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Christ Roi

1. Ils ne s’étaient jamais rencontrés et les voilà face à face.
Lui, Pilate, assis sur ce siège de gouverneur installé par Rome, entouré de toute son institution militaire pour faire respecter la "pax romana", la paix romaine, en utilisant toute la force et la violence nécessaires et qui ont fait souffrir et mourir des milliers de Juifs rebelles, crucifiés sur les routes qui menaient à Jérusalem.
Et devant lui, Jésus, un illuminé pacifique et vagabond, avec plein d’utopies dans la tête, qu’on lui avait amené seul parce que sa petite cohorte de pêcheurs de Galilée venait de l’abandonner. Quel contraste entre ces deux hommes, face à face qui au vu de leurs parcours, n’auraient jamais dû se rencontrer.

2. S’il est là, lui Jésus, c’est parce qu’il a été accusé de vouloir se faire roi, de fomenter une révolte contre Rome, d’inciter le peuple à ne pas payer l’impôt. L’accusation est grave mais fausse ; elle n’est qu’un prétexte. Jésus ne s’était-il pas soustrait, ce jour du pain multiplié, à cette foule qui voulait le faire roi ? Mais là, à la question de Pilate : « Es-tu le roi des Juifs », Jésus, reprenant à son habitude les termes de son interlocuteur, abonde : « Puisque tu le dis ! » Pilate ne savait pas qu’il disait autre chose que ce qu’il sous-entendait. Déjà, l’eau qu’il proposait à la Samaritaine au bord du puits n’avait plus le même goût que celle de sa cruche, que le pain qu’il donnerait comblerait une autre faim que celle des estomacs vides. Pilate ne pouvait pas savoir !

3. De Royaume, Jésus en avait beaucoup parlé. Du royaume de Dieu, du Règne de Dieu. Du sommet des béatitudes, il en avait donné les lois. Il n’avait alors devant lui en Galilée que de petites gens « sans culture » comme disaient les religieux les plus avertis. Ceux qui l’ont conduit au prétoire lui ont donné ce jour-là, sans le savoir, la colline la plus élevée qui soit avec devant lui, un empire, en son représentant pour auditoire. Les mots prirent alors une autre portée.
Pilate, tu dois mettre les gens que tu gouvernes au service de Rome, et pour cela lever l’impôt, faire régner l’ordre par tes armées et par la peur. Moi j’appelle chaque conscience au don, à l’amour, au service avec des gestes libres, volontaires, procurateurs de paix, de joie.
Pilate, tu crois que le monde est partagé en deux : d’une part ceux qui possèdent et sont libres et d’autre part ceux qui en sont esclaves et doivent le rester. Moi je suis venu dire que tous les hommes ont un même Père et sont frères.
Pilate, le Royaume que tu sers n’aura de vie que le temps des hommes qui l’instaurent. Mon Royaume, parce qu’il ne vient pas d’ici-bas mais d’un au-delà que tu ne connais pas, n’aura pas de fin.

4. Plus qu’un moment d’histoire, car on ne voit pas qui aurait pu le rapporter, pas un Romain certes, encore moins un Juif au temps de la Pâque, ce récit est une catéchèse, un enseignement. Que l’on peut résumer ainsi : les deux mondes que Jésus et Pilate représentent ne pourront jamais se comprendre. Pilate ne pouvait pas reconnaître comme roi celui qui se mettrait à genoux aux pieds de ses disciples pour leur dire qu’il n’était pas venu pour être servi mais pour servir. Pilate ne pouvait pas reconnaître un roi qui dirait « aimez vos ennemis ». Autant de marches à contre-sens à ses yeux. Peut-on aimer celui qui cherche et peut réussir à détruire en vous ce qui était vous, comme votre intégrité, votre dignité ? N’est-ce pas mettre la mort à la place de la vie ? C’est bien ce qui arrivera à Jésus, avec une croix pour trône, des épines pour couronne.

5. Nous, retenons de ce dialogue que l’attachement à Jésus, la foi qui n’est que confiance, ne peuvent pas être justifiés par quelque raison que ce soit, pour quelque motif que ce soit. Qu’ils sont au-delà de nos horizons. Je choisis Jésus pour lui-même, point final. Qu’importent les réticences de mon for intérieur. Croire en lui pour obtenir la vie éternelle, pour obtenir un bien quelconque, n’est pas croire, c’est commercer comme l’a écrit saint Bernard : « Vous voulez donc apprendre de moi pour quel motif et dans quelle mesure il faut aimer Dieu ? Eh bien, je vous dirai que le motif de notre amour pour Dieu, c’est Dieu lui-même, et que la mesure de cet amour, c’est d’aimer sans mesure… Il y en a qui louent le Seigneur parce qu’il est puissant. Il y en a qui le louent parce qu’il est bon pour eux. Il y en a qui le louent simplement parce qu’il est bon… Celui qui aime Dieu n’a pas besoin d’être excité à le faire par l’appât d’une récompense qui n’est pas Dieu lui-même. Autrement ce ne serait point Dieu qu’il aimerait, mais la récompense. » Pour franchir ce pas Augustin avait écrit : « « Crois et tu comprendras ; la foi précède, l’intelligence suit. »
Seigneur, apprends-moi les chemins qui conduisent à ta rencontre, la prière qui libère de toute fausseté.


Méditation

Pourquoi ?

Pourquoi, Seigneur, te supplier d’être bon
Et te regarder en même temps comme un Père ?
N’y voyons-nous pas une injure sans nom,
Et combien est assassine cette prière ?

Pourquoi te demander de nous écouter
Sans chercher à t’entendre nous appeler
Auprès de ceux que cache le silence
Qui les enveloppe de notre indifférence ?

Pourquoi te demander de nous exaucer
Sans d’abord nous exercer à pardonner
Et te demander miséricorde et pitié
Pour ce à quoi on ne veut pas renoncer ?

Alors que tu guettes à l’horizon le retour
De celui que tu n’as jamais abandonné,
Pourquoi penser qu’on peut condamner
Celui dont on ne sait rien de son parcours ?

Apprends-moi Seigneur à être vrai.
Défais en mon âme ses plis mauvais.
Retiens sur mes lèvres toute fausseté.
Enlève de mes yeux toute obscurité.

Pour cela, Seigneur, je ne veux plus que te prier.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 21/11/2021