3e dim. de Carême (8/3) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Libérer tout un peuple de l’esclavage, c’est une tâche bien trop grande pour un homme seul, même s’il s’appelle Moïse ! Il ne suffisait pas au peuple hébreu d’échapper aux Egyptiens, il y a aussi tout un désert à traverser : épreuve tellement difficile et douloureuse que le peuple commence à regretter le temps de l’esclavage parce qu’au moins, en Egypte, il était assuré d’avoir à boire et à manger.
Au risque de sa vie, Moïse persiste à aller de l’avant et, avec l’aide du Seigneur, il donne à boire au peuple mécontent.
Jésus, que l’on appelle aussi « le nouveau Moïse », va se retrouver dans une situation semblable : il veut arracher son peuple de l’esclavage, non plus des Egyptiens, mais d’un esclavage plus pernicieux, un esclavage intérieur. Il veut en effet le libérer de toutes les contraintes imposées par les traditions et les religions.
Le récit de la Samaritaine nous offre un bel exemple de ce désert, de cette frontière quasi infranchissable que Jésus va devoir traverser.
Devant lui se trouve une Samaritaine !
- la première frontière infranchissable : il s’agit d’une femme.
Dans la société de l’époque, on ne s’adresse pas à une femme, elle n’a aucun statut. L’actualité nous montre suffisamment que cela existe encore dans beaucoup de pays aujourd’hui.
En toute liberté, Jésus va franchir cet obstacle et c’est lui qui, le premier, adresse la parole.
- Jésus affronte ensuite une 2e frontière : il s’agit d’une femme à la vie sentimentale pour le moins tourmentée. 5 maris ! Elle devait être probablement une jolie poupée qui faisait tourner toutes les têtes. En s’adressant à cette femme, Jésus prend le risque de perdre sa réputation.
- La 3e frontière : cette femme est en plus une Samaritaine. Frontière bien plus dure encore à franchir. Les Samaritains adorent sur le mont Garizim et refusent le temple de Jérusalem.
Dans une liberté incroyable, d’un seul coup, Jésus va franchir tous les tabous séculaires. Et comme si ce n’était pas suffisant, il s’affiche comme demandeur : il a soif. Dieu a soif de l’homme !
Il aura fallu traverser tous ces obstacles pour qu’une rencontre soit possible. Une rencontre qui va faire passer très vite du besoin terre à terre à la foi profonde.
Il ne faudra pas longtemps à la Samaritaine pour comprendre que Dieu n’est ni sur la montagne, pas plus qu’à Jérusalem, qu’à Rome ou à la Mecque ! Dieu ne se laisse enfermer dans aucune tradition ou religion.
La véritable adoration, en esprit et en vérité, n’est pas liée à un lieu mais à une manière de vivre, une manière de penser, réfléchir et d’infléchir sa vie jusque dans nos actions les plus concrètes.
Il n’y a pas d’un côté ceux qui savent, ont raison et de l’autre ceux qui sont dans l’erreur. La foi est pour tous un cheminement, une rencontre, un accueil de ce Dieu qui a soif de l’homme, ce Dieu qui nous donne l’eau vive, celle qui nous libère, pour sceller entre nous et avec lui une alliance d’amour.
Piste 2
Cette page d’Evangile est un trésor tellement il est riche et dense de significations symboliques. Comme pour tout évangile, la question essentielle que nous devons nous poser : « Qu’est-ce que ce passage me révèle de Dieu ? » Essayons donc de découvrir quel Dieu nous est révélé à travers ce récit de la Samaritaine.
- Jésus traverse la Samarie avec ses apôtres. La Samarie est une région interdite et méprisée par les Juifs parce que les Samaritains, qui ont pourtant la même origine qu’eux, se sont détournés de Yahvé pour vénérer les divinités païennes. En passant par là, Jésus montre déjà que son message n’est pas réservé à une élite, au seul peuple élu, il a une portée universelle et le souhait de Dieu est de réconcilier, rapprocher 2 peuples, 2 frères séparés.
- Ensuite nous voyons Jésus fatigué par la route. Nous sommes loin de l’image d’un Dieu tout puissant, d’un Dieu au-dessus des lois naturelles. Dieu partage lui aussi la fragilité humaine dans toutes ses limites.
- Puis Jésus dit « donne-moi à boire » ! Cette parole nous révèle le visage bouleversant d’un Dieu qui se montre en manque, un Dieu pauvre, en totale dé-maîtrise. Ce n’est pas comme cela que nous l’imaginions, comme celui qui possède, qui sait tout ! Or le voici ici dans la position de celui qui mendie, qui prie, qui espère recevoir. « Donne-moi à boire. » Dieu demande à boire à l’homme, ce que le Christ exprimera une dernière fois sur la croix : « J’ai soif. » Celui qui aime ne se considère pas supérieur, il sait aussi « demander ». Avoir besoin de l’autre, n’est-ce pas une façon essentielle de le reconnaître, de lui donner de la valeur, de le faire exister et donc de donner sens à sa vie ? Dieu a besoin des hommes et en cela, il donne sens à notre vie.
Ce qui de plus est souligné dans l’Evangile, c’est que la demande de Jésus s’adresse à une femme, contrairement à toutes les règles imposées par la religion. Cette femme a soif aussi, elle a soif d’aimer et d’être aimée. La soif de tout humain.
Jésus nous montre donc un Dieu libre. Libre des coutumes humaines qui interdisent de parler à une femme, libre d’une religion qui lui interdit de parler à une femme idolâtre.
- Cette rencontre se passe auprès du puits de Jacob. Jacob est leur ancêtre commun. Il faut aussi savoir que le puits est un lieu privilégié de rencontre. Dans l’histoire biblique des rencontres importantes se sont faites autour du puits. Ce fut déjà le cas pour Moïse qui y rencontre sa future épouse ; de même Jacob qui, auprès du même puits, rencontre sa femme Rachel. Ceci nous montre que le Dieu de Jésus Christ est un Dieu qui ne veut pas rater le rendez-vous avec l’humanité pour sceller une alliance, c’est un Dieu qui a soif, oui, soif de rencontres humaines.
- « Si tu connaissais celui qui te dit ‘donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné l’eau vive. » Si Dieu est un Dieu qui peut demander, il est aussi un Dieu qui peut donner, qui se donne : il est l’eau vive. Même au cœur de nos ratés, de nos échecs, de nos infidélités... la source est toujours là jaillissante ! Croire en Dieu c’est donc aussi croire en moi, croire en tout humain. « Je crois en Dieu peut n’engager à rien : c’est en prétendant défendre l’honneur de Dieu que les juges du Christ l’ont condamné à la croix. Mais « je crois en l’homme » engage tout… Si nous allons au bout de cette affirmation, si nous essayons de la vivre, il n’y a besoin de rien ajouter. « Car si je crois vraiment en l’homme, je crois en Dieu va de soi puisque la grandeur humaine est toujours finalement une transparence de Dieu » disait Maurice Zundel. Jésus nous invite à croire en ce Dieu pauvre, assoiffé, qui nous prie de croire en l’homme pour que jamais il ne désespère de lui-même. N’est-ce pas ce même Dieu qui va s’agenouiller devant nous le Jeudi saint pour nous rafraîchir les pieds et nous remettre en route ?
- « Vous n’irez plus sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer Dieu. » Quelle révélation ! Jésus nous montre que Dieu n’a que faire d’un culte extérieur, superficiel ; il veut être adoré, c’est-à-dire aimé en Esprit et en Vérité. Non plus dans un temple ni sur une montagne, mais dans le cœur de celui qui aime et qui est prêt à se donner.
Il y aurait encore bien des choses à dire, mais pour ne pas prolonger, je soulignerai simplement que ce récit anticipe déjà la résurrection. De même que Marie Madeleine, la pécheresse, sera le 1er témoin de la résurrection, la 1ère envoyée pour porter la Bonne Nouvelle, ici également, c’est une femme qui a eu 5 maris, qui court annoncer à la ville : « J’ai rencontré le Seigneur. »
Puissions-nous nous aussi rencontrer ce Dieu qui a tellement soif de nous !

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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