Alep : Il faut une prise de conscience immédiate
Nous avons eu une semaine terrible entre les deux Pâques : la Pâques catholique et la Pâques orthodoxe.
Pourtant la Semaine Sainte s’est très bien déroulée. Le dimanche des Rameaux a rassemblé plus de 3 000 personnes dans notre église Saint-Georges, qui est la plus grande d’Alep. Des processions ont eu lieu dans la rue pour les Rameaux et pour le Vendredi Saint. Les célébrations étaient longues et recueillies et ont touché un nombre inattendu de personnes.
Dimanche matin, pour la célébration de la Résurrection, l’église était pleine. Mais dans l’après-midi, des obus ont commencé à tomber dans le quartier chrétien d’Alep. Et l’archevêché en plein centre de la ville juste à côté de l’église maronite a été touché. Deux obus sont tombés dans le presbytère. Une pièce unique de la mosaïque de la coupole qui surplombe a été percée.
Il y a eu des déflagrations, des bombes, et continuellement des dommages. Il ne reste plus de fenêtres et de portes. Un jeune collaborateur qui habite un immeuble de l’archevêché est mort. Nous avons été obligés de tout faire pour sauver nos icônes, nos manuscrits et nos archives, qui remontent à 300 ans et qui nous racontent notre histoire : comment nos aïeux ont construit cette Église, ont fait des merveilles. Nous avons passé six jours à courir entre les bombardements pour sauver ce qui pouvait l’être.
Samedi dernier, il y a eu des bombardements à Souleymanieh, dans des immeubles chrétiens. Des enfants sont morts. Mes familles ont tout perdu.
Mais je demande à mes prêtres de rester. Nous avons le devoir de rester. Nous comptons sur la Grâce du Seigneur. Il ne faut pas avoir peur. La Providence ne nous laissera pas tomber.
A mes fidèles j’essaye d’insuffler de l’espérance. « Ayez courage. L’espérance nous permettra de survivre. La paix viendra. Et quand elle viendra la Syrie sera un beau pays. »
Maintenant, il faut passer du secours de l’aide d’urgence à l’action et au développement.
Il faut que l’Occident bouge.
Il n’est pas permis que des gens meurent aussi bêtement. Nous sommes dans le centenaire du génocide arménien et assyro-chaldéen. Et l’histoire se répète.
Cela fait deux ans et demi que nous subissons des sévices : nous avons été assiégés, privés d’électricité, avons enterré nos morts tous les jours. Nous ne savons plus comment faire pour remonter le moral des gens. Nous avons ce souci comme pasteurs d’une Église apostolique qui remonte aux premières années du christianisme. Il faut oser parler comme le pape François : « Ça suffit de mentir, de ne plus parler, de se taire. » Je suis heureux que le pape ait mentionné Caïn et Abel.
Avec des milliers des centaines de morts innocent, des déplacés, il faut que ce conflit s’arrête.

Archevêque gréco-catholique d’Alep, Syrie.
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