2e dim. de Carême (1/3) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Quelle aubaine, quel honneur pour les apôtres d’avoir été choisis par Jésus : partout ils sont accueillis et attendus à bras ouverts. Mais malheureusement, très vite ce rêve va tourner au cauchemar. Leur maître ne commence-t-il pas à parler de souffrance et même de mort ! L’enthousiasme du début fait place à la désillusion.
Jésus ressent très vite la déception de ses amis et pour leur remonter le moral il les emmène avec lui pour une petite escapade dans un endroit paisible comme au-dessus de cette montagne.
Là, que s’est-il passé ? Très difficile de le savoir. En effet eux-mêmes ne trouvent pas les mots pour exprimer ce qu’ils ont ressenti. Nous avons probablement déjà tous fait la même expérience de vivre quelque chose de tellement profond, que nous ne trouvions pas les mots pour le partager aux autres.
Le fait est que ces quelques heures passées en intimité avec Jésus ont tellement été riches qu’elles vont transformer leur regard : leur regard sur la vie mais aussi leur regard sur Jésus. En effet ce visage qui était marqué par la fatigue et probablement tourmenté par l’inquiétude, ils vont ici le découvrir rayonnant, tellement beau, illuminé, que leurs doutes et leurs propres inquiétudes vont disparaître parce qu’ils ont maintenant la conviction que Jésus est vraiment « le Fils bien aimé de Dieu ».
Pendant quelques heures ils vont vivre ainsi entre ciel et terre, savourant leur bonheur. Un vrai rêve, qu’ils souhaiteraient d’ailleurs prolonger en s’y installant.
Mais ce n’est pas possible, on ne vit pas dans le rêve, il est temps de redescendre dans la réalité. Sans doute celle-ci n’a pas changé, elle est restée aussi dure qu’avant, mais ce sont eux, les apôtres qui ont changé, ils se sentent maintenant la force d’affronter la vie et d’aller jusqu’au bout de leurs peines.
Nous avons tous déjà certainement vécu des moments semblables, des moments de bonheur intense durant lesquels on oublie les misères de la vie : soit lors d’une soirée avec des amis, un week-end fabuleux, des vacances sensationnelles, des moments d’amour que l’on voudrait éterniser… la même chose peut-être lors d’une session, d’une petite retraite…
Cela signifie que nous aussi comme Pierre, Jacques et Jean, nous avons besoin de temps à autre de faire une petite escale dans notre vie, de prendre quelques distances par rapport à nos ennuis, nos difficultés et même par rapport à nos souffrances. Il est indispensable de nous réserver des moments de proximité, d’intimité avec le Seigneur. Des instants qui nous permettront de transfigurer nos existences parce qu’ils réveilleront en nous la conscience que nous sommes aimés de Dieu, que nous sommes filles et fils de Dieu.
Ainsi lorsque nous redescendrons dans la réalité quotidienne, celle-ci n’aura sans doute pas changé, mais c’est nous qui serons transformés et assez forts pour quitter nos campements sécurisants et reprendre la route même si elle est douloureuse.
Tel est le sens du carême : un moment privilégié où l’on refait le plein avec le Seigneur, pour mieux nous tourner vers les autres, surtout vers les défigurés de la vie, ceux qui nous rebutent ou nous font peur. En eux nous avons nous aussi à reconnaître le visage de Dieu, car eux aussi sont fils et filles bien aimés de Dieu.
Piste 2
Il est toujours un peu dommage de ne lire chaque dimanche que des bribes et morceaux de lectures qui nous coupent du contexte et nous empêchent de recevoir l’entièreté de l’histoire. Ainsi en va-t-il de l’histoire d’Abraham dont nous n’entendons jamais que ce petit passage où Yahvé l’invite à quitter sa famille et son pays. Nous n’avons probablement jamais entendu ni lu ce qui précède : à savoir qu’Abraham vivait sous la tutelle d’un père très autoritaire qui avait déjà fait mourir un de ses fils et qui maintenait Abraham sous sa coupe.
Cela jusqu’au jour où Abraham perçoit l’appel de Yahvé qui l’invite en quelque sorte à sortir de cette servitude, à se libérer et à devenir lui-même. Mais pour cela il n’y a qu’un moyen : il doit quitter son pays, sa famille et surtout la maison de son père. Lorsqu’il aura tout quitté Abraham deviendra un autre homme au point qu’il changera de nom : il ne s’appellera plus Abram mais Abraham [2].
Le plus important n’est cependant pas encore là : c’est qu’Abraham doit surtout se défaire de ses divinités, il doit se libérer des faux dieux pour aller vers le seul Dieu.
En effet, jusque là on croyait en des divinités supérieures qui possédaient le savoir et le pouvoir absolu. Conscient de son ignorance et de son incapacité, l’homme offrait à ces divinités des sacrifices en échange de leur bienveillance, leur aide et leur soutien.
Cette démarche religieuse partait de l’homme qui, en quelque sorte, se servait des dieux pour subvenir à ses propres besoins.
Avec Abraham, tout va changer : la grande nouveauté ce n’est plus l’homme qui, en fonction de ses besoins, prend l’initiative vers les divinités mais c’est Dieu qui a l’initiative.
Dieu demande à Abraham de quitter son pays, la maison de son père, pour aller vers un pays dont il ne dit même pas le nom pour le moment.
La question est de savoir si l’humain osera faire confiance absolue à celui qui lui demande de partir et de tout quitter !
Abraham, lui, va faire confiance et c’est pourquoi il deviendra le père des croyants. Il est le 1er homme à accueillir la Parole de Dieu, non parce qu’il en voit l’utilité, mais uniquement parce qu’il fait confiance. Il est devenu le père des croyants non seulement pour les chrétiens mais aussi pour les juifs et les musulmans.
N’avons-nous pas tous encore beaucoup de chemin à parcourir pour retrouver la pureté de foi de ce personnage pourtant si ancien ? Pour Abraham, ce départ constitue comme une nouvelle naissance.
N’est-ce pas un beau programme de carême que d’essayer, comme Abraham, de quitter le domaine de l’utilitaire pour oser la foi qui permet de naître à la promesse de Dieu ?
[1] Voir Gn 17, 5-8 « Quel est le sens d’un tel changement ? Le nom qu’il a reçu à sa naissance, Abram, signifie « le père est exalté ». C’est un destin que ce nom assigne au fils de Tèrakh : élever le père, l’exalter, faire sa grandeur, sa fierté. En ce sens, il oriente la vie du fils vers l’auteur de ses jours, vers ses origines, vers son passé. A l’opposé, le nouveau nom évoque la paternité future d’Abraham. Il réoriente donc sa destinée vers l’avenir. Par deux fois, Dieu parle de ce retournement comme d’un don qu’il s’agit » (A. Wénin, Abraham ou l’apprentissage du dépouillement, Cerf, 2016, p. 146)
[2] Voir Gn 17, 5-8 « Quel est le sens d’un tel changement ? Le nom qu’il a reçu à sa naissance, Abram, signifie « le père est exalté ». C’est un destin que ce nom assigne au fils de Tèrakh : élever le père, l’exalter, faire sa grandeur, sa fierté. En ce sens, il oriente la vie du fils vers l’auteur de ses jours, vers ses origines, vers son passé. A l’opposé, le nouveau nom évoque la paternité future d’Abraham. Il réoriente donc sa destinée vers l’avenir. Par deux fois, Dieu parle de ce retournement comme d’un don qu’il s’agit » (A. Wénin, Abraham ou l’apprentissage du dépouillement, Cerf, 2016, p. 146)

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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- 2e dim. de Carême (1/3) : Pistes pour l’homélie
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- 6e dim. ordinaire (15/2) : Pistes pour l’homélie
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- 1er dim. de Carême (22/2) : Un Credo
- 4e dim. ordinaire (1/2) : Prière eucharistique : " Heureux êtes-vous"
- 6e dim. ordinaire (15/2) : Un Credo
- 5e dim. ordinaire (8/2) : Prières pour la célébration
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