1er dimanche de Carême
1. C’est à un tête à tête visuel sans témoin que Matthieu nous propose d’assister. En réalité, à un enseignement selon la manière très en vogue alors et consigné dans l’Aggadah, un recueil de récits du folklore, de paraboles, d’anecdotes historiques, d’exhortations morales. Les chiffres y sont symboles. Quarante jours rappelle ceux au terme duquel Noé retrouva une nouvelle terre tout comme les Hébreux au bout de leur traversée du désert. Trois, ce nombre sacral qui dit le passé, le présent, le futur, les trois jours au tombeau. Cet entretien, qui n’a eu aucun témoin, doit être compris comme un condensé de toutes les tentations rencontrées par les croyants, ceux qui sont dans le désert de leur foi comme ceux qui sont sur la montagne de leurs certitudes, en passant par ceux qui ont un autorité religieuse. L’attitude de Jésus doit leur servir d’exemple.
2. Dès le début de sa vie publique jusqu’à son procès, une question a hanté ses concitoyens. « Qui est cet homme pour que les démons, les vents et la mer lui obéissent ? » « Qui t’a donné autorité pour agir ainsi » « Es-tu le roi des Juifs… Es-tu le Messie. » « Es-tu celui qui doit venir… » interroge Jean le Baptiste de sa prison. Dans ce récit, la question lui est posée trois fois par un défi : « Si tu es le Fils de Dieu… » Ce même défi sera posé pour la dernière fois au crucifié : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix et nous croirons en toi. » La réponse viendra aux apôtres trois jours plus tard. La question ne cesse d’être posée en notre temps. Pour le croyant, il est l’envoyé de Dieu pour le conduire à lui. Pour d’autres, il n’est personne.
3. Trois réponses dans la bouche de Jésus : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu… Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu… A lui seul, tu rendras un culte » mettent ses disciples en devoir de sortir des ambitions terrestres que sont l’avoir, le pouvoir. La foule avait espéré faire roi celui qui avait distribué des pains en abondance. Jésus s’était alors enfui. Il ne donnera pas d’autre pain que celui qui donne la vie qui vient d’en haut. Il ne sera pas d’autre roi que celui du Royaume de Dieu. On n’en voulut pas et l’on mit un écriteau dans toutes les langues à la tête d’un mort crucifié : « Jésus de Nazareth, le roi des Juifs. »
4. Ne lisons pas ce récit comme un événement merveilleux de plus de la vie de Jésus. L’évangéliste veut nous rendre attentif à nos propres tentations. Parce que l’homme est toujours tenté mais par lui-même et il en est sa victime. Il n’est point besoin de diable pour cela. On peut voir dans la Chapelle Sixtine à Rome une immense fresque de 20 m², peinte en 1482 par Botticelli et intitulée « Les Tentations du Christ ». On voit à gauche un mendiant montrant des pierres à Jésus ; au milieu, un moine l’invitant à se jeter du haut du pinacle du Temple ; à droite, un homme nu tombant du haut d’une falaise. Le diable y a toujours figure humaine pour Botticelli, contrairement aux représentations de Fra Angelico qui le montre sous des traits effrayants, cornu, une fourche à la main, comme au Moyen-Âge. Botticelli nous invite à nous faire voir que l’homme est son propre tentateur en même temps que sa victime.
5. Dans son roman Les frères Karamazov, Dostoïevski met face à face le Grand Inquisiteur de Séville et celui en qui il a reconnu le Christ. Au cours d’un long procès qu’il lui intente, il assène : « L’homme cherche le miracle, pas Dieu. » A-t-il tort ? Dieu n’est-il pas d’abord Celui dont on attend qu’il réponde à nos attentes humaines, y compris celle de l’éternité. Elles sont nombreuses, les prières de la liturgie qui demandent d’avoir la vie éternelle promise. N’est-il pas bien plus à propos de lui demander de nous mettre sur les chemins qui conduisent à la vie éternelle. Il ne s’agit pas d’un futur mais du présent. Dans la prière qu’il nous a enseignée, le Christ nous fait demander le pain qui n’est point pain de boulanger mais celui qu’il donne depuis la Cène du Jeudi saint : « Prenez et mangez-en tous. » Ce n’est pas une manducation physique qu’il demande, mais une habitation partagée avec lui : « Demeurez en moi, comme moi, je demeure en vous. » L’évangéliste Jean l’a bien compris : « Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : quiconque écoute mes paroles, et croit en celui qui m’a envoyé, possède la vie éternelle. »

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.
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