28e dim. ordinaire (11/10) : Pistes pour l’homélie
Piste 1
Il était une fois une très belle jeune fille qui de son balcon regardait la foule passer dans la rue. Elle aurait bien voulu attirer l’attention pour que ces gens puissent au moins remarquer sa présence. Mais personne ne levait la tête, chacun regardait ses pieds tout en marchant. « Que ferais-je bien pour qu’ils me regardent ? » se demandait-elle. Elle lance donc une petite pierre sur la route mais quelle déception : au lieu de regarder d’où celle-ci venait, les gens se précipitèrent pour regarder la pierre et personne ne pensa lever les yeux et donc ne vit la belle jeune fille.
En lisant l’Evangile, j’ai pensé à cette petite histoire : « l’un va à son champ, l’autre à son commerce… » ils sont tous le nez par terre, tellement occupés par leurs petites affaires qu’ils ratent l’invitation, ils passent à côté de l’essentiel.
Il n’y a rien de changé, avouons-le, il en va souvent de même pour nous : travail professionnel, devoirs, examens, corrections, ménage, sport, détente bien méritée… Nous n’avons rien contre Dieu, nous lui sommes plutôt favorables mais le rythme de la vie trépidante ne nous offre plus le temps de nous asseoir et de réfléchir… de tourner notre regard et notre cœur vers le haut ou vers l’intérieur de nous-mêmes.
Au début on a un peu mauvaise conscience, on cherche des excuses : « je suis trop occupé » « plus tard ça ira mieux », mais comme pour tout, on finit par s’y habituer, on ne se pose même plus de questions et après une génération, la question de Dieu n’effleure plus l’esprit des jeunes.
Portant le repas des noces est prêt ! Dieu souhaite nous y voir pour participer à son bonheur : il nous invite à la fête. Son invitation est universelle. Si nous n’y répondons pas, d’autres viendront : tout le monde peut entrer, les bons comme les mauvais, les justes comme les pécheurs…
Pourtant, et vous l’aurez sans doute remarqué, il y a dans l’Evangile un détail invraisemblable, incompréhensible : tous les marginaux ramassés sur les chemins n’ont pas eu le temps et n’ont certainement pas les moyens de changer de vêtement et voilà que le maître leur reproche de ne pas porter le vêtement de noce et il les fait jeter dehors. C’est absurde !
Cette anecdote doit portant avoir une signification …
Elle est très simple : il ne suffit pas d’être invité à la noce, d’être assis à la table, de dire « oui » à la Bonne Nouvelle pour se croire sauvé. Même pour les pauvres ce n’est pas automatique. Il ne suffit pas d’être inscrit dans un registre de baptême, il faut encore « porter le vêtement de noce », c’est-à-dire accomplir les œuvres, mettre en pratique, faire correspondre sa vie à la Parole. L’appartenance au Royaume ne dépend pas de la race ou de l’appartenance à un peuple élu ou une communauté aussi pieuse qu’elle soit… l’appartenance au Royaume dépend de notre manière de vivre, de notre pratique de la charité et de l’attention aux plus petits.
N’est-ce pas le sens du vêtement blanc le jour du baptême ? Revêtir le Christ c’est tout simplement mener une vie digne, vivre selon l’Evangile et l’Esprit de Jésus.
Piste 2
« Un roi voulait célébrer les noces de son fils. » Une fois de plus Jésus résume le rêve de Dieu en quelques mots : que notre vie à tous devienne une noce éternelle… Or qui dit « noce » dit « amour » « fidélité » « joie ».
Remarquez que ce message de Dieu est présent tout au long des Ecritures. Les 1ères invitations ont été transmises par les prophètes ensuite par les apôtres et enfin par d’innombrables prophètes de par le monde. Curieusement, cet appel au bonheur n’a jamais été très bien accepté. D’ailleurs la caractéristique commune à chacun c’est qu’ils ont généralement reçu un sort peu enviable aussi bien dans l’A. T. que dans le nouveau et de même tout au long de l’histoire jusqu’à nos jours.
Depuis l’origine, Dieu s’évertue à essayer de faire comprendre à l’humanité qu’elle est faite pour le bonheur, que notre bonheur c’est le bonheur de Dieu.
Ce rêve, il l’exprime par diverses expressions dont les plus courantes sont : le Royaume de Dieu ou le repas de noces.
De ce rêve de Dieu, nous avons fait une « religion », une organisation cléricale qui lie de pesants fardeaux sur les épaules des hommes, une religion avec ses interdits, ses jugements, ses obligations, des punitions et des condamnations, des excommunications et la peur de l’enfer.
Cette invitation au bonheur s’est étrangement métamorphosée en morale, en lutte pour le pouvoir, en soumission, voire même en inquisitions.
Paradoxalement cette invitation au bonheur s’est transformée en guerre de religion, en violence, mort, souffrance…
Nous en sommes ainsi arrivés à l’antipode, au contraire absolu du rêve de Dieu.
Il imaginait un Royaume de paix, une fête éternelle, une noce d’amour, il voulait l’abondance, la gratuité, la douceur, la béatitude universelle…
Mais alors comment comprendre cette histoire de l’Evangile, de cet homme expulsé de la salle de noce parce qu’il n’avait pas revêtu le vêtement de noce ?
Longtemps dans notre religion on nous a fait croire que pour être sauvé et goûter au bonheur promis, il suffisait d’être baptisé, d’adhérer aux dogmes, d’aller à la messe le dimanche… Mais l’Evangile d’aujourd’hui vient remettre les choses en place et nous invite à revêtir le vêtement de noce ! Les vieux vêtements étant cette illusion de croire que la seule observance des règles et des lois religieuses est suffisante, tandis que le vêtement de noce est un vêtement intérieur, celui qui nous fait contempler notre prochain avec amour, sans regarder ses défauts ni ses fautes pour l’aider justement à sortir de ses impasses, à lui ouvrir un chemin de dignité et de bonheur.
Non, il ne suffit pas, comme dit l’Evangile, de venir s’asseoir à la table de l’eucharistie pour se croire pur. L’accès au Royaume n’est pas automatique, il n’est pas une simple adhésion à la bonne religion, le Royaume de Dieu est au-dedans de nous, il est disponibilité, ouverture, détachement, il est béatitude, il est tout simplement amour.

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.
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