27e dim. ordinaire (4/10) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Oui, une fois encore Jésus nous parle de la vigne. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle lui tient à cœur. Cela a commencé un beau jour à Cana : il a changé l’eau en vin.
Un peu plus tard on le verra manger et boire avec les publicains et les pécheurs, certains iront même jusqu’à le traiter de glouton et d’ivrogne.
Plus tard encore il cherchera une salle où il pourra une dernière fois manger et boire le fruit de la vigne avec ses amis.
Et pour finir c’est du vinaigre qu’il boira.
Quand Jésus parle de Dieu il le compare volontiers à un homme qui chérit sa vigne.
Nous sommes donc ici, les enfants d’un Dieu qui aime le bon vin.
Mais Dieu voulait s’absenter et il a confié aux hommes sa vigne qu’il chérissait tant. Il n’a pas fallu longtemps pour que certains, oubliant qu’ils n’étaient que gérants, se considèrent et se comportent comme des propriétaires. Ils se sont battus entre eux pour la posséder et se la partager entre riches en jetant les pauvres dehors.
Pourtant le Seigneur n’a jamais cessé d’envoyer des prophètes qui, souvent au péril de leur vie, ont tenté de réveiller la conscience des usurpateurs. Mais ceux-ci, forts de leur pouvoir, n’ont pas arrêté d’exploiter les uns et d’exclure ou tuer les autres.
Et le vin est devenu pour tout le monde aigre et imbuvable, il ne suscitait plus la joie.
Remarquez qu’il y a des milliers d’années, bien avant Jésus, à l’époque du prophète Isaïe la situation était déjà aussi désastreuse. Nous venons de l’entendre : « J’attendais du bon raisin, pourquoi en-a-t-elle donné du mauvais ? »
Et le même scénario s’est répété à travers les siècles. Chaque fois, de nouveaux maîtres de la vigne n’ont cessé d’édicter leur loi, de condamner, de punir et d’exploiter les ouvriers qui de leur côté, à la base, s’évertuent à donner le meilleur d’eux-mêmes pour produire un vin moelleux, savoureux, que tous pourraient boire et goûter.
Tout ceci, me direz-vous n’est pas très encourageant ni engageant.
Mais c’est, je pense, mal comprendre le message de Jésus qui ne veut certainement pas décourager mais nous faire prendre conscience de la crise. Or vous savez que c’est toujours dans les moments de crise, d’épreuve ou de catastrophe que tout le monde se mobilise, réagit, et déploie une énergie folle. Nous en avons un bel exemple aujourd’hui avec la multiplication des dégâts climatiques (et la crise sanitaire que nous traversons).
Aujourd’hui, comme à d’autres tournants de l’histoire, il est urgent de remuer le sol, de bêcher, mettre de l’engrais et aller au devant des plants les plus fragiles.
Certainement les méthodes ont changé, les techniques ont évolué avec du bon et du moins bon, mais ce qui compte c’est le résultat : produire un vin savoureux pour que tous puissent être à la fête.
N’attendons pas que Dieu vienne nous tirer par la manche pour nous embaucher, il ne nous enrôlera pas de force. Il ne nous dira pas « toi tu fais ceci, toi cela ! » Il nous laisse le soin de voir par nous-mêmes ce qu’il y a à faire et ce que nous pouvons faire pour sauver notre monde.
Il nous fait confiance parce qu’il nous a aussi donné la capacité de changer l’eau en vin, de changer la souffrance en réconfort, de transformer l’accablement en espérance et notre inertie en générosité.
Piste 2
Trouver un parking en ville un samedi matin, relève aujourd’hui du défi. Qui n’a jamais été humilié par le visage triomphant et le regard narquois de celui qui, ô miracle, est parvenu à glisser sa voiture le long d’un trottoir ?
L’autre jour je fus témoin d’un spectacle devenu tristement banal : deux automobilistes se disputaient les quelques précieux mètres carrés. Chacun avait avancé suffisamment sa voiture pour empêcher l’autre de prendre possession du territoire.
Après avoir été faire mes courses, je suis repassé sur les lieux et surprise : nos deux compères n’avaient toujours pas lâché prise et s’usaient mutuellement la patience.
Inutile de dire que sur l’entre fait plusieurs autres places toutes proches avaient déjà été échangées par d’autres automobilistes sans qu’aucun des deux concurrents n’ait eu le réflexe de les prendre. Non, c’était LEUR parking, celui-ci, pas un autre. Comme s’ils en étaient chacun propriétaire.
Cette petite histoire nous fait sourire… ou plutôt pleurer, et pourtant n’est-ce pas exactement notre histoire à nous, notre attitude à l’égard de Dieu ?
Dieu nous a confié non pas un parking mais un monde, des frères et des sœurs, une vigne pour que nous produisions du bon vin.
Or ce monde, cette vigne, nous nous la sommes accaparée : c’est mon parking, mes affaires, ma route, mon droit, ma décision, mon argent, ma propriété, ma priorité, mon intérêt, mon avantage… et je m’accroche à tout cela comme si c’était vraiment à moi. Je vais donc écraser l’autre, l’user, le harceler, le faire déménager ou abdiquer, le faire abandonner, démissionner, céder, reculer…
Et avec mes œillères je m’enfonce dans mon obsession, mon refus, mon entêtement, mon étroitesse… Et pourtant je le sais, il n’y a rien à faire, tôt ou tard il faudra céder, abandonner parce que - imaginons la fin de l’histoire - le soir, lorsque le parking sera vidé, ils n’auront plus de raison de s’entêter, les magasins seront fermés, il sera trop tard !
Il n’y aura pas de vainqueur, il n’y aura que 2 perdants.
Notre vie n’est-elle pas parfois semblable à ces 2 automobilistes à l’esprit obtus et entêté ?
Imaginons un instant qu’un des 2 ait abandonné et soit parti chercher ailleurs ! Aux yeux de son adversaire il était le perdant mais pas aux yeux de tous. Avec un peu de recul je pense que cette victoire est une victoire bien amère et n’est certainement pas à l’honneur du vainqueur.
Jésus nous dit dans l’Evangile : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. » Cette pierre qui semblait inutile, a été perdante, rejetée et pourtant c’est elle qui a triomphé.
Continuellement dans notre vie nous sommes confrontés à des situations semblables. Quelle sorte de vainqueur serons-nous, le vainqueur amer ou la pierre perdante rejetée et devenue pierre angulaire ?
Je ne suis pas le serviteur d’un maître mais le fils d’un Père…

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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