2e dim. de Pâques (7/4) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Depuis 2000 ans, Thomas est resté l’exemple type de l’incrédule. Il est celui qui exige des preuves tangibles et ne s’en laisse pas conter. Et pourtant, contrairement à ce que l’on pense communément, saint Thomas nous est présenté ici comme le modèle des croyants, bien plus que les autres disciples.
En effet, nous voyons ceux-ci toujours enfermés dans leur peur, toutes portes verrouillées. On dirait que ce sont eux qui sont maintenant dans le tombeau. Et curieusement quand ils remarquent Jésus au milieu d’eux, ils n’ont pas l’air de s’en étonner mais seulement de se réjouir.
Jésus essaye de calmer leurs inquiétudes en leur disant des paroles rassurantes : « La paix soit avec vous ». Et il les invite à sortir, à aller vers leurs frères.
Mais il n’y parvient pas : ni sa présence ni ses paroles de paix ne semblent avoir réussi à apaiser leur peur. La preuve est que 8 jours plus tard, quand Jésus revient, il les trouve toujours là, avec les portes verrouillées, enfermés dans leur crainte.
Les paroles de Jésus n’ont eu aucun effet sur eux. Ils ont pourtant le signe que Jésus est bien vivant mais ils sont incapables d’un geste de confiance parce qu’ils n’ont pas la foi.
Mais aujourd’hui, Thomas est avec eux. Il est intéressant de voir ce que les disciples lui disent : « Nous avons vu le Seigneur. » Remarquez qu’ils ne disent pas : « Le Seigneur est ressuscité », ce qui serait de leur part un acte de foi. Non ils n’ont fait que « voir » !
Il est tout à fait normal alors que Thomas demande le même privilège. Pourquoi lui ne pourrait-il pas voir alors que les autres ont vu le Seigneur ?
Or voici que Jésus est là au milieu d’eux et propose à Thomas de le toucher. Ce qu’il ne fait pas mais il se jette à genoux et prononce le premier acte de foi authentique de la part d’un apôtre : « Mon Seigneur et mon Dieu », dit-il.
Autrement dit la réputation que l’on fait à Thomas « l’incrédule » est étonnante puisqu’au contraire il est le 1er apôtre à exprimer sa foi au Christ ressuscité.
Cet acte de foi de Thomas est d’ailleurs important pour nous à plusieurs titres :
 Parce qu’il nous montre que croire n’est pas d’abord adhérer à des vérités toutes faites ou à un credo.
 Que la foi ne consiste pas à faire disparaître les questions ou les doutes, elle n’est donc pas une certitude ni une conviction profonde que l’on perd aujourd’hui pour la retrouver demain.
Non, Thomas nous montre que croire, c’est simplement recevoir et accueillir le don d’un Dieu qui se donne lui-même ; et si la foi est accueil cela signifie qu’elle est d’abord relation.
En ce sens nous pouvons donc dire que Thomas est un modèle de croyant car malgré ses doutes devant la souffrance et la mort d’un innocent, il reconnaît à travers ses blessures la présence de Dieu.
N’est-il pas alors pour nous aujourd’hui une invitation, devant tous les visages tuméfiés, les corps délabrés, les yeux en larmes, à nous jeter à genoux en y reconnaissant le visage de notre Dieu ?

Piste 2

(Inspirée de Thierry Tilquin)
Les récits qui suivent l’événement de la résurrection du Christ nous laissent souvent perplexes, du moins si nous les lisons avec le regard de notre ami Descartes, un regard marqué par le doute systématique.
Mais ce regard nous aide à ne pas verser dans une lecture fondamentaliste qui considère la résurrection de Jésus comme un fait historique d’une vérité incontestable puisqu’il est raconté dans la Bible. Un fait aussi historique que la mort de Charles Quint le 25 septembre 1558 au monastère de Yuste en Espagne. Soit dit en passant, même pour nous qui vivons à l’heure des médias modernes où les faits nous sont racontés parfois presque en direct, une vérité journalistique ne coïncide pas toujours avec une vérité historique. Ce n’est pas parce que c’est « vu à la télé » que c’est vrai !

Mais on peut tout de même dire que la résurrection de Jésus est un événement historique. En quel sens ? Parce que des femmes d’abord, Marie-Madeleine (dans le récit de Jean lu au matin de Pâques), des hommes ensuite – Pierre, Jean, les disciples et Thomas – ont porté ce témoignage : « Christ est ressuscité. » Puis, il y a eu Paul et les premières communautés chrétiennes qui ont proclamé et vécu de cette foi.
Adolphe Gesché, professeur de théologie, avait pour habitude de dire de manière un peu provocatrice, qu’il n’y a pas de témoin de la résurrection du Christ : personne ne l’a vue, personne ne l’a constatée, il n’y a qu’un tombeau vide devant lequel Marie-Madeleine est perplexe. Il faudrait plutôt dire qu’il y a des témoins du « Christ ressuscité ». Avec leur regard de foi, ils ont fait l’expérience de sa présence vivante au milieu d’eux. L’extrait de l’évangile que nous venons de lire en est l’expression : la rencontre du Christ ressuscité se fait en communauté et lorsque les portes sont closes. Cela fait écho à deux phrases de l’évangile de Jean : « Lorsque tu veux prier retire-toi dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père dans le secret » et « Lorsque 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ».
C’est cette foi là que les premiers témoins nous ont transmise. Notre foi en Christ ressuscité repose donc, comme Thomas, sur la confiance que nous avons à donner au témoignage des premiers disciples du Christ.

Matthieu, Marc, Luc et Jean ont écrit ce témoignage de manières différentes. Les récits évangéliques ne racontent pas des faits, ils témoignent d’une foi, d’une confiance et d’un amour qui ont transformé la vie des croyants et qui peuvent aujourd’hui transformer la nôtre.

L’extrait du livre des Actes des apôtres nous raconte précisément comment la foi en Christ ressuscité a transformé la vie et le mode d’existence de celles et ceux qui adhéraient à cette foi.
Ils vivent en fraternité et en communion (les « frères »), ils se forment (« enseignement »), ils rompent le pain, ils prient ensemble, ils mettent tout en commun. Voilà un mode d’existence qui devait sans doute être en rupture avec les modes de vie de l’époque.
Ainsi se sont organisées des petites communautés de vie « dans l’allégresse et la simplicité ». Dans la « liberté » dit saint Paul, loin du poids des lois et des règles.
Si nous pouvons vivre aujourd’hui de cette foi et de cette liberté chrétienne, c’est parce que quelques-unes et quelques-uns ont réussi à dominer la peur qui les étreignait et se sont risqués dans une vie transformée par l’amour.
Grâce à eux, comme Thomas, nous croyons sans avoir vu. Mais nous voyons les fruits d’humanité que peuvent porter celles et ceux qui mettent leur foi en Jésus, Christ ressuscité. Ce sont les traces, ce sont les signes qu’ils nous laissent et que nous laisserons à notre tour. Comme disciple du Christ nous sommes tous et toutes des signes du Christ ressuscité par notre action, par la manière dont nous voulons vivre et construire la justice et la paix aujourd’hui, par la recherche de relations plus humaines et plus fraternelles.
C’est l’expérience de cette foi vécue et enracinée qui demeure, qui se transmet et se partage.

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

Publié: 07/03/2024