Baptême du Seigneur
1. « Non, c’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi. » Jean le Baptiste avait de Jésus une autre image que de celle de demandeur de son baptême repentance. Cet événement fait partie de ce que l’Apôtre Paul a appelé « kénose », c’est-à-dire « abaissement ». Le premier acte de cet abaissement fut cette naissance à l’insu de tous. Viendront ces trente ans dont on ne sait rien sinon que Jésus ne fut qu’un artisan ordinaire. Il s’agenouillera aux pieds de ses disciples pour leur laver les pieds, une tâche de serviteur. Après l’interminable conflit avec les autorités religieuses, viendront l’arrestation de nuit au jardin des Oliviers et sa condamnation comme un vil malfaiteur. Et le dernier abaissement, cette descente de la croix pour une mise au tombeau. Jésus ne pouvait pas aller plus loin. Jean Baptiste ne le savait pas encore. Pierre, au jardin des Oliviers, prendra l’épée pour qu’il n’en soit pas ainsi.
2. Il est bien possible que nous leur ressemblions et que l’image que nous nous faisons du Christ Jésus ne soit pas celle qu’il attend de nous. Depuis que Paul entendit la voix venue d’en haut, l’image humaine du Christ s’effaça devant celle de sa divinité. Pendant plusieurs siècles, cette dernière fut contestée et il fallut plusieurs conciles pour qu’elle soit déclarée « vérité » pour les croyants. Du fait de cette « Exaltation » près du Père, de son « Egalité » avec lui, le regard de beaucoup de ceux-ci ne fut plus le même que celui de ses premiers disciples. On mit en avant, dès les premières rédactions de sa vie, sa toute-puissance sur la nature comme la marche sur les eaux, les pains multipliés, la pêche miraculeuse. En le projetant aussi de notre monde, « parce qu’il est le Fils de Dieu », dira-t-on, on fait naître la crainte plutôt que l’amour, la mise à distance plutôt que le rapprochement. Ce que Jésus n’a jamais voulu. Il a demandé à ses disciples de ne pas se conduire en maîtres. Il a interdit à ceux qu’il avait guéris d’en parler. Il a fui ceux qui voulaient en faire leur roi. Il a appelé à lui les petits de ce monde, les pauvres, les souffrants, les laissés pour compte et leur dire qu’ils étaient tous aimés de Dieu et qu’il était là pour le leur montrer. « Je suis avec vous tous les jours » furent ses derniers mots. Ces paroles, il faut les prendre mot à mot.
3. La solitude est sûrement l’épreuve la plus partagée dans notre monde. Celle qui s’aggrave avec l’âge certainement. Mais bien d’autres sur lesquels nous pouvons mettre bien des noms. Comme celui de la maladie qui enferme en soi, de la mésentente qui mine les couples, de l’indifférence qui met à l’écart, de la pauvreté de pain mais aussi de relations qui aident, de la peur du lendemain, de son avenir. Se sentir abandonné, Jésus a connu ce sentiment. « Eli, Eli, lema sabactani ? » Une dernière parole pour nous dire qu’il fut totalement l’un des nôtres. Certes toutes ces causes de solitude ne disparaîtront pas pour autant, remettons au premier plan sa présence. Alors notre culte ne sera pas prosternement mais dialogue de cœur à cœur et notre solitude ne sera plus déprimante.
4. Edith Stein, juive non croyante, professeur de philosophie reconnue, très profondément marquée par la mort au front, en 1917, de son ami le philosophe Adolf Reinach, fut témoin du rayonnement de la veuve de celui-ci, Anna, qui fut l’élément le plus déterminant de sa conversion comme elle l’a écrit : « La cause décisive de ma conversion au christianisme fut la manière dont mon amie accomplit par la force du mystère de la Croix le sacrifice qui lui était imposé par la mort de son mari. » Ailleurs elle raconte : « Je suis entrée quelques minutes dans la cathédrale (de Francfort-sur-le-Main) et, tandis que je me tenais là dans un silence respectueux, une femme est entrée avec son sac à provision et s’est agenouillée sur un banc pour prier vite fait. Pour moi, c’était du jamais vu. Dans les synagogues et les temples protestants que j’avais fréquentés, on ne venait là que pour les services divins. Mais là, quelqu’un était en train d’interrompre ses tâches quotidiennes pour se livrer, dans une église déserte, à une sorte d’entretien intime. C’est quelque chose que je n’ai jamais plus oublié. »

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

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