Le pharisien et le publicain
Fresque de l’abbaye bénédictine d’Ottobeuren, en Bavière, Johann Jakob et Franz Anton Zeiller, 1755.
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.” Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !” » (Evangile selon saint Luc, 18)
La parabole est connue. Dans le déluge de stucs de l’église abbatiale d’Ottobeuren, les frères Zeiller en ont fait le sujet d’un petit cartouche. Le temple de Jérusalem est représenté de manière fantaisiste : colonnes, voûtes, drapé suffisent à évoquer la grandeur du lieu. Les tables de la loi, les dix commandements, ont été disposées sur un autel, mises en valeur par deux chandeliers et un lustre. Ce petit détail nous est donné comme une interpellation : voulons-nous adorer Dieu, ou ce que nous percevons de ses commandements ? Dieu n’est–il pas plus grand que sa loi ? N’y a-t-il pas là une subtile mais terrible forme d’idolâtrie ? Saint Paul le répète : c’est la foi qui rend juste. Pas la certitude de bien obéir à la loi.
C’est l’attitude du pharisien : s’estimer par lui-même juste aux yeux de Dieu en invoquant la qualité de son obéissance aux commandements. En désignant d’un doigt méprisant le publicain, son frère en humanité et dans la foi, en lui tournant le dos avec dédain, il tourne aussi le dos à la loi et au Seigneur qu’il croit vénérer. La relation qu’il entretient avec Dieu n’a rien de personnel, elle est mise au service de son propre orgueil. Drapé de splendeur, il se croit à la hauteur de Dieu, mais il s’enfonce dans l’ombre, poussé par un démon aussi flamboyant que lui et précédé par un chien.
Le publicain, peint de douces couleurs chaudes, agenouillé, les mains repliées, courbe la tête devant les tables de la loi. Il sait qu’il n’est pas à la hauteur. Peu lui importe que l’homme près de lui soit plus ou moins saint. Il confesse que Dieu est plus grand que lui et plus grand que son péché. Il n’espère pas être aimable, mais il sait que Dieu peut l’aimer.
Comme l’écrivait la carmélite arabe, sainte Mariam de Bethléem : « En enfer, il y a toutes sortes de vertus mais il n’y a pas l’humilité. Au ciel, il y a toutes sortes de péchés mais il n’y a pas l’orgueil. »
Prêtre du diocèse de Cambrai, responsable de la Commission d’art sacré.
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