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Message - Édition de septembre


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Jésus et la loi : le nouveau Moïse
Le Nazaréen pose de graves questions à tous ceux qui ont en charge le respect de la loi. Après enquête auprès de ses disciples, nous présentons quelques-uns des actes qui scandalisent ceux qui respectent la tradition. Celui qui dit qu’il ne vient pas abolir la loi mais l’accomplir a toujours une étrange manière d’y répondre. Un jour il mange avec des pécheurs et des publicains, ce que pour rien au monde un pharisien ou un sadducéen vertueux, respectueux de la loi, ne peut accepter. Quand ils s’insurgent, il leur répond que ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecins, mais les malades. Ensuite il leur dit qu’il n’était pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Un jour de sabbat, il passe avec ses disciples à travers un champ près d’être moissonné. Pour se frayer un chemin, les disciples arrachent les épis. Travailler dans les champs est interdit pendant le sabbat. Et Jésus répond aux pharisiens qui s’en offusquent : « N’avez-vous jamais lu ce que fit David lorsqu’il fut dans le besoin et qu’il eut faim, lui et ses compagnons ? Comment il entra dans la demeure de Dieu, au temps du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains d’oblation qu’il n’est permis de manger qu’aux prêtres, et en donna aussi à ses compagnons ? » Non content de s’être comparé à David, tout en montrant qu’il connaît parfaitement les Écritures, il déclare alors : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. En sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. » Ce même jour de l’épisode des blés arrachés, le sabbat n’étant pas terminé, il entre dans une synagogue, sous le regard de tous. Il guérit devant ceux qui l’épient la main sèche d’un homme. Son acte fait scandale, on ne travaille pas plus à la
médecine que dans les champs le jour du sabbat, on prie. À tous ceux qui sont émus, il demande alors s’il est permis, ce jour-là, de faire du bien plutôt que du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer. Une autre fois, devant des pharisiens, il ne se lave pas les mains avant le repas. Manger dans l’impureté, selon l’interprétation que tous les Juifs, pharisiens, sadducéens comme esséniens, font de la loi, est un péché grave. Il répond en citant Isaïe, et en expliquant que ceux qui se scandalisent mettent de côté le commandement de Dieu pour s’attacher à la tradition des hommes. Peu de temps après, il dit, devant la foule réunie, que le pur et l’impur ne sont pas ce que l’on pense. Que rien d’extérieur à l’homme ne peut le souiller, alors que, par Moïse, le Tout-Puissant a révélé que certains aliments sont purs, et d’autres impurs. Il dit aussi que ce qui sort de l’homme peut le souiller. C’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers, débauches, vols, meurtres, adultère, cupidité. Un jour encore certains lui demandent, dans le Temple de Jérusalem, s’il faut payer l’impôt à César. Ils lui tendent un piège. Soit il est bien le Messie attendu
par le peuple juif, donc un nouveau David, roi d’Israël. Alors il doit déclarer qu’il refuse l’impôt de l’occupant, et sa désobéissance le livre du même coup aux Romains. Soit il accepte de payer l’impôt, et montre alors qu’il n’a pas l’envergure du roi David. Il répond au piège par un autre piège. Il fait amener par les pharisiens une pièce de monnaie. Or la loi interdit de placer une image ou une effigie dans l’enceinte du Temple. Et il leur dit, alors que, confus, ils comprennent leur faute : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ces faits et gestes, et bien d’autres encore, car Jésus le Nazaréen ne cesse d’en faire, laissent perplexe. Cet homme que personne n’arrive à contredire autrement que par des gestes de colère ou de haine, mais jamais par la raison ou la connaissance des Écritures, laisse une impression d’étrangeté. Le peuple juif attend un nouveau David ; lui, arrive comme un nouveau Moïse. De tout cela on ne peut rien dire, sauf qu’un homme qui joue avec autant d’autorité de la loi tout en passionnant ainsi les foules ne devrait pas être laissé en liberté très longtemps par ses ennemis.
 

La vie à Rome

Tandis que les thermes, destinés à l’usage de bains publics, sont pris d’assaut, les débauches de tables se multiplient dans la capitale de l’empire. Ces excès, appelés orgies en mémoire des fêtes de Bacchus, n’ont de commun avec ces cérémonies sacrées que l’usage du vin.

 
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Les classes aisées utilisent de plus en plus tablettes et lettres pour communiquer entre elles. Les Romains ont mis au point un ingénieux système de correspondance dont le succès croissant prend les proportions d’une mode. L’objet de cet engouement ? Des tablettes de cire diptyques, reliées entre elles par des lanières de cuir. On y couche son message, le destinataire répond en supprimant le texte pour y substituer le sien. Un léger rebord de cire évite que les deux surfaces grattées s’effacent par frottement. Ce moyen de communication pratique et peu encombrant apparaît idéal pour Jérusalem. Les serviteurs de grandes maisons se croisent dans les rues, une ou plusieurs tablettes glissées dans leur ceinture ou serrées dans le creux de la main. Ceux qui n’ont pas rang de fonctionnaires impériaux et qui ne bénéficient donc pas du service des postes de l’empire ou qui ne disposent pas d’un personnel suffisant n’hésitent pas à s’offrir les services de spécialistes, des porteurs de lettres, qui s’engagent à faire parvenir le message jusqu’aux confins du pays. Leurs tarifs sont élevés, à la hauteur de leurs services disent-ils. Les grands négociants s’associent pour envoyer à frais communs le courrier de tout le groupe à Babylone ou Alexandrie. Le grand Sanhédrin et le grand prêtre, eux, communiquent avec leurs correspondants de province et de la diaspora en utilisant leurs propres envoyés spéciaux. Il faut savoir se montrer patient. Une bonne centaine de jours restent nécessaires pour qu’un courrier de Syrie arrive jusqu’au
siège de l’empire. Moins de cinquante jours représentent un record pour qu’une missive couvre la distance de Rome à Césarée. La tablette est en plein essor mais elle ne remplacera jamais les lettres de parchemin ou de papyrus. Elles seules sont en mesure de garantir la confidentialité des messages. Roulées et fermées par un cordonnet, authentifiées par une signature et par un sceau, elles sont confiées à des messagers qui courent les routes, des tubes de bois suspendus à leur cou.
Un slogan contestable

Une récente affaire a souligné l’importance du sceau. Un commerçant a reçu de l’un de ses clients une lettre dont le sceau lui a semblé équivoque. Peu lisible, il ne correspondait pas à ses yeux à la marque de ce client qu’il connaissait bien. Il n’a pas jugé bon d’exécuter la commande. L’autre s’est adressé à un nouveau fournisseur. Le marché, de taille, a été perdu.
Les autorités le rappellent : la signature ne suffit pas. Le sceau est indispensable. Il peut représenter un nom ou un motif très personnalisé. Ce travail délicat exige qu’on s’adresse aux artisans les plus qualifiés. Ces artistes utilisent un diamant pour ciseler l’inscription dans le métal ou dans des pierres dures, comme l’agate, prisée par les plus riches.
Quittons le domaine de la correspondance privée. Une mise en garde est tombée hier. Les autorités impériales, dont les inscriptions à titre d’information, rédigées en trois langues, sont disséminées sur les murs de Jérusalem, s’irritent de voir le nombre croissant de graffiti qui viennent les recouvrir. L’un d’eux

a fait le tour de la ville provoquant l’hilarité du petit peuple, dont l’un de ses représentants est sans doute l’auteur. On a pu lire : « Hérode et sa maison iront brûler en enfer. » L’humour très contestable du slogan n’a guère été apprécié dans le palais du tétrarque.
SCIENCES
Le baume

Il est recommandé aux propriétaires d’arbres à baume de Judée de ne pas laisser les étrangers emporter des racines de la plante, dans le but de la faire pousser ailleurs. Il a été signalé à plusieurs reprises que des paysans de Galilée, mais aussi des légionnaires romains ont tenté d’en acclimater des plants, en particulier dans la vallée de Jéricho. Le baume de Judée, qui vaut actuellement deux fois son poids en argent, doit une partie de sa valeur à sa rareté et au fait que le premier plant a été apporté par la reine de Saba au roi Salomon.
L’autre partie de sa valeur tient à ses vertus. La liqueur que l’on retire en égratignant l’arbre avec un morceau de verre ou une pierre aiguisée (éviter le fer, qui fait que l’arbre retient ses liquides) permet de guérir toutes les plaies et sert de base à la plupart des onguents et des parfums. Le meilleur baume est celui qui a l’odeur puissante et pénétrante. Frais, ni aigre ni astringent, il ne laisse pas de tache sur un drap de laine blanc. Piquant au goût, il est surtout aisé à dissoudre dans les matières aqueuses comme dans les matières huileuses.

 
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EN BREF
Manifestation monstre à Césarée

L’ampleur de la manifestation qui a eu lieu hier à Césarée a surpris tout le monde, tant les Romains que ceux des Judéens et des Galiléens qui ne s’y sont pas rendus. Les manifestants voulaient témoigner de leur indignation et de leur émotion devant l’outrage accompli par un soldat romain. Pour punir ceux des Juifs qui avaient détroussé un affranchi romain en plein Jérusalem, le laissant nu sur la voie publique, des soldats romains étaient, en représailles, entrés dans le Temple. L’un d’eux s’est alors saisi d’un rouleau de la Torah et l’a brûlé en proférant des injures.

Rome déménage ?

Selon des rumeurs persistantes à Rome, Caligula songerait à faire d’Alexandrie la nouvelle capitale de l’empire. Personne n’a pu confirmer cette information dans la rivale de la ville éternelle. En revanche, de nombreux observateurs font remarquer que Caligula a fait supprimer la fête de la victoire d’Actium, célébrant la défaite d’Antoine l’Oriental devant Auguste, et que jamais les cultes orientaux n’ont eu aussi bonne presse à Rome.

Les différents noms du Ressuscité
Pendant tout le temps de son ministère, celui qui s’appelle Jésus a été nommé de très différentes manières. Jésus, fils de Marie, épouse de Joseph, dont l’aïeul est le roi David, est son nom d’état civil. Bien que né à Bethléem, il a grandi à Nazareth où sa famille s’est installée en revenant d’Egypte. On l’appelle donc aussi Jésus le Nazaréen. Ce nom de Jésus lui a été décerné par sa mère, obéissant aux recommandations de l’ange du Seigneur qui lui annonça sa maternité. Jean le Baptiste l’appela : celui dont je ne suis pas digne de dénouer les sandales. Mon fils bien-aimé : c’est ainsi que le nomma la voix de Dieu, lors de son baptême. Fils de Dieu, l’appelle le diable dans le désert, et plus tard les légions démoniaques qui habitaient le corps des Gadaréniens. Jésus, à de multiples reprises, appelle Dieu son père. En chemin vers Jérusalem, il s’appelle lui-même le fils. Seigneur, lui disent la foule, et un lépreux qui veut guérir, et le centurion dont l’enfant est malade, et ses disciples, et bien d’autres encore. Maître, rabbi, l’appellent un scribe qui veut le suivre, des pharisiens inquiets, un jeune homme riche qui veut le suivre, et les sadducéens. Fils de l’homme, s’appelle lui-même Jésus, du même nom que Dieu donnait au prophète Ézéchiel. Personne d’autre que lui ne l’interpelle ainsi.
Fils de David, le supplient tous les aveugles qu’il croise, et le glorifie la foule quand il entre à Jérusalem. C’est également la réponse des pharisiens quand Jésus leur demande qui est le Christ, au Temple. Serviteur de YHVH, bien-aimé de YHVH, dit-il à son propos en citant le prophète Isaïe. Le frère et le fils de la foule qui l’entoure, dit-il à son propos quand on l’informe que sa mère et ses frères sont présents. Jean le Baptiste, l’appelle Hérode qui croit que celui qu’il a fait assassiner est ressuscité. Jean le Baptiste, Élie, Jérémie ou quelques-uns des prophètes, pensent les disciples avant d’arriver à Jérusalem. Le Christ, fils du dieu vivant, confesse Pierre. Le maître, dit Jésus en préparant le repas pascal. Le pasteur, dit Jésus sur le mont des Oliviers. Le Christ, le fils de Dieu, le fils de l’homme siégeant à droite de la puissance et venant sur les nuées du ciel, dit Jésus devant le grand prêtre. Roi des Juifs, acquiesce Jésus à Pilate qui le lui demande. Roi des Juifs, se moquent les Romains en le crucifiant. Fils de Dieu, comprend un soldat romain à la mort du Christ. Le Crucifié, dit l’ange qui garde le tombeau.
 
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Jean-Michel DI FALCO LÉANDRI

Evêque émérite de Gap et d’Embrun.
Fondateur du groupe de chanteurs « Les Prêtres ».

(re)publié: 01/09/2021