2e dim. de l’Avent (6/12) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
« Commencement de la Bonne Nouvelle », c’est ainsi que Marc entame son évangile.
« L’histoire est un éternel commencement » dit-on. Mais à lire la Bible il serait plus exact de dire : « L’histoire est un commencement perpétuel. » La vie n’est pas une roue qui tourne, un cycle qui revient mais elle est une progression, avec des hauts et des bas, des avancées et des reculs. C’est ainsi qu’à lire la Bible nous pouvons percevoir 3 commencements… et même 4 !
Le 1er commencement, nous le trouvons dans le livre de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Dieu inaugure en quelque sorte l’histoire de l’univers.
Il y a un 2e commencement lorsque le peuple hébreu, sous la conduite de Moïse durant sa longue marche à travers le désert, se constitue et se structure en un peuple. C’est ici l’inauguration, la naissance d’un peuple de Dieu, le commencement de l’histoire du salut.
Le 3e commencement, nous venons de l’entendre de la bouche de saint Marc, « Le commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ Fils de Dieu ». C’est l’inauguration d’une alliance, d’une création nouvelle.
Nous pouvons enfin dire qu’il y a un 4e commencement aujourd’hui puisque c’est à nous que s’adressent ces paroles, nous qui devons conduire cette création à son achèvement total, à son accomplissement définitif.
Commencer, c’est rompre la chaîne de l’ancien esclavage qui nous paralyse, abandonner tout ce qui nous empêche d’agir et de créer du neuf en éliminant en nous les vieilles mentalités, les idées étroites et étriquées.
Commencer est donc un départ, c’est sortir de soi pour une mise en route en toute liberté. Il n’est pas possible de commencer si l’on porte son regard vers l’arrière, si l’on s’attarde à ce que l’on quitte et abandonne. Commencer c’est jeter son regard vers l’avant, vers l’avenir.
Il n’y a pas de commencement sans action, sans une rupture radicale.
Naturellement, accepter la transformation, provoquer une naissance est toujours difficile, douloureux. Mais cette épreuve est beaucoup plus acceptable lorsqu’on regarde le but, l’objectif. Les douleurs de l’enfantement sont oubliées dès que l’enfant est là !
Sans commencement, notre vie ne sera jamais transformée, transfigurée.
Voilà ce que les Ecritures nous proposent aujourd’hui : commencer une vie nouvelle, créer un monde nouveau, faire naître un peuple nouveau. Cela nous engage concrètement. Dans nos modes de vie et de pensées actuels, les routes doivent être aplanies, abaissées, redressées. Nous avons nos mains, nos voix et notre cœur pour créer des solidarités et réagir contre les injustices qui interdisent à des millions d’hommes, de femmes et d’enfants de vivre dignement.
Le temps de l’Avent nous invite donc à un avènement, une naissance, chaque jour nous écrivons une nouvelle page de l’histoire… Puisse chaque jour être un nouveau Noël, une nouvelle naissance, le commencement d’une Bonne Nouvelle pour un monde où « justice et paix s’embrassent ».
Piste 2
Lorsque quelqu’un vous dit : « j’ai une bonne nouvelle », spontanément on pense à une nouvelle naissance ou peut-être l’annonce d’un mariage. Une bonne nouvelle est rarement concernée par des choses mais souvent associée à une naissance ou une rencontre.
Si la bonne nouvelle est d’abord une parole, elle est surtout un heureux événement.
La bonne nouvelle c’est aussi une nouveauté. Saint Marc précise dans l’Evangile : « Commencement de la Bonne Nouvelle. » Mais immédiatement on a envie de dire : « Comment peut-on parler de ‘nouveauté’ alors que cette parole nous la répétons depuis plus de 2000 ans ? » Quel sérieux pouvons-nous encore accorder à une Bonne Nouvelle proclamée depuis tant de siècles ?
Sans être grand observateur il est évident que la situation n’est pas rose pour une grande majorité de personnes : les hôpitaux regorgent de monde, les maisons de personnes âgées sont pleines à craquer de même que les prisons ; les Centres Publics d’Action Sociale ainsi que la multitude des associations caritatives sont débordés d’appels au secours, les files s’allongent au chômage… et je ne parle ici que de notre pays qui, dit-on, est un pays de cocagne à côté des autres.
Oui, ils sont bien nombreux ceux qui aujourd’hui attendent un événement heureux, une Bonne Nouvelle, une naissance, une vie autre, une vie nouvelle… et ce ne sont pas des paroles qu’ils attendent comme des promesses électorales, mais des faits, des gestes, des actes…
En langage clair, cela signifie que de cette Bonne Nouvelle nous n’en sommes pas seulement les annonceurs mais les artisans, sinon ce n’est que du blabla. C’est nous qui, au milieu des ténèbres devons être lumière, ouvrir une porte, offrir une espérance.
« Commencement de la Bonne Nouvelle », dit saint Marc. Cela signifie que chaque jour de notre vie est un commencement, une nouvelle rencontre. Rien n’est jamais joué, tout est possible, tout est à construire. Ce n’est donc pas une fois l’an, en ce 2e dimanche de l’avent, que nous sommes appelés à un nouveau commencement mais chaque matin. Chaque instant, lors de chaque rencontre, il nous faut être lumière, espérance du monde. Ce qui signifie que chacune de nos rencontres doit devenir un événement heureux, une naissance, un nouveau commencement pour celui ou celle que nous croisons sur le chemin de la vie.
Chaque geste de don ou de pardon, tout ce qui est partage et cadeau, chaque geste d’attention jusqu’à notre simple présence silencieuse… est Bonne Nouvelle lorsqu’il soulage et apaise.
Rien n’est vraiment changé depuis le prophète Isaïe qui criait déjà à ses contemporains : « Consolez, consolez mon peuple… »
C’est un bien vaste programme et le travail ne manque pas, il y en a pour tous individuellement mais aussi collectivement. En effet pour déployer davantage encore notre efficacité, des associations innombrables sont créées pour structurer notre aide. Les enfants, les jeunes ados, les personnes âgées… sont les plus fragiles et donc les premières victimes de la crise. Plus que nous ils sont sensibles aux inégalités… sans parler de tous les autres en situation précaire, soit placés, handicapés…

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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