7e dim. de Pâques (17/5) : Commentaire
Ce dimanche peut être appelé le dimanche de la prière. Il se situe dans la période où les Apôtres, sur l’ordre de Jésus, attendirent, du jour de l’Ascension à la Pentecôte, la venue de l’Esprit Saint en étant fidèles à la prière avec Marie, Mère de Jésus (1re lecture). Mais c’est surtout le Christ priant que nous écoutons aujourd’hui dans la grande et longue prière, appelée aussi la prière sacerdotale : Jésus prie pour lui-même avant l’heure grave de sa passion ; mais il prie aussi pour ses disciples qu’il va laisser dans le monde (évangile).
Le désir de l’Esprit se fait plus fort. Il va venir bientôt, cet Esprit de gloire, qui reposera en nous et nous fera tenir bon dans l’épreuve (2e lecture).
Passons ces neuf jours entre l’Ascension et la Pentecôte (qui sont à l’origine de la coutume populaire des neuvaines) dans une prière plus intense et l’invocation de l’Esprit de Jésus.
Première lecture Ac 1,12-14
Le premier verset rattache le récit à l’Ascension. Selon l’ordre du Christ, les Apôtres retournent à Jérusalem et montent à l’étage de la maison, encore dit “la chambre haute” : parfois un étage entier, le plus souvent une chambre située sur la terrasse, la pièce de la maison la plus propice au recueillement et à la méditation. D’un seul cœur, ils participent fidèlement à la prière. C’est, dirait-on, leur occupation principale en ces jours.
Suit la liste des noms des Apôtres. Outre que les Actes donnent à ceux-ci un rôle prépondérant, cette liste des Onze (il manque évidemment Judas) introduit habilement la scène suivante, l’élection de Matthias.
Sont encore mentionnées quelques femmes, sans doute celles dont Luc nous donne les noms dans son évangile (), et qui faisaient partie de l’entourage de Jésus. Il faut savoir gré à Luc d’avoir, dans ses deux écrits et à l’encontre de la mentalité d’alors, mis en valeur la place des femmes dans la vie du Christ et dans la communauté primitive. Marie est la seule citée nommément ; elle a une place particulière dans la jeune communauté.
Quant aux frères (mot qui peut désigner les frères directs ou les cousins ; dans ce second sens le mot est encore utilisé aujourd’hui en Orient), c’est des cousins qu’il s’agit (voir le parallèle en Marc où les frères cités sont d’une autre mère que Marie). Des membres de la famille de Jésus formeront un noyau de chrétiens d’origine juive (judéo-chrétien) ; l’un d’eux, Jacques, dit frère de Jésus (), chef de la communauté de Jérusalem () aura un rôle déterminant lors du “concile des Apôtres” ().
En peu de traits, ce court passage nous donne l’essentiel de ce qui fait une communauté chrétienne :
- l’assemblée réunie sur l’ordre de Jésus.
- un début de structure, d’hiérarchie, indiquée dans la nomenclature des Apôtres.
- la tâche de l’Eglise : être témoin, annoncer l’Evangile au monde entier.
- la prière, partie intégrante, constituante même, de la communauté.
- l’Esprit, l’âme du tout.
Psaume 26
Psaume de confiance et de désir.
La communauté, rassemblée dans l’eucharistie, prie comme les Apôtres au Cénacle :
De qui aurai-je crainte ? Devant qui tremblerai-je ? Tu es avec les tiens comme tu l’as promis. Mon grand souci, au milieu de mes épreuves, c’est toi : je n’ai qu’un désir, un seul : habiter dans ta maison (demeurer, dira Jean), tous les jours de ma vie, ne pas être séparé de toi. Envoie ton Esprit qui nous unira plus intimement à toi, afin que nous puissions voir ta face que nous cherchons du plus profond de notre désir.
Deuxième lecture : 1 P 4,13-16
Il est question de souffrances. On croit qu’il s’agit d’une des premières persécutions : le culte de l’empereur (Domitien) avait été relancé pour fortifier le pouvoir central. Les chrétiens se refusent à ce culte à cause du nom du Christ, auquel seul revient l’adoration.
Pierre distingue nettement le motif glorieux de la persécution : à cause du nom du Christ - des motifs dont le chrétien devrait avoir honte comme le crime du meurtrier, du voleur... Certaines insultes ne sont pas glorieuses pour l’Eglise : la haine compréhensible de certains anticléricalismes, le mépris que lui témoignent la classe ouvrière, des femmes...
A cause du seul nom du Christ, l’Eglise a été souvent persécutée et l’est encore dans les pays totalitaires (de droite et de gauche), parce que ces régimes ne supportent pas la contradiction. Ces affrontements sont inévitables si le chrétien ne veut pas trahir l’Evangile.
Les motifs les plus profonds de tenir, de se réjouir même (la dernière béatitude, chez Matthieu ) sont : la communion aux souffrances du Christ, la conscience d’être sous la protection de l’Esprit de Jésus, enfin l’espérance d’être un jour dans la joie et l’allégresse quand la gloire du Christ se révélera définitivement.
Seuls la foi profonde, l’amour ardent peuvent comprendre ces motivations ; aux autres elles paraissent folie. Mais le disciple doit suivre le même chemin que le Maître, et la persécution au nom du Christ a toujours été un signe de la vitalité de l’Eglise. Il est inutile de se demander : "Tiendrai-je dans la persécution ? " Tenons dans les contradictions et les épreuves que nous subissons aujourd’hui ; quand viendra le moment difficile, "ne soyez pas inquiets, l’Esprit Saint vous fortifiera" ( ; ).
Ce texte tragique semble jeter une ombre sur la joie pascale. En fait, il la préserve du romantisme. Il nous rappelle que la résurrection du Christ ne saurait être célébrée en oubliant la croix. Ce texte est véritablement pascal. Enfin il fait nous désirer l’Esprit de Pentecôte.
Évangile : Jn 17,1-11a
Moment indicible où Jésus, sa mort devant lui, parle par éclairs, comme s’il l’avait déjà vaincue. L’heure est venue, cette heure du passage qu’il a tant désirée et qui l’a fait frémir. Alors, selon une manière juive de prier, il leva les yeux au ciel. C’est la plus longue prière du Christ que les évangiles nous aient laissée. Chaque septième dimanche de Pâques des trois années du cycle liturgique, on en lit une partie.
Père. Le mot, tant de fois employé par Jésus pour désigner sa relation unique à Dieu, prend ici un relief d’une tendresse saisissante. Glorifie ton fils. Serait-ce une prière d’orgueil ? Non point : Afin que ton Fils te glorifie. Un peu (toute comparaison cloche !) comme un jeune étudiant en médecine désire réussir son examen pour être la fierté de son père et pour bien servir les malades. Jésus demande d’être entièrement saisi par son Père, de n’avoir plus entre le Père et lui le mur de son corps mortel ; que le Père lui donne un corps de gloire tout irradié par sa lumière amoureuse. En fait, Jésus demande sa résurrection. Ainsi transformé, il pourra donner la vie éternelle aux siens.
Mais on sent percer, chez Jésus, comme un immense mal du pays, car il est encore loin de son Père. Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi. Il ne revendique que ce qui est au plus profond de lui : Donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde. Une affirmation on ne peut plus nette de la pré-existence du Christ. Il n’est pas seulement un homme qui a commencé d’exister en naissant, il existait avant, comme Verbe éternel du Père. Mais cette gloire éternelle s’est voilée dans son humanité. Maintenant, par la résurrection, elle va irradier cette humanité avec éclat.
Puis la pensée de Jésus s’attarde auprès de ses disciples qu’il va bientôt laisser seuls. Il les regarde avec attendrissement : ils étaient à toi, tu me les as donnés. Le Père nous a confiés, donnés à son Fils. Chaque personne divine nous prend personnellement en charge. Nous sommes comme entraînés dans le va-et-vient des échanges trinitaires : Tout ce qui est à moi est à toi. Le Père et le Fils nous aiment d’un amour commun, nous sommes comme bercés de l’un à l’autre. Quelle tendresse !
Et comme Jésus prend plaisir à relever la foi de ses disciples ! Ils ont gardé fidèlement ta parole, ils ont reconnu... ils ont reçu... ils ont cru. Quoi ? Que je suis venu d’auprès de toi, que c’était toi qui m’avais envoyé. Beaucoup voient en Jésus un homme extraordinaire, l’homme de foi voit en lui le Fils du Père.
Cette foi va subir des assauts terribles quand Jésus sera parti. Une espèce d’angoisse saisit Jésus à laisser ses disciples à eux-mêmes. Désormais je ne suis plus dans le monde, eux ils sont dans le monde, le monde du Mal. Aussi je prie pour eux. Par contre, Jésus ne prie pas pour le monde. Il ne le peut, puisque c’est le monde du Mal.
Prière sublime ! Des éclairs à jets continus. Cette méditation ailée chante et la grandeur du Christ, le Verbe éternel, et la noblesse du chrétien confié par le Père au Fils. Vraiment, "élevons notre cœur - rendons grâce au Seigneur tout-puissant".
• Le monde serait-il mauvais ?
Chez Jean, ce mot monde a deux sens totalement différents, parfois sur la même page. Seul le contexte permet de les distinguer.
Le monde au sens positif, c’est la création, notre terre qu’il nous faut aimer, faire progresser : Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils ().
Le monde au sens négatif, ce sont alors les forces destructrices, paralysantes de l’égoïsme humain, le diabolique, le “Mauvais”. Je ne prie pas pour le monde (), le monde les a pris en haine ().
Nous vivons dans un monde qui a ces deux faces, et notre situation est inconfortable ; il nous faut aimer le monde, le construire - il nous faut lutter contre tout ce qui, en lui, est destructeur... et il nous arrive bien souvent de regarder son soleil en ayant les pieds dans la boue. Mais ne nous évadons pas du monde, gardons-nous seulement du Mauvais.
Prêtre du diocèse de Luxembourg.
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