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Baptême du Seigneur (9/1) : Pistes pour l’homélie

A l’époque de la vitesse où le TGV fait Bruxelles-Paris en un temps record, la chose la plus insupportable qui soit c’est d’attendre : faire la file dans un bouchon, patienter au guichet, à la caisse… tout cela est synonyme d’ennui, de lassitude, d’énervement, de perte de temps…
Par ailleurs il y a des attentes beaucoup plus agréables, constructives, positives : attendre un enfant, les vacances, la visite d’amis, la bonne saison, une guérison, des temps meilleurs…
Si des attentes sont pénibles, énervent, découragent, heureusement il en est d’autres qui sont habitées d’espérance, tournées vers l’avenir.
Imaginons que nous n’attendions plus rien ! Cela voudrait dire que plus rien en nous ni dans le monde n’évoluerait, ne progresserait.
Oui, l’attente est le propre de l’espérance. Celui qui n’attend plus rien est déjà mort. Saint Luc nous le dit dans l’Evangile : « Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente. » Le peuple attendait, espérait quelque chose, un changement, un mieux.
Evidemment les attentes étaient très différentes : certains attendaient un changement politique (le départ des Romains), d’autres une économie plus favorable, un plus dans le bien-être. Les Juifs étant très religieux, beaucoup espéraient aussi être libérés de leurs péchés, libérés de cette culpabilité paralysante dans laquelle une loi tatillonne impossible à respecter les maintenait. Ils attendaient donc un pardon qu’ils espéraient trouver dans un baptême de repentir et de purification par l’eau du Jourdain.
Mais c’est ici que tout change : Jean Baptiste leur dit : « Moi je vous baptise dans l’eau mais la grande nouveauté c’est que lui vous baptisera dans l’Esprit et dans le feu. »
Oui, voilà l’originalité du Christ et donc du christianisme.
Le Dieu de Jésus-Christ n’est plus un Dieu obnubilé par le péché, mais un Dieu qui donne son Esprit sans attendre qu’on le mérite.
L’Esprit de Dieu vient libérer l’homme d’une obéissance servile à une loi et l’ouvrir à une espérance nouvelle inouïe, il nous dit comme à Jésus : « Tu es mon fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie. » Or le propre d’un fils c’est de n’être ni serviteur ni esclave mais d’être libre. Il n’est pas seulement collaborateur mais responsable, il doit entrer en action, prendre des responsabilités car les affaires du Père sont aussi les siennes.
L’originalité du Christ ou du christianisme n’est donc pas, comme on le croit facilement, de donner au monde des valeurs nouvelles comme l’amour, la justice ou le pardon - tout cela existait avant Jésus - la nouveauté du Christ c’est de nous faire découvrir que nous sommes « fils de Dieu » ! Peut-être avons-nous envie de rétorquer : « Mais qu’est-ce que cela change pour nous ? » Et bien, de même que l’amour peut dynamiser une vie, la transformer, de même se savoir fille et fils de Dieu peut aussi transfigurer notre existence, l’illuminer prodigieusement.
Ainsi notre vie ne sera plus cette attente longue, pénible, désespérante parfois, mais elle deviendra une attente enthousiaste, dynamique : en un mot elle deviendra « espérance créatrice et joyeuse ».

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 09/11/2021