15e dim. ordinaire (12/7) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Comme dans un western, il y les bons, ceux que représentent la bonne terre et les méchants, et puis ceux que sont la terre de rocailles et d’épines. Notre tentation est souvent d’utiliser ce texte pour faire la morale. L’Evangile n’aurait-il donc comme objectif que d’accentuer l’opposition entre les bons et les méchants ?
Personnellement j’ai envie de lire ce texte autrement. Jésus voudrait ici plutôt mettre en garde contre la tentation de juger les cœurs et d’analyser le terrain : « Celui-ci est bon car il est capable de porter du fruit tandis que celui-là est mauvais parce qu’il en est incapable. » Il me semble en effet que l’Evangile veut dire l’inverse : « Nous n’avons pas à nous prononcer sur la capacité que peuvent, ou non, avoir les autres de recevoir la Parole de Dieu et de porter du fruit. »
Matthieu montre très bien que la semence n’est pas réservée aux gens honnêtes, de bonne moralité, dont la situation est claire… ; elle est offerte à tous sans exception. Il est vrai que nous avons parfois envie de dire : « Celui-là à quoi bon, c’est perdre son temps », « avec des gens pareils il n’y a rien à faire »…
Le but de cette parabole pourrait être de nous montrer que nous n’avons pas à nous prononcer sur les possibilités des autres, mais nous devons, comme le semeur, donner en abondance, offrir à chacun sa chance.
Nous avons certainement déjà fait l’expérience étonnante de constater la réussite de quelqu’un sur qui nous n’aurions rien voulu parier et d’éprouver la déception, l’échec d’un autre dont on attendait beaucoup.
Il est évident qu’en racontant cette parabole, Jésus, qui connaissait les Ecritures, pensait à ces paroles du prophète Isaïe que nous venons d’entendre : « La pluie et la neige qui descendent du ciel n’y retournent pas sans avoir fécondé et fait germer la terre qui donne le pain. »
Les parents sont probablement les premiers à mieux comprendre cette parabole. Ne sont-ils pas généralement pleins d’espérance et de confiance envers leurs enfants ? Ils ne disent jamais : « Il n’en vaut pas la peine. » Au contraire, en cas de difficulté ils vont donner davantage sans calculer, sans mesurer, ils sèment à profusion sans préjugés, pour offrir à chacun de leurs enfants toutes les chances possibles de réussir leur vie, même s’ils savent par ailleurs qu’en définitive c’est l’enfant qui sera responsable de la récolte.
N’en va-t-il pas de même avec les professeurs vis-à-vis de leurs élèves ou des catéchistes qui sèment sans soupçonner les fruits qui en sortiront ? On est déçu par les uns et merveilleusement surpris par les autres. Les résultats ne sont jamais garantis d’avance.
En conclusion : ce passage d’Evangile, comme tout l’Evangile, loin d’être un recueil de morale, de préceptes, vient tout simplement nous parler de Dieu, nous faire remarquer et découvrir une fois de plus l’abondance des dons de Dieu.
Son amour n’est pas réservé à une élite, il est offert à tous et cela en dépit des apparences, des déboires, des lenteurs et des échecs.
Une seule chose est certaine : c’est que la récolte se lèvera et portera des fruits même si des semences sont perdues.
La parabole du semeur est donc une parabole pleine d’’espérance. Elle est une invitation à faire confiance sans regarder le terrain, qu’il soit de rocaille, d’épine ou de terre fertile… il nous faut semer sans compter, semer partout, semer à tort et à travers.
Piste 2
Tous ceux qui ont des enfants ou travaillent dans l’éducation connaissent parfois des moments de doute et des découragements : sans cesse il faut redire les mêmes choses répéter les mêmes recommandations... Il semble que ça rentre par une oreille et ressort par l’autre. J’entends aussi parfois la même réflexion de la part des catéchistes qui au bout de 2 ans de préparation à la profession de foi ou à la confirmation disent : « Qu’en restera-t-il ? » Ils ont semé mais quels seront les fruits ? Personne ne peut le dire.
Une chose est certaine, selon les Ecritures : une Parole semée finit toujours par porter du fruit, parfois là où on ne s’y attendait pas. Nous avons probablement connu de ces garnements dont on n’espérait pas grand-chose et qui réussissaient brillamment leur vie.
Il y a eu aussi de ces grands saints, comme saint Paul ou saint Augustin, qui ont eu une jeunesse tumultueuse un peu semblable à cette semence qui tombe sur la pierre ou dans les broussailles mais en qui, contre toute attente, la Parole de Dieu finit par prendre racine.
Il y a des exemples contraires, comme ce jeune homme riche de l’Evangile, dont Jésus espérait beaucoup mais qui refuse de le suivre.
Personne ne peut affirmer « moi je suis une bonne terre, accueillante, réceptive… » ; de même personne ne peut dire de l’autre, « il est une terre pierreuse, un sol plein de broussailles », car selon les moments, les circonstances, nous sommes tous l’une ou l’autre de ces terres.
Ceci me fait penser à cette parabole d’un homme qui avait 2 fils : à l’un il dit : « va travailler à ma vigne » celui-ci répond « oui » mais il n’y va pas, tandis que l’autre répond « non » mais après avoir réfléchi, il y va.
Si à première vue, le 1er fils semble être la bonne terre, accueillante… nous constatons qu’il n’en n’est rien. Tandis que l’autre qui a d’abord refusé semble être comme le sol pierreux. La Parole cependant va faire son chemin...
Ceci montre combien il est important pour le semeur de semer en abondance, sans a priori, sans distinction ni préjugé. Il sème sans se lasser, sans regarder l’échec, il croit que partout la Parole aura un effet, deviendra réalité. Rappelons-nous ces Paroles de la Genèse : « Dieu dit et il en fut ainsi. » Ce qui signifie que la Parole de Dieu, et il en va de même de la parole d’homme, a toujours un effet, elle est toujours efficace.
Le prophète Isaïe l’exprime si bien dans un langage poétique : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée. Ainsi ma Parole ne me revient pas sans résultat. »
Cependant, cette parole dont nous parle la Bible nous ne devons pas la réduire à ce qui sort de la bouche, à une suite de mots, à un discours ; la Parole est constituée de l’ensemble de tous les moyens d’expression, de communication, c.-à-d. nos gestes, nos actes, nos regards, nos comportements, nos attitudes jusque dans les choses les plus simples… tout parle !
Autrement dit cette parole peut être : un sourire, une main tendue, une porte qu’on ouvre, une visite, un coup de fil… autant de gestes qui parlent et portent du fruit.
Nous nous sentons toujours un peu frustrés de ne pas pouvoir compter, peser, mesurer les résultats, mais peu importe, l’important c’est qu’ils soient fructueux.
Une chose est certaine c’est que, si nous aujourd’hui nous pouvons encore semer, c’est le fruit de toutes celles et ceux qui ont semé avant nous.
Piste 3
« Le semeur est sorti pour semer ! »
Qui est ce semeur ? On ne dit rien de lui, de son identité, de son origine… Il n’est désigné que par son activité : « Il sème. » A croire qu’il ne sait faire que ça, que c’est sa seule raison de vivre, sa manière d’exister humainement.
Mais, précise saint Matthieu, avant de semer il doit d’abord « sortir ». Ce qui signifie que celui qui reste enfermé reste infécond !
Il y a en effet beaucoup de raisons et de prétextes pour rester chez soi, de fermer les volets, de se barricader – au propre comme au figuré – par peur du monde, un monde qui semble si hostile.
Et pourtant nous savons que la vie est faite de déplacements, de « sorties ». Pour vivre, il est nécessaire d’aller dehors, d’aller vers les autres, à leur rencontre…
Une fois sorti, le semeur se met donc à semer. Mais sa méthode nous laisse très perplexe, c’est à croire qu’il n’a aucun souci d’économie et qu’il a une réserve inépuisable de semence, car il en jette partout dans les ronces, sur la rocaille autant que dans la bonne terre. Une chose est certaine, il n’a aucun souci de rendement.
Mais quelle est donc cette semence qu’il jette à profusion ? Ne serait-elle pas une semence d’amour ? « Semer - s’aimer » nous semblent si proches.
Ceux qui comprennent le plus facilement, ce sont les parents. Cent fois, mille fois, sans se lasser, mais parfois sans doute en s’énervant quand même un peu, ils répètent à leurs enfants leurs recommandations, leurs avertissements, leurs gestes d’amour et de tendresse… Lorsque l’enfant est en difficulté, lorsqu’il est dans les ronces ou la rocaille, ils sèment encore davantage ; leur réserve de semence est inépuisable, sans cesse ils plongent dans leur sac d’amour.
Dans le semeur de l’Evangile, nous reconnaissons facilement l’activité de Dieu : il sème la vie, l’amour… pour qu’à notre tour nous devenions semeurs.
Chaque jour, Dieu donne à chacun son sac de graines, de graines d’amitié, de douceur, de tendresse, de pardon, d’écoute, de dialogue, de paix, de sourire… qu’il nous invite à répandre à profusion, sans économie parce que ce sac est inépuisable.
Si chaque matin, dès notre réveil, nous pouvions prendre conscience de tout ce qui a été semé en nous de vie, d’amour…
Quel bonheur, si en commençant notre journée au lieu de nous fixer sur ce qui ne va pas, de rester paralysés devant les ronces et les rocailles de la vie, nous pouvions commencer par accueillir cet essentiel que nous avons reçu !
Celui qui cherche le bonheur dans le trésor de son cœur ne peut être déçu car chaque matin il reçoit de la main de Dieu des semences de vie et d’amour.
Peu importe alors les aléas, les ennuis de la vie, tant qu’il y a la possibilité de plonger la main dans le sac de son cœur et d’y puiser les graines de bonheur semées par Dieu, pour les semer à notre tour.
Personne n’est démuni au point de ne pouvoir semer une graine de sourire et d’attention aux autres.

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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