Homélie adressée à des jeunes qui font leur profession de foi, autour du texte Genèse 1
Si vous tombez dans les pommes, il y a très peu de chances que vous puissiez faire une compote, déjà parce que vous n’allez pas bien du tout et en plus parce qu’il n’y a pas de pommes. De même si vous voyez 36 chandelles, il n’y a pas de quoi s’alarmer parce qu’il n’y a pas de chandelles : on dit que c’est une image.
Dans la Bible il y a beaucoup d’images, on parle plutôt de paraboles. Une parabole, c’est pour nous faire comprendre quelque chose de profond. Eh bien Adam et Eve, c’est une parabole : il n’y avait pas un monsieur qui s’appelait Adam qui a épousé une femme qui s’appelait Eve. Ce texte ne nous dit pas comment le monde a été créé.
Récemment j’ai rencontré un élève de terminale (à cet âge-là on a un peu tout compris !). Il disait ne plus croire en la Bible parce que lui croyait en l’évolution des espèces, en Darwin. Je lui ai dit que moi aussi j’y croyais. Puis je lui ai raconté cette histoire de pommes et de chandelles… mais je crois qu’il n’a pas compris.
Donc ce texte de la Genèse ne dit pas comment Dieu a créé le monde, mais ce que Dieu avait dans le cœur quand il a créé le monde. C’est bien différent ! Il y a beaucoup de choses que Dieu avait dans le cœur : je vais essayer d’en repérer trois.
La première des choses : vous avez vu que Dieu a créé le monde par séparation.
Au début c’est le tohu-bohu, comme dit la Bible. Et comment fait Dieu ? Il sépare : le jour de la nuit, la terre de la mer, les poissons des bêtes sauvages etc. Dieu sépare. Ça, c’est quelque chose de génial. La Bible nous dit que la fusion ça mène à la mort tandis que la séparation donne la vie.
Quand on est chrétien, on sépare ce qui est important de ce qui n’est pas important. Voilà ma prière pour vous, la première : que Jésus vous aide à séparer ce qui est important dans la vie de ce qui ne l’est pas.
Quand j’étais lycéen à Cambrai, il y avait quelqu’un qui était dans ma classe avec lequel je suis allé à Lourdes en pèlerinage. Et là j’ai vécu quelque chose d’extraordinaire. J’avais deux priorités dans ma vie, à cet âge-là. La première des choses c’était d’embêter mes trois frères : ça, j’ai parfaitement réussi. La deuxième, c’était de devenir un joueur professionnel. J’ai raté la 2e !
Je suis arrivé à Lourdes, j’ai vécu une veillée extraordinaire. On était plusieurs centaines, je n’avais jamais vu autant de jeunes chrétiens de mon âge enchantés. Extraordinaire ! Et tout d’un coup, on monte sur le podium quelqu’un qui est en fauteuil roulant, un jeune de mon âge. Grand silence. Et le garçon explique qu’il a décroché en montagne, et qu’il est paralysé : il ne marchera plus jamais. Il y avait un silence dont je me souviendrai toute ma vie. Et à ce moment-là, le garçon dit : « J’ai découvert Jésus sur mon lit d’hôpital. Et si aujourd’hui j’avais le choix entre retrouver mes jambes - vous imaginez pour un jeune de 16-17 ans - ou garder ma foi, je garde la foi. » Ce jeune ne le sait pas : en une minute il a changé ma vie. Ma vocation de prêtre vient de là aussi.
Quand on est chrétien on sépare ce qui est important de ce qui n’est pas important. On ne se bat pas pour des choses qui ne sont pas importantes, et on défend ce qui est très important, on appelle ça "sacré". Il y a des choses qui sont sacrées dans notre vie. Être chrétien, faire sa profession de foi, c’est choisir de les respecter.
Le deuxième point : je trouve que la Bible a été mal écrite. Quand Dieu se couche, la Bible dit : « Il y eut un soir, il y eut un matin. » Moi si j’avais écrit, j’aurais dit : « Il y eut un matin, il y a eu un soir » ça me paraît logique. Ah non ! Le texte dit : « Il y eut un soir, il y eut un matin » parce que, quand on est chrétien, on va toujours de la nuit vers la lumière. Et notre foi, c’est de passer de la nuit vers la lumière. On vous donnera tout à l’heure un cierge allumé, avec la lumière du Christ.
Ma deuxième prière c’est que, tout au long de votre vie, vous quittiez les ténèbres, pour habiter la lumière. C’est difficile. Dans le cœur de chacun d’entre nous il y a une part de ténèbres, qui parfois nous attire, parfois nous fascine.
Être chrétien c’est toujours choisir la lumière, grâce à Jésus.
Je prie pour que vous soyez plus tard des hommes et des femmes qui aiment la lumière, qui n’aiment pas ce qui est trouble. C’est le contraire de Dieu.
Mon troisième point : Il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans le texte, c’est que Dieu crée par ordres : « Qu’il y ait la terre, qu’il y ait la mer, qu’il y ait des animaux ! » Ça ne se discute pas : il y a un ordre, ça existe. Pas pour créer l’homme et la femme. Que nous dit le texte ? Ce n’est pas un ordre, il est dit : « Faisons l’homme et la femme. » Dans la foi chrétienne, on croit qu’il y a la Trinité, que Dieu est trois. L’homme et la femme sont nés, on pourrait dire, du désir de Dieu. C’est le troisième point : je prie de tout mon cœur pour que, tout au long de votre vie, vous receviez votre vie comme un cadeau de Dieu. J’aimerais tellement que jamais vous ne doutiez de ça. J’ai un ami prêtre qui donnait une conférence à Paris qui expliquait ça, et il y a un jeune qui s’est levé en hurlant, en disant : « Mes parents m’ont dit que j’étais un accident. » C’est terrible de dire une bêtise comme ça, c’est meurtrier. Ce garçon va traîner ça tout au long de sa vie. Le prêtre lui a dit : « Tu vois, même si tes parents ne t’ont pas désiré, ça peut arriver hélas, Dieu t’a désiré. » Je prie pour que vous sachiez au fond de votre cœur que votre vie a été désirée par Dieu.
Il y a une très belle prière dans la Bible, on appelle ça un psaume ; le psaume 138 dit ceci : « Seigneur tu sais tout de moi, avant qu’un mot arrive à mes lèvres tu le sais, avant qu’une pensée naisse dans mon cerveau tu la connais. J’aurais beau être à l’autre bout de la terre au fond des mers, même là tu me connais, tu sais où je suis. »
Moi si je dis à Dieu la même chose : « Seigneur, tu sais tout de moi », il y a des choses dont je suis très fier, d’autres beaucoup moins. Ça m’arrange même que Dieu ne soit pas tellement au courant. Donc si j’avais écrit ça : « Seigneur, tu sais tout de moi », à la fin j’aurais ajouté : « Tu sais que je fais un peu ce que je peux, que ce n’est pas toujours génial mais... »
Et le psalmiste, celui qui a écrit la prière, dit : « Seigneur, tu sais tout de moi, je reconnais que je suis une merveille. » Si vous avez la foi, vous devez reconnaître que vous êtes une merveille. Et vous rajoutez : « J’y suis pour rien parce que c’est Dieu qui m’a créé. » Et Dieu vous a réussi, profondément.
C’est ça, la foi catholique.
Je termine avec une histoire : c’est un conte bouddhiste.
C’est une petite souris. Elle est très heureuse d’être petite souris mais elle a peur du chat. Donc elle va voir Dieu et lui dit : « Si j’étais pas une petite souris mais un chat, ma vie serait mieux. » Dieu est sympa : il transforme la petite souris en chat. Le chat est très content, il fait peur à la souris, mais il croise un tigre. Et il a peur du tigre. Il retourne voir Dieu et lui dit : « En fait c’est pas un chat, tu n’as pas bien compris : c’est un tigre que je voudrais être ! » Et Dieu transforme la petite souris qui a été transformée en chat en tigre. Et le tigre est très fier, il la ramène (ça doit être un garçon). Tout va bien mais il croise le chasseur. Donc il retourne voir Dieu qui en a un petit peu marre, mais qui transforme le tigre en chasseur. Et le chasseur, il a un fusil, alors quand un homme a un fusil et une grosse voiture c’est extraordinaire, il n’a peur de rien. Mais il rentre chez lui et il a un peu peur de sa femme. Donc il dit à Dieu : « J’ai une énorme ambition : je voudrais devenir une femme. » Dieu transforme l’homme en femme et à ce moment-là, la femme rentre chez elle dans la chambre et elle voit une petite souris… et elle a peur de la petite souris !
La morale de ce conte - qui n’est pas chrétien - c’est : « Sois heureux d’être la petite souris que tu es, et ne passe pas ton temps à vouloir être quelqu’un d’autre, vivre à une autre époque ou avoir d’autres parents... » Aimez votre vie !
La vie, pour nous chrétiens, est un cadeau de Dieu. Elle est parfois difficile, parfois cruelle, mais recevez votre vie comme un cadeau de Dieu.
Prêtre du diocèse de Cambrai.
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