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23e dimanche du temps ordinaire

1. Le court récit de cette guérison, si imagé sous la plume de Marc, nous délivre plusieurs messages. Etre sourd et muet, c’est être en une prison fermée à double tour. A vie pour les sourds-muets de naissance. Qui engendre un comportement social souvent difficile, indiscipliné et les fait mettre dans des instituts, au bord de la société. Cela allait plus loin encore à l’époque de Jésus. Se mettre au contact de ces gens entraînait une impureté rituelle dont il fallait se débarrasser par des ablutions ou des sacrifices. Condamnés par Dieu, pensait-on, ils ne pouvaient espérer rencontrer la miséricorde des hommes. Ajoutons encore que Jésus est en terre « païenne », la Décapole, que ce sourd-muet est un non-Juif, que Jésus le touche. Bref, il n’y a pas plus grande fosse d’irréligion pour les observateurs de la loi mosaïque.

2. Le nom de Jésus signifie « Dieu sauve ». L’épisode de guérison en donne preuve pour ce sourd-muet. Lorsque Jean le Baptiste envoie de sa prison deux disciples pour demander à Jésus s’il est bien celui qu’il avait annoncé, Jésus répond avec les paroles du prophète Isaïe entendues dans la première lecture : « Dites aux gens bouleversés. Courage ne craignez pas… Dieu vient vous sauver. Les yeux des aveugles s’ouvriront, les oreilles des sourds entendront, le boiteux bondira comme un cerf et la langue du muet criera de joie. » Il s’agissait de bien plus que de guérisons physiologiques. En touchant de ses mains les oreilles et la langue de cet étranger à son peuple et à sa foi, Jésus nous donne à voir une image visible de sa mission : sauver l’homme de l’individualisme qui rend sourd aux appels à l’aide, qui rend notre cœur muet. De sa mission qui est aussi la nôtre.

3. Il est en effet sourd celui qui n’écoute pas. Une première leçon à notre intention. « Peux-tu simplement écouter ? » est le titre d’un extrait d’un manuel de formation dû à un auteur anonyme. Il poursuit ainsi. « Quand je te demande d’écouter et que tu commences à me donner des conseils, tu n’as pas fait ce que je te demandais. Quant je te demande de m’écouter et que tu commences à me dire pourquoi je ne devais pas ressentir cela, tu bafoues mes sentiments. Ecoute… Tout ce que je te demande, c’est que tu m’écoutes. Non que tu parles ou que tu fasses quelque chose ; je te demande uniquement de m’écouter. Les conseils sont bon marché ; pour 2 euros j’aurai dans le même journal le courrier du cœur et l’horoscope. Je peux agir par moi-même, je ne suis pas impuissant, peut-être un peu découragé ou hésitant, mais non impotent. Quand tu fais quelque chose pour moi, que je peux et ai besoin de faire moi-même, tu contribues à ma peur, tu accentues mon inadéquation. Quand tu acceptes comme un simple fait ce que je ressens (peu importe la rationalité), je peux arrêter de te convaincre, et je peux essayer de commencer à comprendre ce qu’il y a derrière ces sentiments irrationnels. Lorsque c’est clair, les réponses deviennent évidentes et je n’ai plus besoin de conseils. Les sentiments irrationnels deviennent intelligibles quand nous comprenons ce qu’il y a derrière. Peut-être est-ce pour cela que la prière marche, parfois pour quelques personnes, car Dieu est muet. Il ne donne pas de conseils. Il n’essaie pas d’arranger les choses. Il t’écoute simplement et te laisse résoudre le problème toi-même. Alors, s’il te plaît, écoute et entends-moi. Et si tu veux parler, attends juste un instant et je t’écouterai. »

4. Etre écouté libère de la pression de l’angoisse qui monte en tout chacun lorsqu’il lui semble être bien seul dans des situations de souffrance. Je pense particulièrement aux personnes qui viennent d’apprendre un cancer et à celles qui accompagnent un proche entré dans la maladie d’Alzheimer. On a inventé les groupes de paroles dans ce but : écouter et échanger pour partager, sans juger, ni vouloir enseigner. Il faut inviter à ne pas rester seul, à ne pas s’enfermer sur lui-même celui qui s’y laisse glisser. Et ne pas le laisser seul est une mission à la portée de chacun. C’est ainsi que nos langues et nos oreilles seront source de guérison. Jésus nous en montre aujourd’hui toutes leurs forces.

Seigneur, touche mes oreilles pour que je puisse t’entendre dans les silences de ceux qui ne parlent plus. Délie ma langue du silence dans laquelle je la laisse pour ne pas avoir à répondre à qui appelle.


Méditation

Il n’entendait rien et rien ne disait
Ce prisonnier de la tour des sourds-muets
Dans la nuit du silence qui couvre d’un manteau
La chaleur des mots et le chant des oiseaux.

« Effata », et la porte s’est ouverte
Par la magie de la puissance céleste
Que Tu portais en tes mains et gestes
Et délivra l’homme de tous ses liens.

Seigneur, mon cœur est prisonnier
De sa pauvreté, face à tous les appels
Que je ne sais ou ne veux écouter,
Trop encombré par le souci journalier.

Touche-moi par la prière du regard
De celui qui a attend une écoute sans fard.
J’apprendrai alors que le silence est d’or
Et repartirai heureux d’avoir trouvé un trésor.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 05/09/2021