Pâques, dim. de la Résurrection (31/3) : Commentaire

Le premier jour de la semaine juive, les femmes s’en allèrent au tombeau () () () ; le premier jour, Jésus apparut d’abord à Marie de Magdala () () ; ce même jour, les disciples d’Emmaüs le reconnurent () ; au soir de ce jour-là, Jésus se tint au milieu d’eux () () ; huit jours après (donc toujours le premier jour de la semaine) Jésus vient ().

Quelle insistance ! Le jour qui a le plus marqué les disciples de Jésus deviendra LE jour par excellence. Ils l’appelleront Kyriakè, le Jour du Seigneur, en latin dies dominica (dimanche). Tout en montant encore au temple le jour du sabbat, ils prendront l’habitude de se réunir entre eux ce premier jour de la semaine. Ils pensaient que, si le Christ était ressuscité ce jour, leur était apparu plus volontiers ce même jour - il reviendrait aussi ce jour-là qui serait alors le dernier du monde. Les premiers chrétiens célébraient donc une fois par semaine l’événement pascal. De cette célébration hebdomadaire se détachera un dimanche, le dimanche de Pâques.

Il y a là plus qu’un détail historique. Les Pères de l’Eglise (à la fois des théologiens et des saints) qui avaient le flair sûr et sentaient “les correspondances”, ont bien saisi le rapport secret de ce premier jour de la semaine avec le premier jour de la création. Effectivement, Pâques est un nouveau début, une nouvelle création. Il restaure le vieux monde mal fait.

Ce jour, les Pères le rapprochent encore d’un autre, quand Yahvé se promenait dans le jardin du paradis à la brise du jour, et qu’il appela l’homme qui se cachait par peur : Adam où es-tu ? Adam répondit avec un honteux : Me voici. Aujourd’hui un nouvel Adam, le Christ au jardin de la résurrection, lance à son Père un triomphal : Me voici, je suis ressuscité et près de toi (Introït) - effaçant ainsi la honte du premier.

Mais alors qu’Adam avait perdu la vue de Dieu en mangeant du fruit de l’arbre, c’est en mangeant le corps du Christ que nos yeux, comme ceux des disciples d’Emmaüs s’ouvriront et que nous reconnaîtrons le Seigneur.

Matin radieux, lumière neuve. Ne peut-on soupçonner encore, avec un frisson de joie au cœur, un jeu de mots chez Marc () : Les femmes vinrent de grand matin, le soleil étant déjà levé ? Ne voit-il pas, dans ce soleil matinal, le Christ soleil levant qui vient nous visiter, lumière pour ceux des ténèbres () ?

Après la fête de la Nuit, entrons dans la lumière du soleil levé. Célébrons avec un cœur neuf, jetons le vieux ferment et mangeons le pain neuf de la droiture et de la vérité (deuxième lecture).

LA MESSE

Au temps où la Veillée pascale finissait à l’aube (jusque vers le 6e siècle) on n’éprouvait pas le besoin d’une “messe du dimanche” après la longue fête. Quand la célébration se termina avant minuit, le besoin d’un office du jour s’imposa comme naturellement : on le trouve déjà chez saint Grégoire le Grand (mort en 604). Quand enfin la “veillée” fut repoussée jusqu’au samedi matin, ce fut la messe du dimanche matin qui supplanta de fait la grande veillée en lui empruntant des éléments.

La réforme liturgique conciliaire a restructuré cette messe par un choix de lectures où l’accent, mis dans la veillée sur la résurrection de Jésus, se déplace ici sur la foi des apôtres et l’annonce du message pascal.

Célébrons avec éclat le jour où le Ressuscité s’est manifesté aux saintes femmes qui le tinrent embrassé, aux disciples d’Emmaüs qui le reconnurent à la fraction du pain et aux apôtres auxquels il donna l’Esprit Saint pour les envoyer de par le monde. Haec dies ! Voici le jour que fit le Seigneur est le leitmotiv qui parcourt cette fête unique que la liturgie fait durer huit jours et même cinquante, jusqu’à la Pentecôte.

Première lecture : Ac 10,34a.37-43

Pierre, averti par une vision, arrive à Césarée pour baptiser un centurion de l’armée romaine. Les Actes nous donnent alors le résumé de son sermon, analogue, d’ailleurs, à tous les sommaires de la prédication apostolique. Sa structure deviendra plus tard celle des évangiles :
- l’œuvre de Jésus consacré par l’Esprit : il fait le bien, il guérit
- sa passion : ils l’ont fait mourir
- sa résurrection, le troisième jour, et comment il s’est montré aux témoins.

L’attention est centrée sur les témoins, sur ceux qui ont mangé et bu avec lui après sa résurrection. Eux sont chargés d’annoncer que Jésus a brisé la fatalité et qu’il est devenu le juge des vivants et des morts. Les apôtres en sont les témoins directs, et notre foi se base sur leur témoignage. Que cette joie de Pierre à annoncer le Ressuscité devienne la nôtre. Disons à tant de désespérés, à tant de déçus de la vie, à tant de jeunes en quête de sens : la mort n’est pas notre fatalité. Christ l’a vaincue. Nous sommes faits pour aller près de lui.

Psaume : Ps 117

Admirable liturgie ! Comme elle sait dire les mêmes choses sans jamais se répéter. Le psaume nocturne, le voici, par son refrain, inondé de soleil : Ce jour que fit le Seigneur. La merveille chantée la nuit, voici qu’elle éclate au grand jour. Faisons savoir à toutes les nations l’œuvre du Seigneur.

Maison d’Israël (communauté de foi) tu peux le dire : Éternel est son amour ! Car le Père m’a relevé du tombeau, je vivrai !

Deuxième lecture : Col 3,1-4

Paul prolonge le Mystère du Christ jusqu’en nous. En effet, nous aussi, nous sommes déjà par le baptême, morts au péché avec le Christ et ressuscités avec lui dans une vie nouvelle. Mais il nous faut encore “devenir ce que nous sommes”, l’exprimer dans notre recherche des réalités d’en haut (des valeurs surnaturelles, du Christ lui-même). Le “en haut” n’est pas géographique, mais théologique : là où est le Christ, c’est là qu’est désormais ce que nous avons de plus précieux. Le chrétien ne se contente donc plus des nourritures terrestres, le but de sa vie est ailleurs.

Les non-croyants ne voient pas ces valeurs et le chrétien ne les perçoit que voilées, notre vie reste cachée en Dieu. Quand paraîtra le Christ, à la fin des temps, alors cette gloire, cette vie même de Dieu, resplendissant dans tout notre être, paraîtra avec éclat.

Fêter Pâques dans de belles célébrations, c’est bien. Fêter Pâques par et dans notre vie, c’est mieux. Un jour nous fêterons Pâques le mieux, quand paraîtra le Christ.

Séquence

Après la lecture de l’épître, on chante la séquence pascale. C’est l’une des cinq séquences (ou suites chantées) que nous a gardées la liturgie. Elle respire la fraîcheur pascale : l’Agneau, immolé en victime, est devenu le berger qui a racheté les brebis. Suit un charmant dialogue entre l’Eglise, avide de savoir, et Madeleine, heureuse d’annoncer. Alors leurs voix se fondent en un cri joyeux, qui est l’acte de foi particulier à ce jour : Christ est vraiment ressuscité !

Évangile : Jn 20,1-9

Ce récit pascal a quelque chose de frais, d’amoureux : Marie-Madeleine se rend au tombeau, de grand matin. Quel empressement ! Voyant que la pierre a été enlevée, elle s’affole et court prévenir les deux apôtres particulièrement représentatifs, Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait (Jean) : On a enlevé le Seigneur !

Les deux disciples courent, l’autre plus vite que Pierre : voyez leur attachement au Christ même mort, enlevé ! L’autre laisse entrer Pierre qui regarde, mais ne comprend pas encore. Ce n’est qu’alors qu’ose entrer l’autre disciple. Que voit-il ? Le linceul est encore là, mais (selon des exégètes sérieux) affaissé, sans le corps ; et le linge qui avait recouvert la tête est roulé à part, à sa place. Il lui devient évident que le corps n’a pas été enlevé, sans quoi on l’aurait emporté dans son linceul ou celui-ci serait en désordre. Or le linceul est resté là, le linge qui avait recouvert la tête est roulé à part à sa place. Ce fait lui est signe : Il voit avec les yeux du cœur, il comprend qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts - et il croit. Pierre a regardé sans rien voir. Pourquoi Jean, lui, a-t-il vu ?
C’était le disciple que Jésus aimait. L’amour a de ces yeux !

Ah ! Si nous savions, nous aussi, courir avec ardeur ! Passer par l’affolement, et puis, à un signe que seul le cœur attentif sait interpréter, voir le doigt de Dieu dans les événements ! Et croire : être intérieurement sûrs de Dieu, de la présence invisible du ressuscité, de son action. Oui, que l’amour nous fasse courir. Et nous serons inondés de la joie de croire.

Il semble bien que Pierre soit le symbole de l’autorité et “l’autre” (Jean) celui de l’amour. L’amour court plus vite, voit clair le premier, mais laisse à l’autorité le droit d’entrer la première. L’autorité est première dans la structure, mais dans la foi c’est l’amour qui est premier : il court plus vite, il voit, il croit.

On retrouve le même mouvement lors de l’apparition du Ressuscité au bord du lac (). Voir 3e dimanche de Pâques année C.

Au lieu de l’évangile du jour, on peut aussi prendre l’un des trois de la Veillée pascale.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

Publié: 01/03/2024