Avec vous, Marie de l’Assomption, l’espérance du ciel de Dieu
Bonsoir Marie,
Bonsoir chère Notre-Dame du Saint Cordon,
Au terme de cette semaine bénie, merci de nous accorder encore ces quelques minutes d’entretien. Le temps est compté. Nous aurions encore tellement de choses à vous partager pour que vous puissiez les accueillir dans votre cœur de mère. Nous vous avons quitté hier soir dans le feu de la Pentecôte. Après, c’est le grand mystère. La tradition nous rapporte que vous avez suivi saint Jean qui à la demande de votre fils vous a pris chez lui. Il vous aurait emmené le long des côtes de l’Asie mineure jusqu’à Ephèse la grande ville grecque que Paul visitera aussi. Peut-être y étiez-vous à la même époque s’il n’écrit rien à votre sujet.
C’est à Ephèse que vous auriez vécu votre assomption ou comme le disent et le fêtent les Orientaux votre dormition. Sans doute saint Jean que Jésus vous a donné comme fils privilégié était là et cet événement a sans doute inspiré cette magnifique page de son livre de l’Apocalypse :
Du livre de l’Apocalypse, chapitre 12
Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place… » ;
Vierge Marie, ce récit de Jean, votre fils adopté, dans le chapitre 12 du livre de l’Apocalypse raconte l’inauguration du règne du Christ. Dans le ciel se produisent trois apparitions : l’arche d’alliance, symbole de la présence de Dieu, une femme enceinte dans les douleurs d’un enfantement et un grand dragon.
Qui sont-ils ? Le nom générique « femme » et la souffrance de son enfantement rappelle la malédiction de la première humaine Eve, dans le livre de la Genèse. Juste après la chute d’Adam et d’Ève, Dieu dit cette parole au serpent qui sonne comme une promesse : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. »
Cette femme sera donc confrontée comme Eve au serpent, mais elle restera intègre. Chez les prophètes de l’Ancien Testament, la femme enceinte dans la douleur personnifie le peuple d’Israël dans la détresse. Les souffrances de l’enfantement symbolisent parfois l’épreuve précédant l’avènement du Messie. Bref, la femme représente l’humanité fidèle. Les 12 étoiles qui la couronnent, correspondant au zodiaque, lui donne l’allure d’une déesse antique. Dès les premiers siècles, la piété populaire vous a reconnue, Marie, dans cette femme de l’Apocalypse, intègre, couronnée d’étoiles et donnant son enfant au monde pour le sauver du dragon.
Saint Irénée et à sa suite saint Bernard, vous ont aussi reconnue dans cette femme, Vierge Marie. Ils soulignent votre rôle dans notre réconciliation avec Dieu, dans notre victoire contre le péché et la mort, dans l’accueil de la rédemption face au diable qui nous meurtrit jour après jour.
Dieu vous avait préparée de toute éternité, Marie, contre le venin du diable. Avec vous, Marie, il nous est permis d’espérer que le Seigneur ne nous laisse jamais tomber, qu’il prépare toujours le moyen de nous relever, qu’il nous donne son secours pour que nous puissions recevoir sa grâce et espérer un avenir meilleur face à tous les dragons des temps modernes.
Ce Dragon justement, est l’adversaire de tous ceux qui sont attachés à Dieu. Il précipite d’abord à terre des étoiles bouleversant le cosmos. Ce motif biblique dénonce l’arrogance d’une créature qui défie Dieu sans pouvoir l’affronter directement. Puis le Dragon entend un enfant identifié à votre fils Jésus. Son enlèvement fait penser à l’événement pascal : sans que le diable n’ait pu l’atteindre, le Christ est séparé violemment du peuple de Dieu et intronisé au ciel. L’inauguration de son règne n’est pas à venir, elle a eu lieu à Pâques. Telle est la conviction qui fonde l’espérance de l’Apocalypse, Vierge Marie. L’enfant représente aussi tout chrétien fidèle. Uni au Christ, il échappe à l’emprise du dragon et participera à la royauté du Christ. L’événement pascal signe la défaite du dragon. Sa chute constituera le fil rouge du récit de l’Apocalypse.
Cette lecture de l’Apocalypse constitue la première lecture de la fête de votre Assomption que nous avons célébrée il y a un mois. Vierge sainte, beaucoup d’entre nous étaient déjà nés lorsque le pape Pie XII institua le dogme de l’Assomption en 1950 en déclarant que « vous, la mère de Dieu, au terme de votre vie terrestre, avez été élevée en votre corps et en votre âme à la gloire du ciel ». 1950 seulement ! Pourtant depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne, la foi populaire ne pouvait concevoir que votre corps, Marie, ce corps immaculé qui avait porté et mis au monde Jésus, Dieu fait homme, ait pu connaître la dégradation du tombeau. Dès le 8e siècle, des Pères de l’Eglise comme Jean Damascène attestent votre montée glorieuse au ciel. Enfin l’histoire de l’art nous donne à contempler nombre de chefs d’œuvres illustrant l’Assomption comme la magnifique façade de la chapelle des jésuites de Cambrai ou de l’église Notre-Dame de Grâce à Onnaing. Il fallait bien que j’évoque devant vous ma nouvelle paroisse !
Oui, Marie, chaque année, la solennité de l’Assomption comme le Tour de votre Saint-Cordon rassemble des foules immenses dans les églises et les sanctuaires. On prie, on chante, on marche en procession avec ferveur... Même ceux qui ne fréquentent pas régulièrement les messes dominicales se sentent bien souvent appelés à vous honorer, Marie, ces jours-là, comme nous l’avons fait ce dimanche ! Parce que ces fêtes réveillent en eux et en nous quelque chose de profond : le désir du ciel et la soif d’espérance.
Marie, élevée corps et âme dans la gloire de Dieu, vous nous rappelez notre destinée : la vie éternelle ! Et en ces temps troublés que nous vivons, votre entrée au ciel est une source d’espérance inestimable.
Mais pourquoi donc avez-vous été élevée au ciel, Vierge Marie ? C’est vous qui répondez à cette question dans votre Magnificat jailli de votre cœur lors de votre Visitation à Elisabeth - je cite : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles . » Oui, c’est d’abord en raison de votre humilité que vous êtes montée au ciel. Cette humilité qui vous a donné la grâce d’avoir été choisie pour mettre le Christ au monde, d’avoir été crucifiée avec lui et enfin élevée au ciel auprès de Lui.
Marie, mère d’humilité, mère d’un Dieu d’humilité, mère de l’Eglise des humbles, vous avez été élevée car vous avez été abaissée par la fragilité de votre jeunesse et de votre innocence, abaissée par l’incompréhension de Joseph, abaissée par la naissance de votre enfant dans une misérable crèche à Bethléem, abaissée par la douleur du massacre des innocents, abaissée par la perte de votre jeune fils de 12 ans à Jérusalem, abaissée par l’injustice de la Croix, abaissée comme Jésus qui a choisi de se faire le serviteur des humbles.
Oui, Marie, votre Assomption est la fête des humbles.
En vous regardant vous élever au ciel, c’est toute l’Eglise des humbles qui contemple déjà la joie de l‘au-delà, dans l’attente du jour où nous serons élevés avec vous dans la gloire tandis que les puissants qui se croient tels seront abaissés dans l’obscurité de la mort.
C’est donc ce chemin d’humilité qu’il nous faut choisir d’emprunter avec vous, Marie, en cette conclusion de neuvaine. Choisir ce chemin, c’est appliquer la règle d’or de l’Evangile, donnée par Jésus au cours du sermon sur la montagne selon saint Matthieu : Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites le pour eux vous aussi !
Marie, vous avez accueilli et accompli en plénitude cette règle en étant la servante du Seigneur, en sachant que ce commandement d’aimer et de servir est la route de la vraie joie des enfants de Dieu.
Mais vous le savez bien pour l’avoir expérimenté tant de fois dans votre cœur et votre chair ! Le chemin de l’humilité ne se choisit pas toujours ! Il passe souvent par l’humiliation subie. Il s’impose durement quand la maladie et le deuil s’abattent sur nos familles. Il s’impose durement quand un handicap physique ou mental accompagne la naissance de l’enfant désiré. Il s’impose durement quand la violence s’empare d’un conjoint, d’un voisin irascible, d’un fanatique qui se prend pour Dieu ou d’un chauffard qui se croit invincible. C’est à ces moments de tristesse et d’humiliation que s’imprime dans nos cœurs votre visage, Notre-Dame des douleurs.
Notre-Dame du Saint-Cordon, si nous, pèlerins d’espérance, nous croyons bien sûr en la victoire de votre fils sur toutes les forces de mort, nous la proclamons dans la foi, mais nous sommes toujours dans les douleurs d’un enfantement comme celui de l’Apocalypse, dans l’attente du jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis, comme le déclare saint Paul aux chrétiens de Corinthe et, précise-t-il le dernier ennemi qui sera anéanti c’est la mort car il a tout mis sous ses pieds.
Alors, Notre Dame de l’Assomption, que notre prière fervente monte vers vous dans l’espérance que tous les hommes et femmes de bonne volonté puissent s’exclamer un jour avec vous sur la terre comme au ciel : Magnificat ! Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles !
Notre-Dame, je ne peux clore nos entretiens sans faire mention de ce qui constitue le 5e mystère glorieux de notre chapelet : votre couronnement au ciel ! Cette Femme de l’Apocalypse, en lien avec ce titre de « femme » que Jésus vous attribue à Cana et sur la croix, a été regardée par beaucoup d’auteurs comme étant une représentation de votre couronnement comme Reine de l’Univers. Le pape Pie XII, dans un Message Radio du 13 mai 1945, souligne que le Seigneur Jésus, roi de l’Univers, vous couronne après votre glorieuse Assomption « comme Reine, médiatrice de ses grâces et dispensatrice de ses trésors ». Vierge Marie, vous êtes Reine parce que vous êtes la Mère du Roi, la Mère de Dieu et que vous participez de manière éminente à la Rédemption du monde (cf. Encyclique Ad Caeli Reginam n° 22).
Comme Reine, nous le croyons, vous avez un réel pouvoir d’intercession auprès du Roi, votre Fils. Vous régnez par attraction sur les hommes en orientant leur regard vers le ciel car vous « brillez déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation » (Lumen Gentium n° 68). Vierge Marie, vous êtes reine parce que vous êtes médiatrice et dispensatrice des grâces reçues du Christ-Roi.
Quoi de plus naturel que de vous faire confiance en toute chose pour mieux vivre notre dignité royale de baptisés. Nous sommes nous aussi appelés à régner comme cohéritiers du Christ, à nous gouverner nous-mêmes conformément à notre raison. Avec toute notre volonté éclairée par l’Esprit Saint, nous voulons rayonner l’Evangile en conduisant le monde au Christ et à servir les autres, comme vous notre Reine des Cieux.
Merci Marie, reine et mère ! En vous, présente à tout moment dans l’histoire du salut, nous voyons un témoignage solide d’espérance. Vous, la mère de l’espérance, vous nous soutenez dans les moments d’obscurité, de difficulté, de découragement, de défaite apparente ou de vraies défaites humaines. Marie, notre espérance, aidez-nous à faire de notre vie une offrande agréable au Père céleste, et un don joyeux pour nos frères et soeurs, une attitude qui regarde toujours vers demain et qui nous prépare à la vie éternelle.
Epilogue : Prière personnelle à Notre-Dame du Saint Cordon.
Avec Bertholin dans mes bras…
Notre Dame du Saint Cordon, avec l’ermite Bertholin qui est l’ancêtre de tous ceux et celles qui ont eu recours à vous, laissez-moi vous redire ma joie d’être votre fils. Je viens une nouvelle fois puiser auprès de vous le joyeux courage de la mission. Depuis ma naissance, votre image m’a toujours fasciné et façonné. Jusqu’à ce jour, vous m’avez toujours gardé et relevé des « périls de la terre ». Peu à peu, par vous, je me suis laissé séduire et toucher par la parole de votre fils. Lors de la fête de Pâques 1971 à Lourdes, accompagnant mon frère Benoît avec mes parents au premier pèlerinage Foi et Lumière, je vous ai demandé la grâce de me faire connaître votre fils Jésus. Vous m’avez exaucé au delà de toute espérance : j’ai reconnu sa croix glorieuse dans le regard des personnes malades ou porteuses d’un handicap mental, j’ai entendu sa parole dans le silence des plus fragiles, j’ai accueilli son invitation à devenir prêtre. Oui, l’appel à devenir chrétien comme prêtre, je l’ai reçu à vos côtés et je ne peux oublier la joie de ma profession de foi et de mon ordination presbytérale en votre basilique, il y a tout juste 40 ans.
Notre-Dame du Saint Cordon, je suis encore bien loin d’être devenu le prêtre de votre fils Jésus. Alors, en vous regardant ce soir, je rends grâce pour votre intercession maternelle et la fidélité constante de Dieu qui « me guide et me rassure ». Au delà de toutes mes infidélités à ma vocation et à ma mission, j’ai senti le souffle de son esprit dans les communautés fraternelles où il m’a envoyé à Douai, Saint-Saulve, Paris, Maubeuge, Cambrai, Valenciennes et Onnaing.
Au seuil de cette nouvelle année pastorale, donnez moi, donnez à ces pèlerins qui vous aiment, de grandir dans l’espérance pour la gloire de Dieu et le service de tous les hommes et femmes de ce temps. Amen
Prêtre du diocèse de Cambrai
- Avec vous, Marie de la Pentecôte, l’espérance d’une Eglise aimante
- Avec vous, Marie du Golgotha, l’espérance qui tient debout
- Avec vous, Marie de Cana, l’espérance d’un vin...
- Avec vous, Marie de Nazareth, l’espérance d’un oui
- Avec vous, Marie de Bethléem, l’espérance d’une (re)naissance
- Avec vous, Marie de la Visitation, l’espérance d’un Salut

https://portstnicolas.org/article6259