Dimanche de Pâques
1. Elle se nommait Marie Madeleine. Elle s’est mise en route quand il faisait encore nuit, pour se rendre devant le tombeau. Attirée de manière irrésistible, comme on va sur une tombe après avoir perdu un être cher. Pour se souvenir, pour prolonger un peu le dialogue qui s’est arrêté. A Jésus, elle s’était tellement attachée. Peut-être n’avait-elle pas bien dormi en pensant à ce qui s’était passé. Alors elle vient au petit matin, avant même que le soleil ne soit levé, pour encore lui parler dans l’intimité qui n’a pas besoin de témoins.
2. Mais le tombeau est ouvert ! Vide ! L’aurait-elle perdu une seconde fois ? Elle s’affole, part alerter les disciples les plus éminents, Pierre et Jean : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et on ne sait où on l’a mis ! » Son émotion est palpable. Le récit s’achève sur les paroles de Jean, le disciple bien-aimé : « Il vit et il crut. » Ce qu’il vit : rien que des linges d’ensevelissement pliés. Pas emportés avec le corps, mais là, pliés. Comme si la personne disparue les avait rangés soigneusement pour laisser entendre qu’elle n’était que partie et qu’on la reverrait un jour. Mais plus sous les mêmes apparences, celles qu’ils lui connaissaient. C’est bien ce qu’ils dirent par la suite : nous l’avons vu et nous attestons qu’il est ressuscité. Ils ont vu qu’il était le même sans être le même. Ils n’en démordirent jamais.
3. Sur la route de Damas, Paul devint l’un d’eux. Il se mit en devoir de dire à ses concitoyens tout ce que cette conviction signifiait. Il écrit : « Puisque Christ est ressuscité… il en est ainsi de la résurrection des morts. Semé corruptible, le corps ressuscite incorruptible. Semé méprisable, il ressuscite éclatant de gloire. Semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force. Semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel. Et de même que nous avons été à l’image de l’homme terrestre, nous serons aussi à l’image de l’homme céleste. Voici, je vous dis un grand mystère : … Tous, nous serons transformés. » Il nous signifie que l’histoire d’un chacun ne se perd pas, ne se dissout pas dans le brouillard des souvenirs.
4. Michel Serres, philosophe et auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire des sciences écrit : « Pour moi l’événement le plus important est celui de la Résurrection. Des femmes arrivent devant un tombeau, voient les bandelettes rangées…Tout cela comme les aromates dont elles voulaient embaumer le mort, ne sont plus d’aucune utilité : le Ressuscité est impossible à momifier… Cela veut dire que la mort est morte. Elle est désormais derrière nous. A partir de Pâques, la ligne de l’Histoire va dans l’autre sens, celui de la vie. »
5. Aujourd’hui, les guerres, la violence aux multiples visages, l’indifférence aussi, remplissent des tombeaux. Nos épreuves nous y font passer lorsqu’elles éteignent en nous la joie de vivre. C’est alors qu’il faut regarder la Croix. Il y a vu autre chose que la souffrance, ce jeune Canadien atteint du sida qui a écrit peu avant sa mort : « Autant je n’ai pas d’autre choix que de me laisser écraser par la souffrance, enlever par la mort, autant le choix est mien de vivre cela dans l’amour. » Celui qu’il vit sur une croix. En fin de vie Jean-Sébastien Bach ne voyait plus mais sa prière, ses doigts l’avaient récitée : « Jésus, que ma joie demeure. » Cette joie de Pâques fit s’élancer des cathédrales, inspirer le pinceau de Rembrandt, éclater le Te Deum de Gustave Charpentier. « Oui, Christ est ressuscité, Alléluia ! »
Méditation
« Et tout à coup dans le clair de lune, les cloches en une grappe énorme dans le clocher,
Les cloches au milieu de la nuit comme d’elles-mêmes, les cloches se sont mises à sonner !
On ne comprend pas ce qu’elles disent, elles parlent toutes à la fois !
Ce qui les empêche de parler, c’est l’amour, la surprise toutes ensemble de la joie !
Ce n’est pas un faible murmure, ce n’est pas cette langue au milieu de nous-mêmes qui commence à remuer !
C’est la cloche, vers les quatre horizons, chrétienne qui campane à toute volée !
Les deux plus claires par-dessus l’une sur l’autre qui montent dans un dialogue infatigable !
Et les quatre plus graves à coups profonds par-dessous à leur tour qui se sont mises à table !
Vous qui dormez, ne craignez point, parce que c’est vrai que J’ai vaincu la mort.
La terre qui dans un ouragan de cloches de toutes parts s’ébranle vous apprend que Je suis ressuscité ! »
(Paul Claudel, Pâques 1934)

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.
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