où se déploient les liens d’amour entre Dieu et l’humain.
C’est en vivant en plénitude toutes nos limites humaines jusque dans l’exclusion, l’incompréhension, le mépris, la souffrance et la mort que Jésus montrera qu’il est vraiment Fils de Dieu.

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
- 3e dim. ordinaire (25/1) : Pistes pour l’homélie
- 4e dim. ordinaire (1/2) : Pistes pour l’homélie
- 5e dim. ordinaire (8/2) : Un Credo
- 6e dim. ordinaire (15/2) : Prière eucharistique « La loi d’amour »
- 4e dim. ordinaire (1/2) : Prière eucharistique : " Heureux êtes-vous"
- 5e dim. ordinaire (8/2) : Pistes pour l’homélie
- 6e dim. ordinaire (15/2) : Prières pour la célébration
- 5e dim. ordinaire (8/2) : Prière eucharistique « Vous êtes le sel de la terre »
- 1er dim. de Carême (22/2) : Prières pour la célébration
- 3e dim. ordinaire (25/1) : Prière eucharistique « Le Royaume est tout proche »
- 5e dim. ordinaire (8/2) : Prières pour la célébration
- 3e dim. ordinaire (25/1) : Prières pour la célébration
- 1er dim. de Carême (22/2) : Pistes pour l’homélie
- 6e dim. ordinaire (15/2) : Pistes pour l’homélie
- 4e dim. ordinaire (1/2) : Prières pour la célébration
- 1er dim. de Carême (22/2) : Un Credo
- 6e dim. ordinaire (15/2) : Un Credo
- 1er dim. de Carême (22/2) : Prière eucharistique « Les choix de vie »
- 4e dim. ordinaire (1/2) : Un Credo
- 3e dim. ordinaire (25/1) : Un Credo

https://portstnicolas.org/article5061