Avec vous, Marie de Bethléem, l’espérance d’une (re)naissance
Bonsoir Marie !
Bonsoir chère Notre-Dame du Saint-Cordon
6 mois sont passés depuis votre départ de chez Elisabeth. A-t-elle accouché en votre présence ? Nous ne le savons pas. Pas plus de la manière dont vous avez vécu votre grossesse. Toujours est-il qu’après le bouleversement de l’Annonciation et l’exultation de la Visitation, un événement imprévu va bouleverser l’approche de la naissance de l’enfant divin. Ecoutons St Luc, votre évangéliste préféré
De l’Evangile selon saint Luc, chapitre 2
En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. – Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Chère Notre-Dame du Saint-Cordon, comment pouvait-on imaginer une telle issue après l’annonce de l’ange et la prophétie d’Elisabeth ! Qu’avez-vous pensé, Marie, lorsque, dans la nuit de Bethléem, vous avez vu pour la première fois votre enfant dans cette crèche misérable ? Nous ne le savons pas. De Gabriel, vous aviez appris que votre enfant serait le Messie, le fils de David, Fils de Dieu et Seigneur. Si nous avions été à votre place, nous nous serions sans doute dit : ‘ Franchement, le Fils de Dieu, ce Fils du Très-Haut comme l’Ange l’avait appelé, vraiment n’est-ce que cela ? Un petit enfant comme tous les autres enfants : un enfant qui pleure, qui demande à être nourri, un être si petit, si vulnérable, tiré de l’argile de la terre comme nous tous ? En un mot, un enfant si peu divin en apparence.
Oui, Marie, comme le cardinal Danneels le partageait encore lors du millénaire de votre apparition valenciennoise, je le cite : « quand notre Dieu se montre, il se montre tout petit. En cela il diffère de tous les dieux des autres religions, qui eux sont toujours majestueux et grands, surhumains même. Ils s’imposent avec force. Notre Dieu frappe à la porte, il demande par la bouche de l’Ange à sa Mère de pouvoir entrer et il se présente sous la forme d’un petit bébé dans une crèche. Oui, notre Dieu quand il se manifeste, il se montre tout petit. Il fait de même dans la vie de nous tous. C’est à peine que nous le remarquons. N’attendons donc pas de grands événements, de grands sentiments, des signes fracassants. Non ! Notre Dieu est si petit… »
Oui, Marie, il fallait que par vous se révèle l’originalité absolue du christianisme : le Très Haut se révèle être le Très Bas, c’est-à-dire que la puissance de Dieu se manifeste dans l’épaisseur d’une histoire humaine modeste et ordinaire. Les chapitres un et deux de St Luc que nous méditons depuis lundi avec vous, Notre-Dame, nous le font comprendre en proclamant la naissance de l’enfant Dieu dans une famille juive, hors de tout confort hôtelier et saluée par de frustres bergers. L’apôtre Paul écrira plus tard aux chrétiens de Corinthe que la puissance de Dieu se dévoile dans la fragilité humaine (1 Co 1, 18-25)
Arrêtons-nous quelques instants sur ces bergers qui ont été les premiers visiteurs de votre misérable refuge de Bethléem : nous le savons, les bergers jouissaient d’une mauvaise réputation en Palestine où on les tenait souvent pour malhonnêtes et voleurs comme les publicains et les collecteurs d’impôts. Et voilà que les méprisés du bas de l’échelle sociale deviennent les premiers concernés par la naissance de celui qui vous a pour mère, vous l’humble servante.
D’ailleurs, pour éviter que ces bergers ne se trompent de destination, les anges leur ont précisé qu’ils trouveront votre nouveau-né couché et emmailloté dans une mangeoire, et non pas dans un berceau situé dans un palais royal. L’insistance de Luc sur la mangeoire où est couché votre enfant, Marie, souligne la précarité de cette naissance, alors que rien n’est dit sur l’accouchement dont on devine vos souffrances dans des conditions épouvantables. Par vous, Notre-Dame, le fils du Très Haut s’inscrit dans l’humanité modeste et menacée. Les bergers sont les premiers évangélisés de l’histoire chrétienne. Le nouveau-né est déjà celui qui sera accessible aux pécheurs et qui mangera à leur table. La mangeoire de Bethléem dont le nom signifie ‘maison du pain’, ne préfigure-t-elle pas la table eucharistique où depuis 2000 ans, nous sommes invités à manger le corps de ce Jésus pour avoir part à sa vie éternelle ?
Si l’on scrute de près le récit de la nativité selon St Luc, les bergers vous racontent ce qui s’est passé avec les anges près de leurs troupeaux, mais ni vous ni Joseph ne leur adressez une parole. En fait, tout a du se dire par votre regard échangé avec les bergers, avec Joseph, et surtout avec cet enfant venu du ciel…la naissance de Jésus a été d’abord célébrée par des regards émerveillés et non par des mots.
Ah ce regard, Vierge Marie, votre regard ! Le vrai regard qui voit, car il y en a qui regardent sans voir… Bernadette à Lourdes disait que vous la regardiez comme une personne, elle l’ignorante, la moins que rien.
Maryse qui présidait jadis l’association « Aux captifs, la libération » qui accueille des personnes en situation de prostitution, redisait l’importance d’un regard à offrir comme cadeau à celles et ceux qui ne sont jamais considérés comme des personnes mais plutôt comme des objets à consommer.
Et si nous, appelés à devenir comme vous pèlerins d’espérance, nous échangions, même à distance, le beau cadeau de nos regards. Un regard bienveillant pour tous ceux que nous rencontrons. Ce que nous ne pouvons pas manifester par des gestes ou des mots inutiles, nous pouvons le faire en posant des regards qui réveillent l’espérance.
Pour les croyants, Notre-Dame, le regard devient contemplation. A Noël, Vierge Marie, les chrétiens contemplent avec vous la visite de Dieu parmi les hommes pour les affranchir de la crainte, non pas avec des consignes rigides, mais avec la puissance d’un amour désarmé qui guérit les cœurs brisés. Avec vous, Marie, nous contemplons ce Dieu qui fait signe en cet enfant nouveau-né. Ce Jésus, ce nom qui signifie « Dieu sauve », nous demande de le faire connaître et aimer sans réserve par tous les hommes et femmes, ses frères et sœurs de tous temps et de tous lieux, pour lesquels il donnera sa vie sur une croix de bois, peut-être fabriquée avec le bois de sa mangeoire…
Vierge Marie, en cette neuvaine, priez pour que nous devenions comme vous des pèlerins d’espérance en nous débarrassant de tout ce qui n’est pas essentiel et qui risque de nous éblouir au point d’en perdre la vue. Par votre intercession, nous voulons retrouver la qualité du regard : votre regard Marie sur l’enfant que vous venez de déposer à même le sol de cette cabane indigne, le regard de Joseph sur vous, sa jeune épouse, vierge immaculée devenue mère du Sauveur, le regard des bergers émerveillés sur votre sainte famille, et surtout le regard de l’enfant Dieu sur vous, ses parents désorientés et à travers vous, sur l’humanité désemparée, en perte de sens, un regard divin qui ne désespère jamais de l’homme, qui continue à croire en lui, malgré la présence de l’ivraie dévastatrice dans le champ des cœurs humains.
Puisque vous posez sur nous votre regard miséricordieux, Notre Dame, aidez-nous à devenir d’authentiques pèlerins d’espérance, en osant poser des regards lumineux en trois directions :
• Regard sur nous-mêmes d’abord avec lucidité, en reconnaissant nos talents et notre péché, comme ceux qui le vivent humblement cette semaine dans cette église jubilaire, implorant le pardon de Celui qui ne peut rejeter aucun de ceux qu’il a créés. Oui, nous regarder nous-mêmes avec miséricorde.
• Puis, regard sur les autres, en les considérant toujours comme supérieurs à nous-mêmes. St Paul nous y invite fortement dans sa lettre aux Philippiens.
• Et enfin et surtout, un regard qui contemple l’enfant-Dieu dont l’innocence nous débarrasse des fausses images le concernant. L’enfant Dieu dont le beau regard croise le notre, comme il croise le votre, celui de Joseph, celui des bergers et des mages de tous les temps.
Si l’évangéliste écrit que vous méditiez tous ces événements dans votre cœur, Vierge Marie, il sait que vous êtes loin d’avoir tout compris. Ce sera encore le cas lorsque votre Jésus sera perdu au temple à l’âge de 12 ans.
Avant de faire un bon de plus de trente ans demain, avec vous Marie, de retour en Galilée, évoquons rapidement ici les épisodes marquants de l’enfance de votre fils Jésus qui constituent les 4ème et 5ème mystères joyeux de notre chapelet : quelques mots que m’a inspiré pour une dernière fois le cardinal Danneels en 2028. Je le cite à propos de la présentation de Jésus au temple 40 jours après sa naissance, événement que nous célébrons chaque année le 2 février à la Chandeleur : « Quarante jours plus tard, Joseph et vous Marie amenez le petit Jésus au temple. Pour faire connaissance avec son Père et pour le lui consacrer. Mais – franchement Vierge Marie - comment votre enfant Jésus, le Fils de Dieu, aurait-il besoin d’être présenté à son Père ? Il vient précisément de chez lui, il est descendu du ciel. Sa véritable demeure, ce n’est pas ce temple de Jérusalem construit de mains d’homme : c’est le sein même de Dieu, la Trinité où il habite depuis toute éternité. Et pourtant, vous allez au temple. Vous vous soumettez à la loi, aux us et coutumes humains par obéissance. Vous ne vous croyez pas au-dessus des autres, vous faites exactement comme eux : vous faites le voyage à Jérusalem. Loin de vous sentir supérieurs aux simples juifs, vous faites comme eux. Vous ne vous croyez pas plus parfaits, plus élevés, supérieurs.
Vierge Marie, si l’on veut être vraiment chrétien, c’est dans la simplicité de l’amour qu’on participe aux formes simples de la religion populaire. Oui, disait le cardinal, on fait le Grand Tour du Saint Cordon sans se hisser au-dessus de cette tradition populaire millénaire. On ne dit pas : ‘c’est trop fruste pour moi, trop simple. Je suis déjà plus loin dans ma vie spirituelle : je pratique ma religion sous des formes plus raffinées, purifiées’. Non, nous faisons le tour du Saint Cordon comme les autres. »
Vous voici donc, Notre-Dame, avec Joseph à Jérusalem pour présenter l’enfant au temple. Nouvelle surprise : l’arrivée joyeuse des anciens Syméon et Anne mais aussi la promesse d’une épée qui vous transpercera le cœur. Vous prenez conscience peu à peu, Marie, que la mission et l’identité même de ce Fils vous dépassent totalement.
Enfin, douze ans plus tard, Marie, vous retournez au temple avec Joseph et votre fils Jésus qui n’est déjà plus un enfant. Un pré ado comme on dirait aujourd’hui. Et voilà que, sur le chemin du retour à Nazareth, Jésus n’est plus avec vous. Il est resté à Jérusalem. Paniqués, vous le cherchez pendant trois jours interminables. Enfin, vous le trouvez, assis parmi les scribes et les docteurs de la Loi. Vous êtes partagée entre le soulagement et la colère « Pourquoi nous as-tu fait cela ? » Marie, vous ne comprenez pas. Jamais, il ne vous a traités de cette façon. Il était toujours si obéissant : on pouvait prévoir exactement sa conduite et ce qu’il allait faire. Mais maintenant il vous échappe dans tous les sens du terme. Serait-il devenu un autre enfant ? Vous ne le reconnaissez plus.
Et le comble de tout, c’est que Jésus vous fait même un reproche : « ne saviez-vous donc pas que je dois être aux affaires de mon Père… ? » ! On imagine ce nouveau choc dans votre cœur de mère, à tout juste 25 ans…
Oui, Marie, Dieu peut nous faire bien de surprises au cours de notre vie ! Il peut demander tout à coup des choses que nous n’avions pas prévues, qui étaient même imprévisibles et en apparence en contradiction avec tout ce que nous avions pensé devoir faire auparavant. Notre Dieu est un Dieu de surprises, sa logique n’est souvent pas la nôtre. Vous avez du souvent vous rappeler ces mots du prophète Isaïe : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l’ÉTERNEL : car [comme] les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. » Oui, vous suivre Marie c’est se préparer comme vous et avec vous à bien des surprises !
Pourtant, Notre-Dame, face à toutes ces difficultés et surprises du projet de Dieu, votre espérance n’a jamais vacillé ! Marie, femme d’espérance. Nous en parlerons encore demain en nous souvenant du mariage à Cana.
Prêtre du diocèse de Cambrai

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