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2e dim. ordinaire (16/1) : Piste pour l’homélie

Piste 1

Lorsque nous utilisons le mot « miracle » dans notre langage courant c’est souvent pour dire un événement extraordinaire, scientifiquement inexplicable. Or une des grandes dérives du christianisme est d’avoir voulu prouver la divinité de Jésus par sa capacité de réaliser des choses humainement extraordinaires à la manière d’un magicien.
Dès le début de son Evangile, saint Jean veut mettre les choses au clair, il ne parle pas de miracle mais de « signe », « voilà, dit-il, le commencement des signes ».
Autrement dit, ne vous attardez pas à l’aspect sensationnel ou prodigieux, ne lisez pas l’Evangile au 1er degré mais attachez-vous à la signification. Ne cherchez pas à distinguer la part d’authenticité et ce qui est la construction littéraire, parce que c’est impossible et ça ne vous aiderait pas dans votre cheminement spirituel.
En réalité, ce 1er récit de la vie publique de Jésus veut décrire comment Jésus opère le passage du judaïsme au christianisme. Ce n’est pas par hasard que Jean commence son Evangile par une histoire de noces, signe de cette alliance entre Yahvé et son peuple. Reprenons-nous donc, si vous voulez bien, simplement le signe, la signification de l’eau et du vin. Qu’est-ce que l’eau ? Qu’est-ce que le vin ?
Pour les Juifs, dans ce pays aride, l’eau est une chose précieuse, elle est une boisson qui donne la vie, qui rafraîchit. Mais détail important, l’eau est ici versée dans des cuves de pierre réservées aux ablutions rituelles. Cette précision montre clairement que Jean fait allusion aux rites anciens, de l’ancienne alliance. Or ces cuves sont justement vides, cela signifie que leur temps est fini, c’est du passé.
Désormais ces vases vont servir à contenir une boisson nouvelle : le vin.
Le vin, pour les Juifs comme pour nous, c’est la boisson de la fête. Déjà pour les prophètes, le vin était la boisson des temps messianiques, la boisson du Royaume nouveau.
Nous avons donc d’un côté l’eau, c’est-à-dire l’ordinaire et de l’autre le vin de la fête – d’un côté le quotidien à la limite du banal et de l’autre le Royaume de Dieu, la vie intense, profonde, accomplie.
Par ce 1er signe à Cana, Jésus se positionne, il proclame que ce qu’il apporte c’est la vie en abondance – pensez donc il y a là 600 litres de vin de qualité, le meilleur constate le maître du repas et, ce qui n’est pas négligeable non plus : il est gratuit !
Voilà les 3 caractéristiques des temps nouveaux : l’abondance, la qualité, la gratuité.
Mais, ce qui importe ici comme pour tous les récits d’Evangile, c’est de se demander : « En quoi cela nous concerne-t-il aujourd’hui ? »
Et bien, à nous comme il y a 2022 ans à Cana, le Christ peut nous apporter cette abondance et cette qualité de vin gratuit.
L’eau changée en vin : c’est notre vie dont la grisaille, la monotonie voire même l’insignifiance sont transformées. L’eau de nos vies peut devenir un vin merveilleux. Nos inquiétudes, nos peurs, nos petitesses… disparaissent et la joie va l’emporter.
A l’heure comme à Cana où tout le monde croyait que la fête était finie : « Ils n’ont plus de vin », Jésus remet en circulation 6 jarres de vin, beaucoup plus qu’il n’en faut, au point qu’aujourd’hui encore nous pouvons en boire, à condition toutefois de « faire ce qu’il nous dira ».

Piste 2

Un bon manager, le patron idéal n’est-il pas celui qui sait donner du travail à ses ouvriers mais qui sait aussi les féliciter, laisser de l’initiative, mettre à l’honneur ? C’est un peu, ce à quoi me fait penser ce 1er signe de Jésus à Cana : il ne fait rien d’autre que de susciter et mettre en route : « Remplissez d’eau ces cuves » « Puisez et portez au maître du repas. »
Ce sera la même chose un peu plus tard lorsqu’une foule nombreuse aura faim, il dira à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » ou « Ramassez ce qu’il y a de trop. » Jésus, en bon manager, met tout le monde à l’œuvre tandis que lui-même reste en retrait. Tellement en retrait que c’est le marié qui reçoit les compliments étonnés : « Tu sers le meilleur vin à la fin du repas ! »
En lisant ce récit nous pouvons nous poser la question : « Quel Dieu nous révèle ici Jésus ? » Cela saute aux yeux : il est un Dieu qui se cache humblement derrière les actes et paroles des hommes. Autrement dit : un Dieu qui suscite l’engagement de ses disciples, les fait réagir pour que la fête soit la fête de tous et puisse continuer ; plus tard ce seront les disciples qui devront s’activer pour que personne ne soit dépourvu ni ne manque de pain.
Les noces de Cana nous révèlent aussi de façon privilégiée le rôle de Marie. Remarquez qu’elle ne demande rien à Jésus, elle ne fait qu’une constatation : « Ils n’ont plus de vin » dit-elle. Elle met le doigt sur le manque, sur ce qui empêche de faire la fête. Elle met en évidence ce qui ne va pas et le dit à Jésus.
Marie illustre ici la caractéristique du croyant : le croyant est celui qui est à l’écoute des humains, attentif à ce qui ne va pas : il dit nos manques à Jésus, demande son aide, confiant que sa prière sera entendue si les hommes se retroussent les manches. N’est-ce pas en effet à nous que s’adressent ces paroles de Marie : « Faites tout ce qu’il vous dira », mettez à exécution sa Parole ?
Saint Paul que nous venons d’entendre va dans le même sens, il met en évidence les multiples activités de la communauté chrétienne. Chacun a ses propres dons pour mettre en œuvre le projet de Jésus. Pour les uns c’est parler - des paroles de vie, visiter les malades, soulager ceux qui souffrent. Pour d’autres c’est aider les pauvres, pour d’autre encore c’est prier… Mais, continue saint Paul : « Celui qui agit en tout cela c’est le même Esprit qui distribue à chacun selon sa volonté. »
« Faire la volonté » est un leitmotiv qui revient souvent dans l’Evangile. C’est Marie qui commencera en disant : « Qu’il me soit fait selon ta Parole » et ensuite comme nous venons de l’entendre : « Faites tout ce qu’il vous dira. .
En résumé, ce 1er signe de Jésus est pour nous une invitation : d’abord comme Marie, à faire confiance en Jésus même quand tout bascule, ensuite à nous mobiliser chacun selon nos dons pour que, non seulement le monde soit rassasié de pain mais que la fête continue joyeusement pour tous. Tel est le désir, la volonté de notre Dieu : une foi qui fait la noce !

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 16/11/2021