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Les crèches se sont allumées dans les églises...

1. Les crèches se sont allumées dans les églises et leur donnent cette ambiance féérique qui réjouit petits et grands. Les enfants qu’on y amènera ne verront certes pas que, dans la grotte ou l’étable illuminées et fleurant bon le sapin, les moutons sont trop petits ou trop grands par rapport aux autres personnages. Ils ne se demanderont pas pourquoi l’enfant Jésus n’est pas un nouveau-né mais déjà un bébé qui, les yeux grands ouverts, leur sourit en tendant les bras. Mais, nous, les grands, verrons-nous que la fête de Noël nous met devant les yeux le plus grand mystère qui soit pour notre raison. Il faut se rendre compte de l’invraisemblance hors norme qui soutient que Celui qui est hors du temps est venu cheminer les routes du temps, que Celui qui avait interdit à Moïse de voir sa face, sous peine de mourir, se rend visible et tellement vulnérable qu’il mourra lui-même dans cette rencontre avec les hommes. Se peut-il que l’Eternel prenne les apparences du mortel ? Se peut-il que l’infiniment grand se fasse infiniment petit ? Se peut-il comme le disait saint Augustin que cet enfant qui ne sait pas parler soit Parole de Dieu ? Toutes les apparences disent le contraire. Cela nous dépasse, dépasse toute raison humaine. Et ceux qui n’y croient ont raison de ne pas y croire par ce qu’il n’y pas de raisons d’y croire. On comprend que les croyants juifs, musulmans et des autres religions ne puissent nous suivre.

2. L’évangile ne dit qu’une chose, condensée par l’évangéliste Jean en trois mots : Dieu est Amour. Mais sans visage sous ces mots, il nous est impossible de n’y voir qu’une idée abstraite, un concept. A l’image du Nirvana bouddhiste, d’une fusion dans l’être sans forme de la philosophie traditionnelle chinoise. Et voici, qu’au premier Noël, il est donné au croyant de lui donner un visage. Cet enfant est là pour nous faire comprendre que Dieu ne veut être ni craint, ni encensé, ni mis sur un piédestal comme une idole, mais un Père qui veut rendre son amour visible dans ce nouveau-né pour nous entraîner derrière lui. Il nous apparaît alors que la vie, notre vie, à un sens allant de son passé, par son présent, vers un futur autre que le néant. Que nous ne sommes pas les fruits du hasard que les sciences ne peuvent qu’invoquer. Un amour à donner, un amour à recevoir, tel est le premier signe qui nous est donné au premier jour de Noël. Dans la naissance du Christ Jésus, tout son programme est déjà inscrit. Peut-on ne pas aimer un enfant ? « Aujourd’hui vous est né un sauveur » entendirent les bergers gardant leurs troupeaux. Aujourd’hui, le mot est important. Il place dans le temps et l’espace un nouveau commencement, une nouvelle naissance de l’humanité, un nouvel avenir. L’amour est porteur de paix, porteur de partage, porteur de bonheur, porteur de joie. Emmanuel, qui signifie « Dieu avec nous », s’est rendu solidaire de notre humanité pour nous apprendre à nous rendre solidaires les uns des autres. La chose la plus difficile qui soit et qu’il faut apprendre toute sa vie durant. D’autant plus insidieusement en ces temps de pandémie qui nous font nous tenir à distance les uns des autres.

3. Il nous faut prendre du temps pour méditer cela en silence devant nos crèches. Noël ne s’éteint pas avec l’aurore. Demain il faut le mettre en œuvre. Comme nous y invite Odette Vercruysse qui fut infirmière à Nancy. « C’est Noël chaque fois qu’on essuie une larme dans les yeux d’un enfant. C’est Noël chaque fois qu’on dépose les armes, chaque fois qu’on s’entend. C’est Noël chaque fois qu’on arrête une guerre et qu’on ouvre ses mains. C’est Noël chaque fois qu’on force la misère à reculer plus loin. C’est Noël quand nos cœurs oubliant les offenses sont vraiment fraternels. C’est Noël quand, soudain, se taisent les mensonges, et qu’au fond de nos vies la souffrance qui ronge trouve un peu de douceur. C’est Noël dans les yeux du pauvre qu’on visite sur son lit d’hôpital. C’est Noël dans les mains de celui qui partage aujourd’hui, notre pain. C’est Noël quand le gueux oublie tous les outrages et ne sent plus sa faim. C’est Noël sur la Terre chaque jour car Noël, ô mon frère, c’est l’Amour. » Pensons-y lorsque nous nous arrêterons devant une crèche. Nous sommes heureux de faire des cadeaux et encore plus heureux de savoir qu’ils sont appréciés, d’avoir fait des heureux, surtout s’ils s’adressent à des enfants. Nous savons dire merci. Aujourd’hui souvenons- que nous avons reçu un enfant en cadeau, le Don de Dieu. « Si tu savais le Don de Dieu », ce Don qui pour nous a un nom Jésus. Devant la crèche, sachons dire MERCI.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 24/12/2021