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30e dimanche du temps ordinaire

« Aie pitié de moi. » Cette imploration en sa forme grecque, « Kyrie eleison », parvenue à nous par-dessus les âges depuis cette route de Jéricho, est toujours sur nos lèvres au début de chaque eucharistie.

1. L’avant de cet homme se devine facilement. Il y avait si longtemps qu’il était là que tout le monde connaissait son nom, Bar Timée, le fils de Timée en langue araméenne. Assis au bord de la route, il mendiait, parce qu’un aveugle ne pouvait que mendier. A la sortie de la ville, là où il avait le plus de chance d’obtenir quelque obole de la part de ceux qui y entraient ou en sortaient. Il faisait partie du paysage et le jour où il ne serait plus là, on dirait : « Tiens, Bartimée est mort ! Oh ! C’est une délivrance pour lui. »

2. Et puis il y eut un après. Cet homme, d’aveugle sera voyant. D’assis, immobile, il se lèvera. Seul au bord du chemin, il rejoindra la foule et suivra son chemin. De mendiant il deviendra missionnaire. A l’évidence, le récit veut dire plus qu’un recouvrement miraculeux de la vue. Les évangélistes ne sont pas des historiens mais les porteurs du message que le Christ leur a confié et demandé de proclamer, énoncé ici en quelques mots : « Va, ta foi t’a sauvé. » Comme si Bartimée avait jeté lui-même, avec son manteau de mendiant, tout ce qui le retenait assis, immobile, au bord de la route, sans autre tâche que celle d’attendre, de mendier. Parce qu’il avait déjà reconnu le sauveur. Le recouvrement de la vue n’en serait que la confirmation

3. A notre manière, nous sommes des mendiants. Nous attendons beaucoup de la vie, de ceux qui gouvernent, de la société, c’est-à-dire des autres. Et lorsque nous nous engageons, nous attendons reconnaissance et distinctions. Et lorsque nous prions, nous le faisons comme des mendiants, attendant que notre requête soit entendue, que notre quête soit fructueuse, que notre escarcelle soit remplie. Et nous restons sur notre faim de mendiant lorsque rien ne se passe comme nous l’attendions. Alors nous restons assis dans l’indifférence. Dans son cri « Fils de David, prends pitié de moi » Bartimée disait déjà sa confiance. Il était déjà son disciple. Il va en être confirmé.

4. A la fin du 19e siècle, parut un livre, d’un auteur inconnu, intitulé « Récit d’un pèlerin russe ». Ce récit est considéré comme un des fleurons de la littérature russe orthodoxe populaire. On y lit qu’un homme s’est demandé comment prier sans cesse comme y invite l’apôtre Paul. Ne sachant comment faire, il entreprend de partir à la recherche de qui pourrait lui répondre. Il rencontre un starets dans un monastère qui lui dit : « Si tu veux que ta prière soit pure, droite et bienfaisante, il faut choisir une prière courte composée de quelques mots brefs mais forts et la répéter longtemps et souvent : « Seigneur Jésus-Christ, ayez pitié de moi ; c’est ainsi qu’on prend goût à la prière. »

5. Dans la tradition orthodoxe, cette prière est appelée Prière du cœur ou Prière de Jésus. Parce qu’elle doit se dire de l’intérieur du cœur, au rythme de la respiration. Voilà comment ce pèlerin russe dit la pratiquer : « En regardant dans mon cœur, j’inspirais l’air et le gardais dans la poitrine en disant “Seigneur Jésus-Christ” et je l’expirais en disant “ayez pitié de moi”. Je m’exerçai d’abord pendant une heure ou deux puis je m’appliquai de plus en plus fréquemment à cette occupation. Après plusieurs mois, je sentis qu’elle se faisait d’elle-même sans aucune activité de ma part. » Il avait appris à faire parler son âme, en regardant Celui dont il voulait qu’elle soit habitée. Puis une humble prise de conscience de nos limites. Ce pèlerin russe apprit qu’il fallait faire cette prière, sans cesse, tant que battrait notre cœur, se la répétant de manière consciente ou non. Une prière permanente, instinctive qui ne nécessite pas d’effort mental et peut se faire au rythme de notre respiration pour en faire la respiration de l’âme.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 24/10/2021