L’aveugle de Jéricho
L’aveugle de Jéricho réfléchit : « Je suis pécheur, c’est vrai, Seigneur. Mais, le suis-je plus que les autres ? Pourquoi suis-je aveugle, réduit à mendier, à être inutile, ou à demander de l’aide aux autres, sans jamais pouvoir leur rendre service à mon tour ?
Nous ne sommes pas riches en famille, et mes frères usent leurs forces pour assurer le vivre et le couvert ; il y a déjà longtemps que mon inutilité leur a été insupportable et qu’ils m’ont prié (et quand je dis prié, c’est une façon de parler) qu’ils m’ont enjoint, en me foutant à la porte, d’assurer moi-même ma subsistance ! Pas question pour eux de continuer à me faire vivre, pendant que béatement moi, je me chauffais au soleil, ou près du feu suivant les saisons, en me tournant les pouces.
Et depuis, je mendie. Mais les temps sont durs, à moins que ce ne soit le cœur des hommes qui le soit, et souvent j’ai faim, j’ai froid, et surtout je suis seul, et la solitude me pèse.
J’ai bien entendu parler du Messie. Mais passera-t-il sur mon chemin ? Ô Seigneur, s’il passait, ou si quelqu’un acceptait de me conduire vers Lui... Mais, jusqu’ici, personne n’a voulu me guider. »
Et puis un jour, sur le bord du chemin où je suis assis, mon vieux manteau sur les épaules, j’entends un grand bruit : toute une foule qui s’avance. Que se passe-t-il ? Mon Dieu, c’est Lui, le Messie de Dieu qui s’avance, Jésus, fils de David. Je crie, je crie tant que je peux ; plusieurs personnes s’arrêtent et veulent me faire taire. Je crie plus fort et quelqu’un me dit : "Confiance, il t’appelle." Les gens se sont écartés, je le sens : alors je bondis, je cours vers Lui, sans hésitation sur le chemin à parcourir, sans aucune prudence, tant pis si je tombe ; et oui, je tombe, je tombe à ses pieds. Et je l’entends dire : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" Moment de bonheur ineffable que je savoure profondément, et timidement je dis : "Que je voie, Seigneur." Et je vois ! Je Le vois, et naturellement, je ne veux plus le quitter. Il repart et moi, je suis, je Le suis. Partout où tu iras, j’irai, Seigneur.
Seigneur, moi qui ai le bonheur d’y voir depuis ma naissance (et qui trouve ça naturel, normal) quand est-ce que je te suivrai, Seigneur. Quand est-ce que je serai prête à tout quitter pour courir vers Toi ? Faut-il que je devienne aveugle pour te trouver ? Franchement, Seigneur, je préférerais une autre solution que la cécité.
S’il te plaît, Seigneur.

Laïque mariste († 2011).
- Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé
- Le pardon, qu’en dis-tu, Seigneur ?
- Nazareth
- La porte étroite
- Introduction
- Le mouton égaré
- L’homme à la main sèche
- La Samaritaine
- Y a t-il deux Eglises catholiques dans mon diocèse ?
- Troupeau de brebis ou d’éclopés
- L’aubergiste de Bethléem
- À propos de la pécheresse pardonnée
- Le départ de Jésus et la venue du Saint-Esprit
- Tu aimeras ton prochain comme toi même
- J’aimerais que tu deviennes un saint
- Votre Père sait ce dont vous avez besoin
- Merci pour tes liturgistes, Seigneur !
- La Cananéenne
- Zachée
- Les bonnes manières
- Paul se décerne un certificat de bon chrétien
- Noël
- Sans moi vous ne pouvez rien faire
- La onzième heure
- Le bridge au secours de mes velléités de révolte
- Seigneur, sois miséricordieux quand on ne te comprend pas
- Pâques, joie intarissable ?
- Pas de robe de noces !
- L’annonciation
- Le beau cadeau d’Ève et d’Adam

https://portstnicolas.org/article722